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Budapest: intervention du représentant du Vatican (131094)
devant les hauts fonctionnaires de la CSCE
«La CSCE doit être un moyen d’entraide politique,
non un lieu de confrontation», plaide le Saint-Siège
Budapest, 13octobre(APIC) La CSCE doit être davantage considérée comme un
moyen d’entraide politique, non comme un lieu de confrontation. C’est le
point de vue présenté par Mgr Alain Lebeaupin, représentant du Saint-Siège,
devant les hauts fonctionnaires de la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE), réunis à Budapest pour discuter du fonctionnement de la Conférence à la veille du Conseil des ministres qui doit se tenir prochainement dans la capitale hongroise.
La crise yougoslave a fait un moment songer que si la CSCE avait été en
possession d’une structure d’intervention de maintien de la paix, elle aurait pu en empêcher le triste développement. Mais il faut se souvenir, a
observé Mgr Lebeaupin, que des structures bien plus adaptées existaient déjà et étaient compétentes en matière de décisions politiques et militaires.
«La déception d’aujourd’hui, a-t-il ajouté, conduit donc à un examen de
ce qui a été décidé depuis deux ans. Les moyens de maintien de la paix imaginés ne ressemblent-ils pas trop à ceux d’organisations et de structures
déjà existantes? En revanche, n’avons-nous pas constaté que ce qui était
original et nouveau a donné la preuve de son utilité?»
Une mission avant tout politique
Dans cette recherche de la «spécificité» de la CSCE, il convient de rappeler que, hormis l’ONU, la CSCE est aujourd’hui l’unique forum réunissant
des Etats d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie, ce qui signifie une diversité de cultures, d’intérêts politiques et de situations économiques et
sociales. La CSCE est ainsi devenue un vrai forum multilatéral. Elle n’est
plus celui de la rencontre entre deux blocs, où des Etats neutres et nonalignés jouent un rôle de médiateur. Pour Mgr Lebeaupin, la CSCE «n’est pas
un processus d’intégration» comme l’Union Européenne ou le Conseil de l’Europe, mais «un processus de concertation, de consultation, de prévention et
de construction» qui pourrait favoriser la confiance non seulement entre
les Etats, mais aussi entre les peuples et les nations.
L’originalité institutionnelle de la CSCE semble être, aux yeux du
Saint-Siège, dans «la mise en oeuvre d’une médiation politique grâce au
travail de la Présidence et de la Troïka, qui ne devraient pas déléguer à
une autre structure de la CSCE leur rôle en matière de diplomatie préventive»: elles ont une mission «avant tout politique», qui doit être accomplie
«dans toute la mesure du possible par ceux qui ont des responsabilités politiques et qui – en demandant d’assurer la Présidence du Conseil des Ministres – ont accepté de servir la communauté internationale».
Cette tâche «devrait être considérée comme une priorité et devrait donc
être développée», a ajouté Mgr Lebeaupin. En effet, le maintien et le rétablissement de la paix par les moyens militaires ne semblent pas totalement
correspondre à la spécificité diplomatique d’une institution comme la CSCE,
non seulement en raison de la règle du consensus dans les prises de décision, mais aussi par ce que son rôle doit être d’un ordre différent de celui de l’ONU, de l’OTAN, de l’UEO et de la CEI.
Un forum naturel pour aborder les controverses
Pour la délégation du Saint-Siège, une autre institution internationale,
«simple dans son fonctionnement», le Haut Commissaire aux Minorités nationales, «met en lumière un certain succès dont les raisons doivent inspirer
cette réunion». Son efficacité tient surtout «à l’absence du bureaucratie»
et «au choix conscient d’une diplomatie discrète».
L’expérience montre aussi la nécessité d’une «volonté politique» des diverses parties à collaborer avec la CSCE. C’est pourquoi «la CSCE doit être
davantage considérée comme un moyen d’entraide politique et non comme un
lieu de confronatation. Chaque partie doit être convaincue que la CSCE est
le forum naturel pour aborder les controverses entre les Etats ou bien encore entre les peuples vivant au sein d’un même Etat».
«Il est important, a ajouté Mgr Lebeaupin, que la CSCE facilite une coopération entre les gouvernements en vue d’une meilleure compréhension entre leurs peuples. Les débats au sein de ce forum devraient être l’expression d’une véritable consultation diplomatique faisant de la CSCE un cadre
de prévention et de médiation».
Aller à l’essentiel
La Charte de Paris pour une nouvelle Europe a justement parlé d’un «consensus autour d’une communauté de valeurs» entre les Etats participants.
Aujourd’hui, au vu de la situation dramatique dans les Etats de l’ex-URSS
et de l’ex-Yougoslavie, on peut s’interroger. Alors qu’on voyait dans la
Charte de Paris un point d’arrivée de la nouvelle Europe, elle se révèle
plutôt un point de départ. Pour ce Forum intergouvernemental qu’est la
CSCE, l’effort de construction consisterait à «faire passer dans la réalité
sociale de chaque Etat des valeurs qui ont été reconnues». Face à cette tâche, «il ne s’agit pas seulement d’obtenir des gouvernements quelques concessions en matière de droits de l’homme», mais «un engagement à créer des
liens entre des peuples différents et qui souvent se méconnaissent».
Pour le représentant du Saint-Siège, il faut «mettre patiemment en oeuvre ce qui a été accepté depuis 1975 et ne pas vouloir transformer la CSCE
en une chambre d’élaboration et d’enregistrement de droits qui ne répondent
pas aux nécessités présentes.
Identité nationale et respect mutuel
Après la disparition des blocs, il est naturel que des peuples hier
oprimés veuillent réaffirmer leurs droits à l’identité nationale, mais cette aspiration ne peut se transformer en «une divinisation de la nation, du
sang, de la race, d’une classe sociale ou d’un peuple, et encore moins utiliser le sentiment religieux comme facteur d’opposition». Selon la délégation du Saint-Siège, l’affirmation de l’identité nationale est «juste et
légitime quand elle ne va pas à l’encontre de la sécurité de l’ensemble et
de la coopération entre tous et lorsqu’elle s’intègre dans un effort de
coopération où préside le respect mutuel».
Il revient à la CSCE, a indiqué le représentant du Saint-Siège, d’inciter les gouvernements à condamner les déviations qui conduisent à la confrontation et à tout mettre en oeuvre pour en éliminer les causes.
(apic/jmg/pr)
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