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Synode: débat sur l’identité du religieux (101094)
Option pour les pauvres et « sociologisme »
Des femmes « cardinales »?, suggère un évêque africain
Rome, 10octobre(APIC) « L’option préférentielle pour les pauvres n’est pas
une véritable expression de la vie consacrée si elle n’est pas en même
temps un témoignage religieux transparent ». Mgr Tadeusz Goclowksi, lazariste, archevêque de Gdansk, en Pologne, a dénoncé au synode « le danger d’un
certain sociologisme ». Incroyable proposition faite lundi par Mgr Ernest
Kombo, un jésuite, évêque d’Owando (Congo): celle de nommer des femmes cardinales.
Mgr Goclowski est l’un des cinquante orateurs à avoir pris la parole
lors des huitième, neuvième et dixième assemblées générales qui ont clôturé
la première semaine du Synode sur la vie consacrée. La seconde semaine sera
consacrée à l’audition des autres membres du Synode. Dès le samedi 15 octobre commencera le travail en petits groupes (les « circuli minores »), qui se
poursuivra durant toute la semaine prochaine, en vue de la rédaction du
rapport final qui sera élaboré dans la semaine du 24 au 29 octobre.
Dans son intervention, Mgr Goclowski a ouvert l’un des grands débats de
ce Synode, marqué par une interrogation sur « l’identité du religieux », qui
serait partagée entre son action en faveur des pauvres et les exigences de
sa vie spirituelle.
Magistère parallèle
Mgr Juan Abelardo Mata Guevara, salésien, évêque d’Esteli (Nicaragua), a
son explication: « Là où cette option pour les pauvres s’est faite sans discernement évangélique, cela a engendré chez les consacrés une option idéologique politique qui a entraîné la perte de leur propre identité et de
leur fonction dans l’Eglise ».
Et Mgr Guevara d’ajouter: « Tout ceci a provoqué des tensions dramatiques
au sein des instituts, au sein des communautés et au sein des Conférences
épiscopales; tensions qui se sont fait plus vives face à l’Eglise hiérarchique, à laquelle s’est opposé un magistère parallèle concernant le rôle
’prophétiqué des consacrés’. Il est douloureux de constater que ce sont les
fidèles chrétiens consacrés eux-mêmes qui, dans une grande majorité, ont
alimenté dans notre pays l’utopie d’une Eglise populaire. »
De véritables signes prophétiques
Venu d’Argentine, Mgr Domingo Salvador Castagna, évêque de San Nicolas
de los Arroyos, a tempéré ce débat: « L’option préférentielle pour les pauvres a déjà produit des fruits exemplaires chez les communautés implantées
dans les couches de la population les plus déshéritées du continent latinoaméricain. Il serait bon de les vérifier afin de pouvoir les reconnaître
comme de véritables signes prophétiques du point de vue de l’Evangile. »
Dans une atmosphère d’injustice et de violence, a ajouté Mgr Castagna,
ce type d’action ne va pas sans risques et erreurs éventuelles. L’Eglise se
doit donc de leur apporter « la grâce de la Parole et des sacrements ». Car
« ces hommes et ces femmes qui sont à l’avant-garde de l’évangélisation risquent souvent la persécution et le martyre ».
Un impression de chaos
Autre exemple, mais sur un autre thème, de ce vif débat sur l’identité
des religieux: Mgr James Aloysius Hickey, archevêque de Washington, regrette leur manque d’engagement en faveur du combat pour la vie: « De nombreuses
Congrégations religieuses n’ont pris en tant que telles aucun engagement
collectif pour ce travail ’pour la vie’. Dans certaines Congrégations qui
s’engagent dans les questions de justice et de paix, il n’est pas toujours
facile de savoir si le problème de justice se pose à la conception ou seulement à la naissance.
Un « impression de chaos » semble régner dans le monde des religieux, à en
croire Mgr Jacques Berthelet (Clercs de Saint Viateur), évêque de Saint-Jean de Longueil (Canada). Mais, pour lui, il ne faut pas confondre cette impression avec « l’état de transition » que vit actuellement la vie consacrée,
même si celle-ci est « inconfortable ».
Encore faudrait-il « légiférer d’une façon qui favorise une restauration
alors que notre terre crie un besoin de présence et de formes de vie nouvelle ». Car, selon l’évêque, « quelque chose est en train de mourir au Canada, dans la vie consacrée »: sa « visibilité historique », sa « crédibilité ».
Mais quelque chose de nouveau est en train de naître: la fin de « la vision
élitiste de la vie consacrée »; « la rencontre de Dieu dans la contemplation
et dans le frère ou la soeur, le pauvre et le désespéré », le tout dans « un
état de recherche intense et sincère ».
Appel à la sainteté
Pour rendre compte de la crise qui semble traverser la vie consacrée,
Mgr Brendan Daly, évêque d’Armagh, en Irlande, fait observer que « ces mêmes
questions ont été celles de la Réforme, il y a quatre siècle, les réformés
pensant que la vie consacrée dénigre la sainteté à laquelle tous les chrétiens sont appelés ». « Au contraire, estime-t-il, nous devons montrer que la
vie consacrée aide et encourage, chez les laïcs, l’appel à la sainteté. »
Le cardinal Willian Wakefield Baum (USA), grand pénitentiaire, s’inquiéte « de la manière dont les religieux et les religieuses doivent recevoir le
sacrement de la pénitence ». Il demande que les supérieurs « s’arrangent pour
qu’il y ait toujours suffisamment de confesseurs à la disposition des religieux et que tous aient le droit de pratiquer la confession auriculaire,
même pour de simples péchés véniels ».
Confusion
Aux yeux de Mgr Peter U-Il Kangdonk, évêque auxiliaire de Séoul (Corée),
la question de l’identité de la vie consacrée ne sera pas réglée de sitôt:
« L’arrivée continuelle de nouvelles formes de vie consacrée ne fait qu’augmenter la confusion. Il faudrait, dit-il, développer plus à fond ce thème
afin d’éviter cette confusion. » Le Synode s’y emploie, mais, pour lui, « les
religieux et les religieuses devraient être encouragés à chercher leurs
nouvelles formes d’apostolat non dans l’arrière-boutique de l’Eglise, mais
dans le monde séculier qui se présente à nous comme un défi permanent ».
Le P. Florian Pelka, jésuite, président de la Conférence des Supérieurs
Majeurs de Pologne, constate d’ailleurs que « de nombreux religieux et religieuses ont des contacts avec différents mouvements ecclésiaux ». Mais si
« pour la majeure partie d’entre eux, c’est une expérience positive », c’est
là un avis « qui n’est pas partagé par les communautés et par les supérieurs
religieux ». Constatant l’attrait spirituel et la qualité de la vie fraternelle que ces religieux trouvent en dehors de leurs maisons et dans les
« nouveaux mouvements », le P. Pelka s’interroge donc: « Les mouvements ecclésiaux constituent-ils une menace ou sont-ils à considérer comme un défi
pour les instituts religieux pour motiver leur dynamisme et leur vitalité
spirituelle? »
Un Etat dans l’Etat
Au-delà de ce thème de l’identité du religieux qui a dominé les débats
de la fin de la première semaine, un second débat revient sans cesse, celui
des relations entre les évêques et les instituts religieux. L’évêque de
Port-Louis (Ile Maurice), Mgr Maurice Piat, spiritain, résume l’impression
de beaucoup: « Lorsque l’évêque veut faire entrer toutes les forces vives de
son diocèse dans une pastorale commune, les Congrégations religieuses constituent parfois un ’Etat dans l’Etat’ et veillent jalousement à leur indépendance.
Deux autres points auront marqué les débats en fin de semaine: pour la
première fois, la prise de parole de deux évêques vietnamiens, parlant
d’une « situation critique » dans leur pays malgré « une ouverture religieuse
encore timide », et la première réponse à la proposition d’ »engagements religieux temporaires » venue des évêques thaïlandais.
Seul le cardinal Danneels y a répondu: « Un engagement temporaire dans la
vie religieuse est à envisager mais ne peut être une alternative souhaitable aux voeux temporaires classiques ».
Des femmes cardinales?
« Des femmes cardinales »: c’est la proposition faite par Mgr Ernest Kombo, un jésuite, évêque d’Owando (Congo). « Puisse Dieu inspirer l’attitude
prophétique qui consisterait à nommer des femmes, partie importante des
consacrés, en nombre comme en qualité, à des postes de responsabilité, voire aux postes les plus élevés de la hiérarchie, comme cardinales laïques,
si possible », a lancé l’évêque congolais le lundi 10 octobre.
Cette proposition très originale, cadrant avec l’insistance générale du
Synode en faveur du rôle important des femmes dans l’Eglise, en particulier
des religieuses, est une invitation pour que l’on prenne davantage compte
de la place des femmes dans la prise de décision du gouvernement de l’Eglise, autant que la reconnaissance et l’autonomie d’une vocation spécifique.
Sur 348 participants, le Synode compte 57 femmes, religieuses ou laïques
consacrées. Dans le monde, l’Eglise catholique compte plus d’un million de
personnes consacrées, dont 72,5% sont des femmes. Les Instituts religieux
féminins (environ 3’000) sont six fois supérieurs en nombre aux Instituts
religieux masculins (environ 500). (apic/jmg/pr)
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