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apic/Synode/7octobre

Rome: Synode des évêques sur la vie consacrée (071094)

Entre l’ashram indien et le monastère ukrainien

Rome, 7octobre(APIC) D’un continent à l’autre, les auditeurs invités au

Synode, tout comme les évêques, témoignent d’une perception fort différente

de la vie consacrée, de ses atouts et de ses difficultés. On a pu le vérifier, une fois de plus, lors des derniers débats.

«La mission n’est pas une option facultative»; «tous peuvent et doivent

y participer» a rappelé le cardinal Joseph Tomko, préfet de la Congrégation

pour l’évangélisation des peuples, Et de caractériser un des défis en deux

chiffres: l’Asie ne compte que 2,6 % de catholiques, alors qu’elle rassemble 85 % de la population non chrétienne du globe!

Au cours de la journée, une trentaine d’intervenants ont pris la parole

en séance plénière. Beaucoup d’interventions avaient l’allure de témoignages concrets, qui ont permis à l’assemblée de se faire une idée plus panoramique de la vie consacrée à travers les cinq continents. Au début de la

séance du matin, le cardinal Tomko avait d’ailleurs rappelé que le «témoignage» continuait aujourd’hui encore d’entraîner le «martyre»: 280 personnes, pour la plupart engagées dans la vie consacrée ont donné ce témoignage

suprême entre 1973 et 1993.

«La vie religieuse en Afrique est encore jeune et manque de modèles «,

note Mgr Agostino Delfino, capucin, évêque de Berbérati (Centrafrique). Il

se réjouit de la «soif de Dieu», mais perçoit des signes de fragilité. «La

vie religieuseue apparaît souvent comme une promotion ou une garantie sociale»; les membres d’une communauté religieuse ont «un style de vie souvent supérieur à celui des habitants des villages et des quartiers»; il y a

de réelles «difficultés à vivre» le célibat, mais aussi l’obéissance, et

même l’appartenance à une congrégation religieuse, «la véritable appartenance» restant la famille d’origine.

Les couvents de concentration

En Europe centrale, un grand nombre de religieuses restent marquées par

l’époque des catacombes qu’elles ont endurée sous le communisme. Soeur Katerina Havlova, ursuline tchèque, ne peut s’empêcher d’évoquer «les couvents de concentration» des années cinquante, puis les «instituts psychiatriques» où l’on internait les religieuses dix ans plus tard. Que serait-il

arrivé si des soeurs, avec l’appui des laïcs, n’avaient pu mettre en place

tout un réseau clandestin de «formation»?

La vie religieuse au grand jour? Soeur Anna Stara, en Biélorussie, a

plutôt connu «l’activité apostolique clandestine». Aujourd’hui, elle en retire «un trésor pour affronter de nouveaux défis». En Russie, l’Eglise catholique compte actuellement 19 Instituts masculins et 29 Instituts féminins, rapporte Soeur Nina Iolanta Chalecka. «La grande espérance de l’Eglise, ajoute-t-elle, réside dans les vocations et dans le progrès constant

sur le chemin de l’unité avec l’Eglise orthodoxe.»

La présence de 8’000 religieux et religieuses en Inde constitue aussi un

signe d’espérance pour l’Eglise. Mais Soeur Alphonse Inigo, supérieure générale des Soeurs de Sainte-Anne, invite les Occidentaux à ne pas rêver:

ces 8’000 personnes consacrées n’ont qu’une «influence limitée» sur leurs

concitoyens. Peut-être l’influence serait-elle accrue si les cadres institutionnels mis en place par les religieux étaient moins pesants? La religieuse indienne place davantage d’espoir dans les nouvelles formes de vie

chrétienne: les «ashrams», communautés de vie centrées sur tradition spirituelle et les «sannyasa» (ermites), les «communautés qui participent à la

lutte des pauvres», ou encore le renouveau apporté par les personnes qui

«s’engagent dans la vie religieuse pour une période limitée».

Une des religieuses les plus connues à travers le monde, Mère Teresa de

Calcutta, fondatrice et supérieure générale des Missionnaires de la Charité, souligne que «la vie religieuse, surtout comme femme, doit être d’avoir

soif de Jésus», de «l’aimer toujours plus», de «placer l’amour au premier

plan». Ceci ne va pas sans prière: les Missionnaires de la Charité s’y

adonnent au moins cinq heures par jour.

Mais quels remèdes à la crise?

Pour l’Equateur, Mgr Julio Parise Loro, vicaire apostolique de Napo,

dresse un tableau moins optimiste: «diminution des vocations», «vieillissement», «désorientation», «découragement», «abandon des oeuvres». L’intervention de cette évêque sera suivie de bien d’autres s’interrogeant sur la

«crise» actuelle ou proposant des remèdes.

Pour Mgr Francis Eugene George, religieux oblat de Marie et évêque de

Yakima (Etats-Unis), la crise vient d’une «perte de la communion avec le

Christ et avec le monde sauvé par lui», d’un «affaiblissement de la foi et

de l’influence d’un charisme», voire d’un «éloignement de l’Eglise». Le Père Gerald Brown, président de la Conférence des Supérieurs Majeurs américains, est moins tranché. Il ne nie pas la crise, constate même que beaucoup en sont venus à douter de la vie religieuse comme telle. Il ajoute que

le problème se complique par «l’incapacité de nombreuses communautés à se

présenter comme des communautés vivantes, visibles et nécessaires». Mais

tous les Instituts ne sont pas à mettre dans le même sac: «Il y a des groupes de religieux fort engagés dans les missions ou dans des actions caritatives, qui oeuvrent dans des limites claires et dont les membres ont un

souci éthique élevé. Ces groupes attirent de nouveaux candidats!»

En Occident, un grand nombre d’Instituts religieux se sont orientés vers

le sacerdoce. N’est-ce pas de là que viennent tant de confusions ? Mgr

Franghiskos Papamanolis, évêque franciscain de Syros en Grèce, constate que

«la cléricalisation» de la vie religieuse a malheureusement précipité son

«détachement» par rapport au «peuple de Dieu» et une dévalorisation des religieux non prêtres, souvent «exclus» des fonctions dirigeantes. Parmi les

solutions à la «crise» des vocations, mais aussi à la «peur» devant un engagement à vie, Mgr George Yod Phimphisan, évêque rédemptoriste de Udon

Thani en Thaïlande, propose que le Synode ouvre la possibilité d’un «engagement religieux total mais pour une période limitée», qui pourrait aller

«d’une semaine à cinq ans ou plus».

Une solution qui sera difficilement entendue en Ukraine, dont le cardinal Myroslav Ivan Lubachivsky, archevêque de Lviv, apporte d’emblée la note

distinctive: «alors qu’en Occident, les religieux et les religieuses sont

souvent promoteurs de courants et de mouvements nouveaux dans le milieu ecclésial, les religieux en Ukraine, peut-être à cause de l’influence du monachisme oriental, se montrent rétifs devant tout type de changement».

(apic/jmg/mp)

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