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Erich Camenzind: un nouveau prêtre à l’itinéraire inhabituel (061094)
Le long chemin vers le sacerdoce
de l’ancien rédacteur en chef des «Freiburger Nachrichten»
Gabriele Brodrecht / traduction et adaptation Maurice Page
Fribourg, 4octobre(APIC) Des quatre diacres que Mgr Pierre Bürcher ordonnera le 9 octobre à Notre-Dame du Valentin à Lausanne, Erich Camenzind a un
parcours bien particulier pour un futur prêtre. Ancien rédacteur en chef du
quotidien fribourgeois alémanique «Freiburger Nachrichten», père de cinq
enfants, il a été marié durant 34 ans. Après la mort accidentelle de sa
femme, à l’âge où d’autres prennent une retraite méritée, il a suivi l’appel à consacrer sa vie au service de l’Eglise. Une vocation qui l’accompagnait depuis longtemps déjà.
«La mort soudaine de ma femme a changé ma vie extérieure, elle a aussi
provoqué une longue lutte intérieure», écrit Erich Camenzind dans l’invitation à la fête. Il a ressenti clairement un nouvel appel de Dieu… sa disponibilité au service de l’Eglise comme diacre et comme prêtre a mûri lentement en lui. Il ose dire aujourd’hui «je suis prêt… avec l’aide de
Dieu».
Erich Camenzind est convaincu que «les desseins de Dieu sont comme le
fil rouge de mon existence». Un premier signe lui a été donné alors qu’il
n’était qu’un garçon de sept ans, le cadet d’une famille de douze enfants
de Gersau, au bord du Lac des Quatre Cantons. Gravement atteint par la polio, il a le bras gauche complètement paralysé. Durant une neuvaine dite
par ses parents, la paralysie disparaît d’un jour à l’autre: «Pour moi, ce
fut un miracle».
Dès son jeune âge, Erich Camenzind se sent prêt à servir l’Eglise. Après
son collège à Immensee, il étudie durant cinq ans la philosophie et la
théologie au séminaire des missionnaires de Bethléem à Schöneck. «J’avais
beaucoup de joie à participer à la messe et tout jeune déjà se faisait sentir en moi le désir de devenir prêtre.» A 25 ans cependant, il s’aperçoit
clairement qu’il ne veut pas renoncer au mariage et à la famille.
C’est à l’Université de Fribourg où il étudie la pédagogie et l’Histoire
qu’il rencontre sa femme Suzanne qui lui donnera cinq enfants, – dont un
fils qui mourra à l’âge de 21 ans – . Il y a trois ans, elle est tuée lors
d’un accident de la route causé par un chauffard ivre. Erich Camenzind s’en
sort indemne. Avec le temps, il y voit aussi un signe de Dieu, aussi cruelle que fut pour lui la perte de sa femme. Il est persuadé aujourd’hui que
Dieu lui a offert à nouveau sa vie pour qu’il s’engage pour ses frères.
Son mariage et la fondation d’une famille n’empêchèrent pas Erich Camenzind de mûrir ses projets missionnaires. De 1964 à 1977, il est secrétaire
général du Conseil missionnaire des catholiques suisses puis administrateur
durant sept ans du mouvement de volontaires laïcs «Interteam», dont il est
aujourd’hui le président. En 1970, lui et sa famille font le pas et partent
dans le cadre de la coopération au développement pour une année en Zambie
où il enseigne dans une école normale d’institutrices. Plus tard, il guide
de nombreux groupes dans des voyages ’alternatifs’, privilégiant le contact
avec les populations locales, en Afrique, en Amérique latine, aux Philippines, en Inde, en Corée, à Taiwan, en Chine, au Japon et en Australie. Il
enseigne parallèlement à l’Université de Fribourg durant 10 ans l’histoire
contemporaine de l’Afrique. En 1977, il est sollicité pour occuper le poste
de rédacteur en chef des «Freiburger Nachrichten», quotidien alémanique
fribourgeois d’inspiration chrétienne, tâche qu’il occupe jusqu’en 1993. Il
fait également un passage en politique, en 1981, il est candidat au Conseil
d’Etat pour le Parti chrétien social.
Aujourd’hui, une nouvelle route s’est ouverte. Erich Camenzind a commencé sa formation pastorale par un stage de près d’un an dans la grande paroisse de la Trinité, en ville de Berne. Ayant exprimé le désir de travailler dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, il a été placé par Mgr
Pierre Mamie dans la paroisse alémanique St-Michael de Lausanne, qui regroupe quelque 400 ménages alémaniques du canton de Vaud. Il participera à
l’équipe pastorale de Notre-Dame du Valentin où il trouve le soutien et la
sécurité d’une communauté.
Le 29 janvier, lors de son ordination sacerdotale à l’église St-Pierre à
Fribourg, il portera à son doigt son alliance sur laquelle est gravé «Tout
est grâce, et le nom de sa femme: Suzanne». Il ne veut pas y renoncer car
son amour pour elle n’a pas changé. La promesse de célibat qu’il prononcera
signifie aussi la fidélité à sa femme défunte.
Erich Camenzind est persuadé que l’Eglise, dans un avenir pas trop lointain, ordonnera des hommes mariés, des «viri probati». Il espère que son
histoire personnelle puisse être une pierre de la mosaïque dans cette voie.
Même s’il ne veut pas être considéré comme un cas particulier. «En tant
qu’ouvrier de la dernière heure, j’ai beaucoup de respect pour ceux qui ont
travaillé dans la chaleur de midi.» A propos du célibat, il remarque que
dans les premiers siècles, l’Eglise permettait aux prêtres de se marier.
Erich Camenzind a certes des critiques vis-à-vis de l’Eglise «mais je
suis à un âge où certaines querelles ne paraissent plus aussi importantes».
Son expérience de laïc lui fait souhaiter une meilleure reconnaissance de
l’autonomie des Eglises particulières et de la maturité des laïcs y compris
pour les décisions de leur conscience. Enfin l’ouverture oecuménique lui
tient particulièrement à coeur. «Comme prêtre je veux contribuer par un
service discret et simple à ce que les hommes trouvent un chemin crédible
vers l’expérience de l’amour de Dieu, de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ
et de la sécurité dans une communauté chrétienne vraiment vécue». (apicgbr/mp)
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