L’église Saint-Louis des Français à Rome célèbre son 500e anniversaire

Pour les 500 ans de l’église Saint-Louis des Français, l’église nationale des Français à Rome,  une exposition consacrée à la ›Mémoire des objets 1518-2018’ a été inaugurée le 11 mai 2018, en présence du cardinal Paul Poupard, préfet émérite du Conseil pontifical de la culture, et de l’ambassadeur de France près le Saint-Siège, Philippe Zeller.

«L’exposition (*) illustre les quatre grandes fonctions de la maison», explique le recteur de Saint-Louis, Mgr François Bousquet, à l’agence I.MEDIA. Prier d’abord, avec la présentation d’objets liturgiques – calices, ostensoirs, reliquaires – associés aux grands événements de France ayant eu un retentissement de l’autre côté des Alpes. Comme la mort du roi, qui donnait lieu à un De profundis solennel à Saint-Louis.

Représentation diplomatique de la France

Fonction également de représentation diplomatique de la France. On trouvera parmi les objets exposés un buste de l’ambassadeur de Bernis, cardinal, «diplomate avisé, libertin qui a terminé sa vie dignement», précise Mgr Bousquet. Il a représenté la France à Rome de 1774 à 1794.

Enfin, les deux autres fonctions de Saint-Louis consistent en l’accueil et l’étude, avec des exemplaires – dont des incunables imprimés avant 1501 – tirés de la bibliothèque patrimoniale. Elle comprend 30’000 ouvrages, «et pas uniquement des ouvrages de piété», souligne le recteur, mais aussi des livres sur la culture des différentes époques traversées par ce lieu-phare de la France à Rome.

En union avec l’Eglise universelle

De fait, depuis le Moyen Age, il existe trois motifs pour les Français de se rendre au cœur de l’Eglise, note l’historien Jean-Louis Chauvard: le pèlerinage sur les tombes des Apôtres, qui draine près de 6’000 personnes lors du Jubilé de 1600. Ces derniers sont alors hébergés à l’hospice de Saint-Louis. La seconde raison concerne les affaires de l’Eglise, poursuit l’historien, qui «obligent clercs et laïcs à se rendre à la Curie romaine pour obtenir bénéfices et indulgences». Enfin, troisième motif: «le goût du beau et de l’antique», qui conduit à faire de Rome, dès la Renaissance, l’étape obligée des élites européennes.

Si la plupart des Français ne sont que de passage, certains s’y installent. Pour exercer des fonctions à la Curie, vivre leur vocation religieuse ou chercher l’inspiration artistique. On y trouve alors des Français proprement dit, sujets du roi de France, mais également des Bretons, des Lorrains, des Franc-Comtois, des Savoyards et des Bourguignons.

 

A des fins d’entraide – loger, nourrir, soigner les pèlerins – la confrérie de Saint-Louis se dote de ses premiers statuts en 1500. C’est l’appui financier de la monarchie et de nombreux particuliers, ecclésiastiques et laïcs, qui permet ensuite l’érection de l’église quelques décennies plus tard. Au nom du «principe d’unité» de l’Eglise universelle incarné par Rome, souligne pour sa part l’historienne Geneviève Michel dans un ouvrage collectif, et pour resserrer les liens de la France avec Rome.

Dès 1478, la fondation de l’église avait déjà été suscitée par une bulle du pape Sixte IV. Puis la première pierre a été posée en 1518, mais l’église était restée inachevée faute d’argent.

Nouvel élan dans l’Eglise

C’est seulement après la tempête de la Réforme protestante, note le bénédictin Philippe Rouillard, que l’Eglise «retrouve son assurance, sa vigueur», à travers des «signes rassurants» qui lui donnent l’impression d’avoir surmonté la crise: fin du concile de Trente en 1563, victoire de Lépante sur les Turcs en 1571, et abjuration du protestantisme par Henri IV en 1593, qui assure de la fidélité du royaume de France à Rome.

Ce nouvel élan doit dès lors se manifester au monde, en particulier dans la Ville éternelle. Il se traduit par la rénovation de la cité: le pape demande alors aux cardinaux et aux ordres religieux de bâtir de nouvelles églises. Ce sera celle du Gesù pour les jésuites en 1568, la Chiesa Nuova pour les Oratoriens de saint Philippe Néri en 1575, et Saint-Louis des Français, qui sera enfin consacrée le 8 octobre 1589.

Jean Paul II et la culture française

A l’occasion du 4e centenaire de cette consécration, le pape Jean Paul II s’est rendu à Saint-Louis pour la messe du Christ-Roi. «Toute une histoire s’est déroulée autour de ce sanctuaire», avait relevé le pape polonais, «puisse-t-elle se poursuivre avec dynamisme, au service de l’Eglise et du monde».

Le pape avait ensuite visité le Centre Saint-Louis, fondé quarante plus tôt par le philosophe Jacques Maritain. Une tradition saluée par le pontife, faite d’échanges autour de la culture française avec des diplomates, des membres de la Curie romaine, des professeurs et des étudiants, des jeunes prêtres et des religieux.

Enfin, le 8 octobre 2017, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat, avait inauguré cette année commémorative par une messe à l’occasion de la fête patronale. Dans son homélie en français, il avait alors exhorté à la sainteté, notamment en politique, qui n’est pas «hors de portée». (cath.ch/imedia/ap/be)

(*) Exposition du 11 au 31 mai 2018, de 11h à 18h, sauf le lundi.

 

Jacques Berset

Portail catholique suisse

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