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Strasbourg: Prix européen des droits de l’homme pour Mgr Romélus (211194)
L’évêque haïtien récompensé ce samedi pour sa résistance à la dictature
Paris, 21novembre(APIC) Mgr Willy Romélus, évêque de Jérémie, en Haïti,
s’apprête à rentrer dans son pays après un séjour de six mois en Europe
pour raisons médicales. Figure de proue de la résistance à la dictature militaire, il recevra samedi prochain à Strasbourg le Prix européen des
Droits de l’homme.
Dimanche, Mgr Romélus a concélébré la messe avec le cardinal Jean-Marie
Lustiger, archevêque de Paris. Dans une interview accordée lundi à l’agence
APIC au siège de l’association « Chrétiens pour Haïti » à Paris, Mgr Romélus
fait le point sur la situation en Haïti depuis le retour du Président JeanBertrand Aristide.
MgrRomélus:La situation est bien meilleure qu’avant: les gens peuvent
dormir et sortir en paix. Il n’y a plus de couvre-feu à Port-au-Prince. Par
contre dans les provinces reculées, le calme n’est pas revenu, car des militaires toujours armés s’y sont repliés. Par ailleurs, le retour d’une majorité de Républicains au Sénat américain n’est pas de bon augure pour le
peuple haïtien.
Ainsi, le sénateur Jesse Helms, président de la Commission des Affaires
étrangères, a un passé très noir en Amérique latine; il demande le départ
immédiat des soldats américains stationnés en Haïti. Les « Tontons Macoutes »
ont d’ailleurs toujours fait la fête quand les Républicains accédaient au
pouvoir. L’élection de Clinton les avait énormément déçus.
APIC:On a annoncé récemment que le Père Aristide avait demandé sa réduction à l’état laïc. Que s’est-il passé?
MgrRomélus:Depuis longtemps des pressions étaient exercées sur lui pour
l’obtenir et il a résisté. Aujourd’hui, il a envoyé sa lettre de démission
car il ne pouvait faire autrement. Le peuple était pourtant attaché à son
état de prêtre et l’a même élu pour cela, car il a vu que l’Eglise venait,
en sa personne, à son secours. Personnellement, je considère qu’au-delà du
droit canonique, en cas de situation exceptionnelle, comme c’est le cas en
Haïti, il fallait déroger à la règle. Les « Tontons Macoutes » se sont portés
librements candidats à la présidence de la République alors que la Constitution les en empêchait. Seul le Père Aristide pouvait les contrecarrer et
c’est le peuple qui le lui a demandé.
APIC:On dit qu’il a été cette fois-ci moins bien accueilli par le peuple
et que son nouveau style décevait…
MgrRomélus:Non, je ne le pense pas. Il était au contraire très attendu.
Quant à son style, il est certes plus diplomatique, mais c’est normal qu’il
soit plus modéré après son retour d’exil et eu égard à la situation qui
prévaut en Haïti actuellement. L’intervention américaine, qui a de fait,
jusqu’à nouvel ordre, libéré de la dictature et entraîné une évolution favorable, impose un temps d’observation, une certaine prudence. Le Père
Aristide a déclaré après son retour: « Je suis ce que j’étais ».
APIC:Vous êtes donc favorable à la prolongation de son mandat?
MgrRomélus:Oui, dans la mesure où le peuple dit qu’il a été élu pour cinq
ans et qu’il doit les faire effectivement. Mais cela pose un problème avec
la Constitution et lui-même a assuré qu’il ne serait pas à nouveau candidat.
APIC:On connaît les déclarations de la Conférence épiscopale d’Haïti.
Quel est votre sentiment à cet égard?
MgrRomélus:Je dirais qu’il ne faut pas se contenter de déclarations et
qu’il faut les mettre en pratique, passer aux actes. C’est tout ce que je
peux dire. Il n’y a pas vraiment de scission entre une Eglise des riches et
une Eglise des pauvres en Haïti. Mais la hiérarchie n’a pas été assez proche des opprimés pendant les trois années qui ont suivi le coup d’Etat. Il
nous faut être aux côtés des pauvres sinon, on fait fausse route.
APIC:Vous êtes allé à Rome en mars dernier. Vous y êtes retourné depuis?
MgrRomélus:Non, mon calendrier ne me l’a pas permis et je ne l’ai pas jugé utile. Je crois que tout a été dit. Je ne sais pas si le Vatican a pris
en compte mes remarques. J’ai fait ce que j’estimais être mon devoir. Le
nonce actuel en Haïti était présent avec trois autres évêques au retour du
Père Aristide en octobre dernier. Cela me semble être un bon signe. Il
avait certes présenté ses lettres de créance au gouvernement putschiste. Le
fera-t-il aujourd’hui avec le nouveau gouvernement? Je l’ignore.
(Propos recueillis par Jean-Claude Noyé/APIC/eb)
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