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Fribourg: Dies academicus de l’Université (151194)
Une réflexion sur l’économie et la pauvreté
Fribourg, 15novembre(APIC) Pour son traditionnel «Dies academicus»,
l’Université de Fribourg a renoué mardi avec sa recherche en matière de
doctrine sociale chrétienne, une réflexion qui a été influencée dès le siècle dernier par les intellectuels de l’Union de Fribourg qui ont contribué
à faire naître l’encyclique «Rerum novarum». La Conférence du professeur
Maurice Villet sur «L’économie de la pauvreté» a voulu lancer le débat sur
le «salaire de citoyenneté», une «douce utopie» destinée à révolutionner
une protection sociale de plus en plus coûteuse et opaque.
Dans sa conférence magistrale, le vice-recteur a effleuré les nombreuses
théories économiques sur la pauvreté après avoir dressé le constat que la
pauvreté «contamine à nouveau les tissus économiques et sociaux de nos économies occidentales»: pour la période de 1959 à 1978, le taux officiel de
pauvreté a chuté de 22,4% à 11,4% aux Etats-Unis, mais n’a fait depuis
que croître, pour atteindre 14,5% en 1992. Même la Suisse, remarque le
professeur Villet, n’échappe pas au développement d’une «nouvelle pauvreté»: «Les bonnes consciences sont abasourdies quand on leur articule des
taux supérieurs à 20% pour le canton de Berne et de Zurich». Et le professeur Villet de mentionner d’autres statistiques plus inquiétantes encore:
1,1 milliard de pauvres pour l’ensemble du tiers monde, 44 millions pour la
CEE, 25 millions pour la Russie…
Même si à l’évidence cette réflexion n’est pas encore assez mûre et mérite des approfondissements, le professeur Villet a lancé l’idée de l’instauration d’une «allocation universelle», variante hardie et révolutionnaire du «Revenu minimum garanti», qui serait un véritable «revenu de citoyenneté» permettant enfin aux pauvres de retrouver leur dignité. Une solution
qui peut correspondre à un idéal de justice proche de la justice chrétienne…
Pauvreté et sagesse éternelle
Le Dies academicus, célébré comme chaque année en la fête de saint Albert le Grand, docteur de l’Eglise et patron des scientifiques, s’est ouvert par une messe en l’église du Collège Saint-Michel, présidée par Mgr
Pierre Bürcher. L’évêque auxiliaire à Lausanne a lancé à cette occasion un
appel aux fidèles pour qu’ils soient des hommes et des femmes d’espérance
qui construisent le Royaume de Dieu et il a recommandé aux chercheurs
d’être conscients de leur pauvreté face à la sagesse éternelle.
Sous la présidence d’honneur de Madeleine Duc, présidente du Grand Conseil, la communauté universitaire s’est vu rappeler que l’Université de
Fribourg, dès les origines, fut attentive à la «question sociale» et a contribué à la renaissance de la pensée économique et sociale dans l’Eglise.
Si elle a reconnu que l’Université doit aider notre société à changer de
rythme et de registre sur le plan économique, en formant des cadres compétitifs, la responsable des affaires sociales de la Ville de Fribourg a néanmoins estimé essentiel que l’Alma Mater forme aussi les professionnels
qui prennent en charge les personnes «vaincues par la dureté de la compétition», permettant à la société de devenir à la fois plus «performante» et
plus solidaire.
Doctorat honoris causa pour le Père dominicain Raymond-Jacques Tournay
A l’occasion de la remise des distinctions académiques, la Faculté de
théologie a décerné le titre de docteur honoris causa au Père dominicain
Raymond-Jacques Tournay, ancien directeur de l’Ecole biblique de Jérusalem.
Le Père Tournay, né à Paris en 1912 mais résidant à Jérusalem dès avant la
fondation de l’Etat d’Israël, s’est fait connaître dans le monde par ses
recherches et son enseignement sur la Bible. Sa plus célèbre activité a été
la traduction des Psaumes, reconnue pour sa valeur scientifique et sa beauté littéraire. Il a aussi publié de nombreux ouvrages sur le Cantique des
Cantiques et sur la Bible.
Mais la Faculté a également voulu honorer l’oeuvre de réconciliation
entre Israéliens et Palestiniens entreprise des décennies durant par ce
religieux qui n’a pas hésité à dénoncer les violations des droits de
l’homme et à venir en aide aux nécessiteux dans le cadre de la Caritas de
Jérusalem, de Justice et Paix ou comme visiteur de prisons.
L’Université de Fribourg a encore décerné le titre de membre d’honneur à
Brenno Messikommer, membre du Conseil de l’Université pendant de longues
années et ancien directeur de l’usine Ciba-Geigy à Marly. La Faculté de
droit a décerné le titre de docteur honoris causa au juriste Werner Hauck,
chef de la section allemande du Service linguistique de la Chancellerie fédérale.
Dans la liste des Prix académiques, le Prix Leuba, destiné à récompenser
des théologiens pour leurs travaux dans le domaine de l’oecuménisme, a été
attribué au professeur Martin Hauser, de Marly, pour son ouvrage sur la
compréhension du ministère et de l’Eglise chez le réformateur Huldrych
Zwingli. Le Prof. Hauser a a dédié son livre au pasteur Rusterholz, président du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse
(FEPS) et à Mgr Mamie, président de la Conférence des évêques suisses
(CES), dans le but de contribuer au relancement du dialogue oecuménique
dans le délicat domaine du ministère et de l’Eglise. Martin Hauser est
actuellement professeur associé à l’Université de Bucarest, tout en
poursuivant sa collaboration avec l’Institut d’Etudes Oecuméniques de
l’Université de Fribourg. (apic/be)
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