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Lettre de Jean Paul II sur le Jubilé de l’an 2’000

Lettre apostolique « A l’aube du troisième millénaire » (141194)

Rome, 14novembre(APIC) Le deux millième anniversaire de la naissance du

Christ étant « un Jubilé extraordinairement important » pour les chrétiens

et, indirectement, pour l’humanité entière, sa célébration sera « différente

et plus ample que tout autre ». C’est ce qu’annonce Jean- Paul II dans sa

lettre apostolique « Tertio millenio adveniente » (A l’aube du troisième millénaire), publiée lundi.

Le pape, qui s’y réfère à des suggestions reçues lors d’une consultation élargie auprès des présidents des Conférences épiscopales et des cardinaux réunis en consistoire extraordinaire (13-14 juin 1994), donne en effet au Jubilé une dimension résolument oecuménique. Une phase de sensibilisation sera suivie de trois années de préparation centrées sur le Christ

(1997), sur l’Esprit Saint (1998) et sur Dieu le Père (1999), puis d’une

célébration simultanée en Terre Sainte, à Rome et dans les Eglises locales.

La lettre s’ouvre et se conclut sur les paroles de l’apôtre Paul: « Jésus

Christ est le même hier, aujourd’hui et à jamais » (He 13,8), où apparaît

« la plénitude du mystère de l’Incarnation rédemptrice ». Le Christ est

« l’unique médiateur entre Dieu et les hommes », « l’homme parfait qui a rendu

aux fils d’Adam la ressemblance avec Dieu déformée par le péché », « l’Alpha

et l’Oméga ».

L’incarnation, explique le pape, est ce qui différencie le christianisme

des autres religions: « ce n’est plus seulement l’homme qui cherche Dieu,

mais c’est Dieu qui vient en personne parler de lui-même à l’homme et lui

montrer la voie qui lui permettra de l’atteindre ». C’est pourquoi « le Verbe

incarné est l’accomplissement de l’aspiration présente dans toutes les religions de l’humanité », « la récapitulation de tout ».

Qu’est-ce qu’un Jubilé ?

Dans le deuxième chapitre, Jean-Paul II rappelle l’origine de la pratique du Jubilé. Dans l’Ancien Testament, l’ »année sabbatique », célébrée tous

les sept ans, était un temps consacré de manière particulière à Dieu; on

laissait reposer la terre, on libérait les esclaves, on remettait les dettes.

Ces usages étaient élargis et célébrés plus solennellement pour l’année

« jubilaire », qui revenait tous les cinquante ans. Tout israélite rentrait

en possession de la terre de ses aïeux, s’il l’avait vendue ou perdue en

devenant esclave: on ne pouvait être privé définitivement de terre, car elle appartient à Dieu; et les israélites ne pouvaient demeurer indéfiniment

en esclavage, puisque Dieu les avait « rachetés » pour lui même comme sa propriété exclusive en les libérant de l’esclavage en Egypte.

Le pape évoque la lecture par Jésus, à la synagogue de Nazareth, du

passage d’Isaïe annonçant le Messie: « L’Esprit du Christ est sur moi, car

le Seigneur m’a donné l’onction; il m’a envoyé pour porter la bonne

nouvelle aux pauvres, panser les coeurs meurtris, annoncer aux captifs la

libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de grâce

de la part du Seigneur » (Is 61, 1-2). Jésus ajoute: « Aujourd’hui cette

Ecriture est accomplie pour vous qui l’entendez » (Lc 4, 21), faisant

comprendre qu’en lui commençait le « temps » si attendu.

Tous les jubilés, écrit le pape, se rapportent à ce « temps » et concernent la mission messianique du Christ. L’ »année de grâce du Seigneur » n’est

donc pas seulement le retour d’un anniversaire, c’est « ce qui qualifie

l’activité de Jésus ».

Si les préceptes de l’année jubilaire sont restés en grande partie dans

le domaine de l’idéal, son cadre juridique est à l’origine d’une doctrine

qui se développa à partir du Nouveau Testament: Dieu seul a la seigneurerie

sur toute la création, dont les richesses sont un bien commun de l’humanité

entière, leurs propriétaires n’étant que des administrateurs. La doctrine

sociale de l’Eglise a l’une de ses racines dans cette tradition.

Regard de foi sur le siècle écoulé

En vue du grand Jubilé de l’an 2’000, Jean-Paul II porte un « regard de

foi » sur le siècle qui s’achève. Le Concile Vatican II lui apparaît « un

événement providentiel » par lequel l’Eglise a commencé la préparation du

Jubilé. La meilleure façon de préparer le Jubilé est donc d’en appliquer

l’enseignement.

Le pape situe aussi dans la perspective du « grand Jubilé » les synodes

des évêques, le ministère de l’évêque de Rome – tous les papes du siècle

ont agi en fonction du Jubilé, dit-il -, les Jubilés locaux déjà célébrés,

comme le millénaire du baptême de la Rus’ (1988) ou 5e centenaire de

l’évangélisation de l’Amérique (1992), et à venir (dont le 1500e anniversaire du bapême de Clovis en 1996), l’Année Sainte de 1975, l’Année de la

Rédemption de 1983, l’Année Mariale de 1987-1988, qui a « précédé de près

les événements de 1989″, c’est-à-dire l’effondrement du système communiste,

sur lequel le pape revient à plusieurs reprises, et qu’il attribue

notamment à « la main invisible de la Providence », l’Année de la Famille en

1994.

Dans le ministère de l’évêque de Rome, Jean-Paul II assigne une place

particulière aux pèlerinages du pape inaugurés par Jean XXIII et devenus

aujourd’hui systématiques, en relevant l’importance qui y a été donnée au

développement des relations oecuméniques. Il dit son vif désir de visiter,

outre Sarajevo, le Proche-Orient (Liban, Jérusalem, Terre Sainte), « sur le

chemin du peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance, depuis les terres parcourues par Abraham et par Moïse, en traversant l’Egypte et le Mont Sinaï,

jusqu’à Damas, ville qui fut témoin de la conversion de saint Paul. »

Examen de conscience

En vue du Jubilé de l’an 2’000, une phase « anté-préparatoire » ravivera

la conscience de sa signification dans l’histoire humaine. Le Saint- Siège,

aidé par un Comité ad hoc, fera des suggestions au plan universel, tandis

qu’un effort de sensibilisation sera accompli par des commissions semblables des Eglises locales.

Si le Jubilé sera une prière de louange et d’action de grâce, l’Eglise

se souviendra aussi du péché de ses enfants qui ont donné « de véritables

formes de contre-témoignage et de scandale ». « La Porte sainte du Jubilé de

l’an 2’000, observe le pape, devra être symboliquement plus large que les

précédentes car l’humanité, arrivée à ce terme, laissera derrière elle non

seulement un siècle, mais un millénaire ».

Parmi les péchés qui requièrent un plus grand effort de pénitence et de

conversion, il y a ceux qui ont porté atteinte à l’unité voulue par Dieu

pour son peuple. « L’approche de la fin du deuxième millénaire, écrit le

pape, nous invite tous à un examen de conscience et à d’utiles initiatives

oecuméniques, afin que nous puissions nous présenter, lors du grand Jubilé,

sinon totalement unis, du moins beaucoup plus près de surmonter les

divisions du deuxième millénaire. »

Autre « chapitre douloureux »: « le consentement donné, surtout en certains

siècles, à des méthodes d’intolérance et même de violence dans le service

de la vérité ». Les circonstances atténuantes ne dispensent pas l’Eglise « de

devoir de regretter profondément les faiblesses de tant de ses fils qui ont

défiguré son visage ».

Mais un examen s’impose « surtout » pour aujourd’hui, et le pape invite

les chrétiens à s’interroger sur leurs responsabilités dans l’indifférence

religieuse, sur la période d’incertitude que traverse la vie spirituelle,

« qui affecte non seulement la vie morale, mais aussi la prière et même la

rectitude théologale de la foi », sur le « manque de discernement », voire un

« véritable consentement » de nombreux chrétiens devant la violation des

droits humains de la part de régimes totalitaires; sur la « coresponsabilité

de tant de chrétiens devant des formes graves d’injustice et de marginalisation sociale ».

Une Eglise de martyrs

L’Eglise, née du sang des martyrs, étant devenue à nouveau, au terme du

deuxième millénaire, une Eglise de martyrs, « soldats inconnus » de la grande

cause de Dieu, Jean-Paul II demande que les Eglises locales, pour que ne

s’en perde pas la mémoire, rassemblent la documentation nécessaire. Cela

aura « un caractère oecuménique marqué », car « la voix de la ’communio

sanctorum’ est plus forte que celle des fauteurs de division. » Le SaintSiège, de son côté, mettra à jour les martyrologes pour l’Eglise universelle, « en accordant une grande attention à la sainteté de ceux qui, à notre

époque aussi, ont vécu pleinement dans la vérité du Christ », spécialement

en reconnaissant « l’héroïcité des vertus d’hommes et de femmes qui ont réalisé leur vocation chrétienne dans le mariage ».

Autre initiative souhaitée: l’organisation de Synodes continentaux à la

suite de ceux qui se sont déjà tenus pour l’Europe et pour l’Afrique. Le

Conseil épiscopal latino-américain, en accord avec l’épiscopat nordaméricain, a déjà accueilli la proposition d’un Synode pour les Amériques

sur la nouvelle évangélisation. Le pape relève l’utilité d’un tel synode

également pour l’Asie et pour l’Océanie.

Option préférentielle pour les pauvres et les exclus

A partir de cette phase de sensibilisation, une seconde phase, celle de

la préparation proprement dite, s’étendra sur trois années consacrées à une

réflexion sur le Christ (1997), sur l’Esprit Saint (1998) et sur Dieu le

Père (1999).

Vu le caractère « nettement christologique » du Jubilé, la première année

aura pour thème: « Jésus-Christ, unique Sauveur du monde, hier aujourd’hui

et demain ». L’accent sera mis sur une redécouverte du baptême comme

fondement de l’existence chrétienne, en vue d’un renforcement de la foi et

du témoignage des chrétiens, en suscitant chez tous les fidèles « une réelle

aspiration à la sainteté ».

L’année 1998 proposera de redécouvrir la présence de l’Esprit, qui agit

par les sacrements, spécialement la confirmation, par les charismes, rôles

et ministères qu’il suscite; ce sera l’occasion de redécouvrir aussi la

vertu théologale de l’espérance, en approfondissant les signes d’espérance.

En 1999, le sens du « pèlerinage vers la maison du Père » invitera à « un

itinéraire de conversion authentique ». Ce sera l’occasion de redécouvrir le

sacrement de la pénitence, de mettre en relief la vertu théologale de la

charité, en soulignant « plus nettement l’option préférentielle de l’Eglise

pour les pauvres et les exclus », par exemple en proposant à l’occasion du

Jubilé « une réduction importante, sinon un effacement total de la dette

internationale qui pèse sur le destin de nombreuses nations ».

Jean-Paul II signale encore, pour cette année 1999, deux champs d’action

indispensables: tout d’abord, la confrontation avec le sécuralisme, en abordant « le vaste thème de la crise de la civilisation telle qu’elle s’est

manifestée surtout dans l’Occident plus développé sur le plan technologique, mais intérieurement appauvri par l’oubli ou la marginalisation de

Dieu »; ensuite, le dialogue avec les grandes religions, où « les juifs et

les musulmans devront avoir une place de choix ». Le pape envisage des rendez-vous historiques à Bethléem, à Jérusalem et sur le Mont Sinaï, et des

rencontres avec les grandes religions du monde en d’autres villes.

Une rencontre pan-chrétienne significative

La célébration même du Jubilé aura lieu simultanément en Terre Sainte, à

Rome et dans les Eglises locales. Dans cette phase de célébration, l’objectif sera « la glorification de la Trinité, dont tout provient et vers laquelle tout s’oriente dans le monde et dans l’histoire ». Le Christ étant

« l’unique voie d’accès au Père », l’an 2’000 verra la célébration à Rome

d’un Congrès eucharistique international. La dimension oecuménique et universelle du Jubilé pourrait aussi être mise en évidence par une « rencontre

pan-chrétienne significative ».

Occident, terre de mission

S’agissant d’ »un geste de grande valeur », il devra, pour éviter les

équivoques, « être proposé correctement et préparé avec soin, dans un esprit

de collaboration fraternelle avec les chrétiens des autres confessions et

des autres traditions, de même que dans un esprit d’ouverture reconnaissante à l’égard des autres religions dont les représentants voudraient bien

manifester leur attention à la joie de tous les disciples du Christ ».

Dans une brève conclusion, Jean-Paul II rappelle que tous les hommes

sont appelés au salut. C’est pourquoi la mission de l’Eglise se poursuit

sans interruption, et aujourd’hui encore, après « la chute des grands systèmes anti-chrétiens » en Europe (nazisme et communisme). Le pape pense aussi

aux « vastes domaines de la civilisation contemporaine et de la culture, de

la politique et de l’économie »: « plus l’Occident se détache de ses racines

chrétiennes, plus il devient terrain de mission ». (apic/cip/be)

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