Accueil des réfugiés en Valais: la 3e voie

L’hébergement des réfugiés dans des familles d’accueil valaisannes s’est avéré compliqué. L’autre voie, le bénévolat, mobilise 400 personnes, issues pour la plupart des paroisses, pour accompagner les réfugiés dans leur vie quotidienne. Entre ces deux formes d’accueil, une troisième voie a vu le jour: le parrainage. A la veille de la Journée mondiale des réfugiés, cath.ch fait le point avec Christine Bourdin, coordinatrice des bénévoles à l’Office de l’asile du Valais.

Plusieurs placements ont été tentés dès 2015, lorsque les Eglises ont relayé l’appel du pape à accueillir les réfugiés qui fuyaient le Moyen-Orient. La plupart de ces placements ont été très difficiles à gérer, explique Christine Bourdin.

«Les projets de famille d’accueil selon la formule ‘un village, une famille’ qui a été lancé par les Eglises en 2015 ne correspondait pas à un besoin en Valais», clarifie Christine Bourdin, coordinatrice des bénévoles à l’Office de l’asile du Valais. De fait, fin 2017, quatre hôtes vivaient dans trois familles d’accueil alors que le canton compte actuellement 2’700 requérants d’asile.

Des attentes décalées

Raison de cette difficulté? «Dans le cas de jeunes, par exemple, il y a eu un grand décalage entre les attentes des familles et celles de leur hôte». Ces derniers ont parfois voyagé pendant plusieurs mois, et se sont retrouvés brusquement dans une structure avec des heures de rentrée strictes. Ces attentes venaient de la part d’adultes qui les hébergeaient, certes, mais qui n’étaient pas leurs parents. La langue, que ne parlaient pas les réfugiés en arrivant, a compliqué la communication, autre facteur d’échec.

Logements privés privilégiés

Les réfugiés accueillis en Valais sont dans un premier temps systématiquement orientés vers des hébergements collectifs. Ils y restent au moins six mois. Dès qu’ils sont jugés autonomes, ils peuvent s’installer dans des logements privés. C’est le cas de 2’000 d’entre eux. Une possibilité que permet le marché de l’immobilier plutôt détendu en Valais. L’office de l’asile loue des appartements à loyer modéré. Les réfugiés sont répartis dans tout le canton, essentiellement en plaine, du fait de l’obligation qu’ils ont d’assister à des cours de langue, des formations et de se rendre régulièrement dans les bureaux de l’Office.

 

«En Valais, le placement en famille d’accueil engage les partenaires sur plusieurs années, ce qui n’est pas le cas dans le canton de Vaud, où le placement est envisagé sur six mois ou un an, avec beaucoup moins de risques d’échec. Chez nos voisins vaudois, le simple fait de mettre un studio à disposition vous désigne comme famille d’accueil», tient à souligner Christine Bourdin. Ce contexte fausse la comparaison entre les projets familles d’accueil dans les différents cantons. Attention donc aux comparaisons hâtives, prévient la coordinatrice

L’accompagnement

L’aide s’est donc portée naturellement sur l’accompagnement que pratiquent les bénévoles valaisans sous la forme prioritaire de cours de langue et de soutien scolaire. Un repas partagé chez les réfugiés, une conversation en français autour d’un café, des visites à la découverte de la région, des animations au sein des foyers, sont aussi des activités auxquelles les 400 bénévoles ont consacré des dizaines de milliers d’heures en 2017. «Et ça marche, car les uns et les autres créent du lien, ce qui est essentiel pour réussir l’intégration», relève Christine Bourdin.

Une troisième voie

Entre l’accompagnement et l’hébergement, l’Office de l’asile a trouvé une troisième voie. Un projet pilote a vu le jour en 2017 qui consiste à parrainer des jeunes mineurs non accompagnés: des familles proposent d’accueillir un jeune pendant une journée. «Le placement des jeunes dans des familles est un facteur puissant d’intégration. On s’est dit que la possibilité pour des jeunes requérants d’entrer dans une famille valaisanne serait une bonne chose», explique Christine Bourdin. Le placement à long terme s’étant avéré peu probant, l’Office a opté pour des visites régulières.

L’idée a fait mouche. Depuis quelques mois, onze «filleuls» se rendent minimum deux fois par mois dans une famille pour partager des activités et du temps. Seule contrainte: les «filleuls» doivent répondre à deux invitations par mois que les «parrains» ont l’obligation de lancer dans le même laps de temps. «C’est une voie intermédiaire entre la famille d’accueil et l’engagement bénévole classique qui permet de faire du lien mais pas de façon aussi intense et contraignante que l’intégration à plein temps dans une famille. Les «parrains» sont une troisième voie qui fonctionne très bien», se réjouit la coordinatrice.

Les résultats positifs ont permis de poursuivre le programme en 2018 et de l’étendre aux adultes. Des demandes de parrainage sont d’ailleurs en attente, notamment de familles, trop éloignés géographiquement de Sion où sont regroupés les jeunes mineurs non accompagnés.

Des groupes issus de paroisses

Actuellement 9 groupes, dont huit sont issus de paroisses catholiques et réformées, sont actifs dans le canton. «Ils constituent le noyau dur des bénévoles dont le nombre s’est accru depuis 2015 et reste stable. Ils sont très fidèles, c’est une chance pour nous qui devons travailler sur le long terme».

Les bénévoles suivent une journée de formation par an et sont encadrés par des référents bénévoles. Ces derniers qu’ils rencontrent régulièrement pour faire le point. Ce regard croisé sur les réfugiés est très utile à tous.

«Je suis en contact avec l’abbé Pierre-Yves Maillard et le groupe «Eglises et réfugiés». Ils continuent à lancer des appels et, par la coordination des bénévoles, nous permettons à tous les volontaires de travailler de façon adéquate sur le terrain», analyse Christine Bourdin. Une démarche, gage d’efficacité, qui a sans doute permis de contribuer au développement de l’aide et de l’intégration des réfugiés. La coordination a permis de gagner du temps et de l’énergie. «Les notions d’efficacité et de plaisir sont très importantes, souligne-t-elle. Le bénévole efficace est heureux dans son engagement. Il atteint les objectifs de créer du lien avec les requérants d’asile à travers les différentes activités partagées».

Le principe de l’accompagnement n’est pas unilatéral: «les bénévoles relèvent que les réfugiés leur apportent autant que ce qu’ils leur donnent». (cath.ch/bh)


Un accueil concerté entre Etat et Eglises

 «Pour un accueil généreux et raisonné». C’est ainsi que Pierre-Yves Maillard a présenté la démarche des Eglises pour accueillir les réfugiés, suite à l’appel lancé au monde par le pape François en 2015. Des centaines de milliers de réfugiés affluaient vers l’Europe. Sous la houlette de l’évêché de Sion, les Eglises catholique et protestante se sont mobilisées en concertation avec l’Etat pour accueillir au mieux les réfugiés. Le groupe constitué s’était alors adressé à l’Office de l’asile. «Nous avons organisé conjointement la suite à donner à cet appel puisqu’une personne a été engagée pour coordonner toutes les bonnes volontés», relève Christine Bourdin. bh

Bernard Hallet

Portail catholique suisse

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