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Rome: Discours du pape aux cardinaux et à la Curie romaine (221294)

La Conférence du Caire et la démission de Berlusconi évoquées

Rome, 22décembre(APIC) Dans un discours adressé jeudi aux cardinaux et

aux membres de la Curie romaine réunis autour de lui pour les voeux de fin

d’année, Jean-Paul II a dressé un bilan de l’année qui s’achève avec une

pointe critique, très vive, contre les conséquences de la conférence du

Caire. Le pape a en outre porté sa réflexion sur le «concept chrétien de

démocratie», qui ne passera sans doute pas inaperçue en Italie, au moment

où le pays vit une crise politique majeure avec la démission du premier ministre Silvio Berlusconi.

La conférence sur la population et le développement s’est réunie au Caire (Egypte) début septembre 1994. Le pape y est revenu à deux reprises dans

son discours. Une première fois pour exprimer sa satisfaction sur le résultat obtenu contre l’avortement: «Le projet initial de cette conférence

était absolument inacceptable. Il cherchait, en pratique et dans un langage

ambigu, à inclure l’avortement parmi les moyens de contrôle des naissances.

Heureusement, ces propositions initiales préoccupantes ont été réajustées

durant la Conférence et une requête pour le respect des valeurs religieuses

et éthiques a été intégrée dans les principes qui inspirent le document final».

Dans l’optique du prochain Sommet mondial

Le second commentaire de Jean-Paul II à propos de la conférence du Caire

est beaucoup plus sévère. Il porte sur «la tentative d’avaliser une injustice au frais des couches les plus humbles des pays du tiers monde». Le

pape s’explique: «Plutôt que d’entreprendre une action adaptée pour une

plus juste distribution des biens, en soutenant un développement intégral,

on a cherché à proposer et, en un certains sens, à imposer aux nations les

plus pauvres et en voie de développement, des solutions qui incluent

l’avortement comme une composante essentielle, sans aucun respect pour la

valeur fondamentale de la vie».

Cette «injustice sociale» prend «aujourd’hui des formes et des dimensions bien plus vastes que par le passé, estime Jean-Paul II, parce qu’elle

ne concerne plus seulement les classes sociales des différentes nations

mais concernent les rapports internationaux et intercontinentaux». A ce titre, le Saint Siège suivra avec attention le prochain «Sommet mondial du

développement social» qui se tiendra à Copenhague en mars 1995, car, a expliqué le pape, il considère «la lutte contre la pauvreté, la création

d’emplois productifs et l’intégration sociale» comme des thèmes «importants

et urgents» à traiter.

En rappelant que 1994 avait vu la création de l’Académie Pontificale des

Sciences Sociales, le pape en a profité pour donner sa pensée sur «le concept chrétien de démocratie», une réflexion qui ne passera pas inaperçue

dans une Italie qui est au coeur d’une nouvelle crise politique.

«Une démocratie authentique, a indiqué Jean-Paul II, suppose un peuple

conscient de ses droits, capable de se donner des gouvernants à la hauteur

de leurs devoirs, dotés d’une claire intelligente des finalités assignées

par Dieu à toute société humaine, alliée à un sentiment profond des devoirs

sublimes de l’oeuvre sociale. Seules ces conditions permettent à ceux à qui

le pouvoir est confié d’accomplir leurs obligations avec la conscience de

leur propre responsabilité, avec objectivité, impartialité, générosité, et

incorruptibilité, sans lesquelles, un gouvernement démocratique peut difficilement réussir à obtenir le respect, la confiance et l’adhésion de la

meilleure part du peuple», a poursuivi le pape, en citant Pie XII.

Dans cette perspective, Jean-Paul II a appelé tous les dicastères du

Saint-Siège, qui servent l’Eglise «ad intra», à «ne pas cesser» d’assumer

leur devoir «ad extra» en «collaboration avec les épiscopats de tous les

pays, et ceux qui cherchent les voies de solutions opportunes». Une Curie

romaine que le pape «désire» voir devenir «toujours plus» une «famille».

Enfants: une période «terrifiante»

La famille a d’ailleurs été le thème abordé en premier lieu par le pape,

qui a ouvert ce chapitre en citant longuement Mère Teresa de Calcutta:

«J’ai souvent affirmé et je suis sûre que l’avortement est la pire menace

contre la paix aujourd’hui dans le monde».

Le pape a ensuite tenu à rappeler «la sollicitude de l’Eglise» envers

les enfants, en une période «terrifiante»: «Je pense en particulier, a-t-il

dit, à l’extermination des enfants de la rue, aux enfants contraints de se

livrer à la prostitution, au commerce des enfants par des organisations qui

s’occupent de transplantations d’organes. Je pense aux mineurs, victimes de

la violence et des guerres et à ceux qui sont utilisés pour le trafic et la

diffusion de la drogue… Toutes ces aberrations qui horrifient à seulement

les entendre».

Face à ces défis, le pape entend développer la pastorale familiale, dont

il pense «qu’elle est la dimension la plus spécifique de l’engagement des

laïcs dans l’Eglise». Enfin, le pape a rendu hommage au professeur Jerôme

Lejeune, décédé en 1994, «de qui vient initiative de fonder l’Académie Pontificale pour La Vie».

Le pape s’est arrêté un instant et en conclusion sur les deux synodes

qui ont marqué l’année 1994, l’un sur l’Afrique et l’autre sur la vie consacrée. (apic/jmg/pr)

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