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Burundi: le pays proche d’une «rwandisation» (211294)
José Chipenda, secrétaire de la CETA, s’en inquiète
Les Eglises protestantes et catholique invitées à surmonter leur désunion
Nairobi, 21décembre(APIC) Le Burundi se trouve au bord d’une crise qui
menace de plonger ses six millions d’habitants dans une violence ethnique
semblable à celle qui a ensanglanté le Rwanda voisin, met en garde José
Chipenda, secrétaire général de la Conférence des Eglises de toute l’Afrique (CETA). Les assassinats se multiplient. Et les attaques contre les
Eglises aussi.
José Chipenda appelle les Eglises protestantes et catholique romaine du
Burundi à «mettre de côté leur désunion» et à promouvoir «une autorité morale» pour combler le vide moral laissé au Burundi.
Le secrétaire général de la CETA a effectué une visite de six jours au
Burundi, durant laquelle il a rencontré des responsables d’Eglise et des
politiciens, entre autres le président Sylvestre Nitbantuganya, et le
Premier ministre Anatole Kanyenkiko.
La répartition ethnique et politique de la minuscule République du Burundi, en Afrique centrale, est à peu près la même que celle du Rwanda, qui
fut le théâtre d’une guerre civile après la série de massacres déclenchée
par le régime dominé par les Hutus contre la minorité tutsi du Rwanda.
Il n’y a pas eu de recensement de la population au Burundi depuis vingt
ans, mais on estime à quelque 85% le pourcentage de Hutus et à 14% celui de
Tutsis. L’armée, dominée par les Tutsis, a eu le contrôle du pays pendant
de nombreuses années.
La crise actuelle a été provoquée par une menace lancée en décembre par
le parti d’opposition «Unité pour le progrès national» (UPRONA), dominé par
les Tutsis, de se retirer du gouvernement d’union nationale en signe de
protestation contre le nouveau président du Parlement.
L’UPRONA accuse le nouveau président Jean Minani, du «Front pour la
démocratie du Burundi» (FRODEBU), de tendance hutu, d’avoir incité les
Hutus du Burundi au massacre des Tutsis après l’assassinat en octobre 1993
du premier président démocratiquement élu, Melchior Ndadaye, un Hutu
modéré.
Assassinats au quotidien
Environ 50’000 personnes des deux groupes ethniques avaient été tuées
lors des massacres qui ont suivi l’assassinat du président. Melchior Ndadaye avait été remplacé par Cyprien Ntaryamira, mort en avril de cette année en même temps que le président du Rwanda Juvenal Habyarimana, lorsque
l’avion de ce dernier fut abattu. L’événement avait déclenché la vague de
massacres au Rwanda.
L’UPRONA, parti du premier ministre, a été au pouvoir jusqu’en 1993. Le
FRODEBU détient aujourd’hui la présidence et 65 des 81 sièges à l’Assemblée
nationale.
«Le pays est secoué par des crises multiples. La minorité a occupé le
pouvoir pendant plus de 20 ans. Elle l’a perdu au cours d’une élection démocratique mais elle veut conserver ce qu’elle avait. La majorité a remporté les élections de 1993 mais semble vouloir aujourd’hui éliminer le parti
de la minorité. Un terrain d’entente doit être trouvé par l’élite politique
du Burundi afin d’épargner le pays et les civils innocents qui sont toujours les victimes», souligne J. Chipenda.
Aucun jour ne se passe sans que l’on ne parle d’assassinats, de
massacres, d’enlèvements et autres actes de violence entre les milices
armées et d’affrontements avec les forces armées dans la capitale et la
campagne où la situation ne cesse de se détériorer.
Visite oecuménique de personnalités internationales
Selon J. Chipenda, ces crises continueront et ne cesseront d’empirer à
moins que ne s’exerce une autorité morale capable d’influencer les responsables politiques du Burundi. «En cette heure de son histoire, cette autorité morale ne peut que venir des Eglises qui, elles aussi, doivent mettre
de côté leur désunion et renoncer à leurs vieilles habitudes si l’on veut
que ce pays survive aux massacres et au chaos qui a marqué son histoire, en
particulier durant les 14 derniers mois».
Ces deux dernières semaines, il y a eu deux explosions à la grenade dans
le centre de Bujumbura, qui ont fait 16 victimes.
Les attaques contre les églises et les responsables d’Eglise sont fréquentes. Sept membres de la famille de l’évêque catholique romain de Bujumbura ont été tués en novembre. En octobre, 87 personnes ont été tuées lors
d’un attentat perpétré contre une église dans la province de Ngozi, au nord
du pays.
Dans le but de promouvoir le dialogue et la médiation, les Eglises ont
approuvé la proposition d’une visite oecuménique de personnalités ecclésiastiques africaines et internationales qui viendraient au Burundi au début
1995. (apic/ eni/eb/pr)
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