Le cardinal Danneels à la rencontre des lecteurs d’un journal catholique
catholique « La Libre Belgique » ont été reçus récemment à Malines par le
cardinal Godfried Danneels. Dans son édition du 20 décembre, le journal
rend longuement compte de cette rencontre « à bâtons rompus ». Les lecteurs,
note le journal, « ont exprimé, avec beaucoup de sincérité et de franchise,
leurs questions, leurs doutes, leurs sentiments, leurs inquiétudes, et
parfois leur désarroi, de chrétiens dans l’Eglise actuelle ». L’archevêque
leur a répondu « avec simplicité et conviction ». A propos de l’école
chrétienne, le cardinal partage les préoccupations dont des parents lui
font part, tout en soulignant la nécessité de s’adapter à de nouvelles
situations, et donc d’être une école « beaucoup plus missionnaire ».
L’archevêque sla solidarité, la réconciliation, la tolérance ». Mais « une
école qui ne transmet que les valeurs chrétiennes sans la relation vivante,
personnelle et interpersonnelle au Christ, est une école en danger ». Le
suicide des jeunes a particulièrement interpellé une lectrice, surtout
après le refus d’un prêtre de célébrer une liturgie de funérailles en
pareil cas. Pour le cardinal Danneels, « ce prêtre a agi en opposition
totale avec ce que demande l’Eglise ». Certes, il fut un temps où l’on
refusait pareilles célébrations par souci pédagogique d’éviter toute
complaisance devant le suicide. Mais il s’est avéré qúun tel souci était en
porte-à-faux par rapport à la souffrance vécue. Dès lors, si quelqúun s’est
suicidé, il est bon que l’Eglise, à l’occasion de l’enterrement religieux,
prie pour lui. L’archevêque réclame, par ailleurs, une attention aux causes
du suicide : « Pour vivre, il faut avoir des points d’attache et de
référence. Si ceux-ci ne sont pas stables – le travail, les parents, les
amis, la société, la religion, la culture… -, on souffre d’un vertige
préparatoire au suicide. Mais comment faire ? Car le suicide est aussi la
conséquence immédiate d’un vide de sens, aujourd’hui assez grand et
momentanément rempli par de pseudo-points de référence, eux aussi très
instables, que sont la drogue, l’alcool, le sexe, etc. » L’échange rebondit
donc sur la question de l’éducation et de l’avenir des jeunes. « Offrir un
peu de bonheur aux jeunes, souligne le cardinal, c’est directement
proportionné aux valeurs qúon leur donne et leur transmet. » Cela suppose
une autorité parentale. Or, « notre société connaît une énorme crise de
paternité et de maternité. Peut-être plus encore de paternité. » Il y a lieu
aussi d’éduquer les enfants à « opérer des choix », donc à comprendre que
« faire un choix en exclut un autre ». L’éducation implique l’apprentissage
de la « part de souffrances et de solitude » que comporte l’existence. Enfin,
le cardinal Danneels insiste sur « l’Eglise domestique », l’Eglise en
famille. « Il ne faut pas attendre que la messe soit intéressante pour
l’enfant. Il y a beaucoup d’autres choses à faire à la maison » pour l’éveil
religieux de l’enfant, pour l’initiation à la prière, pour la transmission
de connaissances religieuses nécessaires au « reboisement de la mémoire
collective ». « Une religion qui se vit dans le bâtiment d’une église, sans
que rien ne corresponde à la maison, ne tiendra pas. » Des lecteurs
s’étonnent que l’âge de la confirmation puisse varier. Le cardinal sait que
la question est discutée. « L’Eglise orientale, rappelle-t-il, a opté pour
les trois sacrements d’initiation (baptême, confirmation et communion) en
même temps. Contrairement à l’Eglise occidentale latine. Parce que celle-ci
a voulu que la confirmation soit reliée à l’évêque. Et celui-ci ne peut
évidemment être présent à tous les baptêmes. » On a cru, en retardant la
confirmation à l’âge de 16 ou 18 ans, que l’on préserverait la pratique
religieuse des jeunes. L’expérience ne confirme pas cette hypothèse. Et
surtout, cette postposition de la confirmation en transforme le sens : de
sacrement d’initiation, elle devient « sacrement de la militance ».
L’archevêque reste donc partisan de la confirmation à l’âge de 12 ans. Deux
mois après la lettre du Vatican sur l’accès des divorcés remariés à la
communion eucharistique, la question est revenue sur la table. Le cardinal
a redit la position des évêques de Belgique, soulignant « le rôle important
du discernement de la conscience personnelle bien formée » et réaffirmant
« qúil n’appartient pas au ministre de la communion de refuser publiquement
l’accès à celle-ci, sauf en cas de provocation ou de grave scandale. »
Au-delà du cas particulier des divorcés remariés, l’archevêque insiste
surtout pour qúil n’y ait, en aucun cas, « banalisation de la communion »,
qui n’est jamais un « droit », mais « toujours une grâce ». « Quand on communie
mal, on pèche. Il faut rendre au Seigneur, dans son corps et son sang, le
respect et l’honneur. » Dernière des questions retenues par « La Libre
Belgique » : la difficulté de concilier les « messages » émanant du pape ou de
Rome avec les points de vue de l’évêque ou du pasteur le plus proche et,
enfin, la conscience personnelle. Pour le cardinal Danneels, il faut tenir
compte des trois : de « l’objectivité de la norme » souvent rappelée par Rome
; de « l’interprétation et l’application de la norme à une situation
concrète culturelle donnée », ainsi que peuvent en proposer le pasteur ou
l’évêque ; enfin, de la conscience personnelle. Le pape a son propre rôle,
annoncé par le rôle de Pierre dans les évangiles : « Il y a, dans l’Eglise,
une personne qui peut déterminer, à un certain moment, ce qui va dans la
ligne de la volonté du Christ sur son Eglise. Le perdre, c’est perdre
quelque chose de fondamental. Ceci dit, il y a différents styles pour
exercer cette confirmation dans la Foi. » Le cardinal Danneels croit donc
possible qu’au troisième millénaire, la fonction papale « puisse s’exercer
un peu autrement ». En attendant, tout en reconnaissant la « personnalité
forte » de Jean-Paul II, il relève que « le pape a un véritable désir de
collégialité ».
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