Ukraine: l'Eglise gréco-catholique nie toute implication dans les divisions orthodoxes

Conformément à la demande du pape, l’Eglise gréco-catholique ukrainienne affirme «n’être en aucun cas impliquée» dans la demande d’indépendance de l’Eglise orthodoxe en Ukraine, rapporte l’agence gréco-catholique Risu le 10 juillet 2018.

En Ukraine, l’Eglise orthodoxe est divisée en plusieurs obédiences. La principale est liée au patriarcat de Moscou. La deuxième est l’Eglise orthodoxe d’Ukraine placée sous l’autorité du patriarche de Kiev, Philarète, née d’une dissidence nationaliste en 1990. La troisième est l’Église orthodoxe autocéphale ukrainienne, née dans les années 1920 après la révolution bolchévique.

Ces deux dernières communautés souhaitent la création d’une unique Eglise orthodoxe autocéphale, c’est-à-dire détachée de tout lien avec Moscou. Le gouvernement et le parlement ukrainien ont formellement soutenu cette démarche. Mais une Eglise ukrainienne indépendante a besoin de la reconnaissance des autres Eglises orthodoxes. Ses responsables tentent ainsi d’obtenir une reconnaissance du patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée.

Cette problématique complexe s’inscrit bien évidemment dans le contexte du conflit persistant entre l’Ukraine et la Russie avec l’occupation par la Russie de la Crimée et les violences nationalistes dans la région du Dombass.

Une affaire interne à l’orthodoxie

Selon le Père Igor Shaban, responsable pour les relations œcuméniques de l’Eglise gréco-catholique, les politiciens engagés dans cette requête agissent de leur propre chef, et ne sont pas soutenus en cela par les autorités catholiques. Celles-ci ne sont pas impliquées, ni directement, ni indirectement. Il s’agit d’une affaire interne à l’orthodoxie.

Toutefois, a concédé le Père Shaban, l’Eglise gréco-catholique regarde positivement cette demande qui vise selon lui à restaurer l’unité des chrétiens. Ainsi, l’autocéphalie permettrait de dépasser l’isolement des Eglises ukrainiennes orthodoxes dissidentes et donc d’éliminer la condition douloureuse de division et de fragmentation.

Or c’est précisément ce que le patriarcat de Moscou reproche vivement à l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine. En soutenant cette vision, elle renforce le schisme et conteste l’autorité du patriarcat de Moscou sur son territoire ‘canonique’. L’Eglise russe s’en est plainte ainsi, à plusieurs reprises, auprès du pape François.

Remise à l’ordre du pape François

Le pape François y a fait directement allusion le 30 mai devant le métropolite Hilarion, directeur du département des relations extérieures du patriarcat de Moscou. «L’Eglise catholique, les Eglises catholiques, ne devraient pas interférer dans les affaires internes de l’Eglise orthodoxe russe, pas même sur les questions politiques», avait alors soutenu le pontife.

Depuis cette remise à l’ordre, le primat de l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine, Mgr Sviatoslav Shevchuk, a rencontré le pape François le 3 juillet 2018, à la maison Ste Marthe pour justifier et défendre sa position. Selon lui, le pape François a fait l’éloge du fait que l’Église gréco-catholique ukrainienne s’est distanciée du nationalisme et a apprécié sa condamnation des faits de xénophobie et de racisme. (cath.ch/imedia/xln/mp)

Maurice Page

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