LA THEOLOGIE DE LA LIBERATION CONSERVE TOUTE SA VALEUR: UN ENTRETIEN AVEC
Buenos AiresçBerne (le 14 décembre (ENIçD. Sabanes Plou et S. Ferrari) Tant que continueront à prévaloir l’inégalité et la polarisation sociale,
la théologie de la libération continuera de garder toute sa valeur, affirme
José Miguez-Bonino, professeur à l’Institut d’études théologiques (ISEDET)
de Buenos Aires et théologien de renommée continentale.
José Miguez-Bonino, pasteur méthodiste argentin, qui fut l’un des
présidents du Conseil oecuménique des Eglises (COE) de 1975 à 1983, a
participé en tant que représentant élu, durant la première moitié de
l’année 1994, à l’Assemblée constituante chargée de réformer la
constitution argentine.
Selon certains observateurs, la théologie de la libération, qui s’est
développée en Amérique latine et qui réclamait un changement social radical
devant les inégalités entres riches et pauvres, semble avoir perdu une part
de sa vitalité.
Ils rappellent par ailleurs la condamnation au silence imposée par le
Vatican à certains membres de l’Eglise catholique, partisans de cette
théologie, et la remise en question des perspectives socialistes après la
chute des régimes communistes en Europe orientale.
«La théologie de la libération existera aussi longtemps qúil y aura
nécessité de libération», affirme José Miguez-Bonino, dans un entretien
exclusif avec la correspondante d’ENI. S’il accepte la reformulation de
certaines thématiques «parce que les conditions objectives externes ont
changé», il réitère son jugement critique envers le modèle économique
régnant en Amérique latine.
La logique prépondérante – relève-t-il – «est en train de créer une grave
situation de marginalisation, si profonde qúelle détruit même la capacité
d’organisation, de participation et de protestation organisée».
Derrière ses paroles, on perc,oit la réalité d’un pays submergé par
d’immenses contradictions sociales qui ont peu à voir avec l’image exportée
par les gouvernants.
Cette réalité de la misère, croissante sur presque tout le continent
latino-américain, crée de nouveaux défis théologiques. C’est ainsi que le
comprend J. Miguez-Bonino, pour qui l’heure est venue «de réfléchir à la
forme de l’interprétation de l’Evangile, de manière à ne pas créer
seulement la tension nécessaire pour un changement de structure, mais aussi
à amener les conditions nécessaires d’un arrêt».
De là, découle l’hypothèse de la conception d’une «théologie de l’arrêt»
qui permette – selon le raisonnement de J. Miguez-Bonino – un
accompagnement et un appui «psychologique et spirituel des secteurs
marginaux». Cette problématique, souligne-t-il, appara#t comme un thème
central de l’actuelle pensée théologique.
Cette réflexion, indépendamment de tout aspect polémique, met en question
les positions d’autres secteurs de l’univers protestant argentin. Ces
derniers diffusent un message «qui exalte les bénéfices matériels,
spirituels et psychologiques et la conversion, en minimisant la
signification profonde de celle-ci en tant qúengagement». Pour le
professeur Miguez-Bonino, le go#t mais aussi la disposition à mettre sa vie
au service des autres doivent exister chez le chrétien.
Selon J. Miguez-Bonino, cette position – que l’on peut appeler «théologie
de la prospérité» -exprime une vision équivoque de la mission de l’Eglise
et de la vie chrétienne elle-même. Néanmoins, explique-t-il, «beaucoup de
gens sont convaincus, parce que cette théologie est simple et les dispense
de s’engager».
Cette vision est partagée par une série de groupes et d’Eglises
indépendantes qui ont connu une croissance rapide en utilisant de manière
abusive pouvoir et argent et qui, comme l’explique J. Miguez-Bonino,
«commettent aussi des distorsions doctrinales qui ressemblent plus à des
pratiques de guérisseur et à des mythes populaires qúà la foi chrétienne».
Il s’agit de secteurs extrêmement actifs, promoteurs d’une évangélisation
«massive», pour laquelle ils utilisent des moyens électroniques et font
appel à des journalistes co#teux, tout comme dans d’autres pays et régions
d’Amérique latine.
Ce phénomène ne favorise pas toujours une maturation théologique
indispensable, ni les relations avec d’autres Eglises «institutionnelles».
«Nombreux sont ceux qui nous attaquent par des pressions et par l’usage
délibéré du concept imprécis de secte qui entra#ne des équivoques et que
l’on emploie pour priver de légitimité les autres groupes religieux
protestants sérieux», dit J. Miguez-Bonino. (691 mots)
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