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Brésil: la présence de l’armée dans les rues de Rio (141294)
pour combattre le crime rassure, mais ne fait pas l’unanimité
Le gouvernement prolonge l’ »Opération Rio » jusqu’à fin janvier
Rio de Janeiro, 14décembre(APIC) L’ »Opération Rio », prévoyant la présence
de l’armée dans les rues de la grande cité brésilienne pour lutter contre
les trafiquants de drogue et la criminalité, qui devait se terminer à la
fin de l’année 94, est prolongée jusqu’a fin janvier 95. Ainsi en ont décidé le gouvernement de Brasilia et celui de l’Etat de Rio de Janeiro. L’activité de l’armée dans les rues est très majoritairement approuvée par la
population, mais des voix s’élèvent contre certains dérapages et surtourt
contre le fait que l’armée investit principalement les quartiers pauvres
« oubliant » de gros trafiquants notoires.
L’image des militaires escaladant les favelas dans les collines de Rio,
arrêtant des personnes, entrant dans les maisons à la recherche de trafiquants de drogues, est devenue très familière aux habitants de Rio de Janeiro. Chaque jour la télévision montre des soldats parcourant de fond en
comble les favelas de la ville. Des personnes, hommes et femmes, sont
fouillées sous la mire des fusils. Selon la TV, les habitants, en général,
acceptent bien cette présence inhabituelle des militaires dans les rues. La
« TV Globo », très favorable à cette présence de l’armée, estime qu’elle est
totalement justifiée par la recrudescence de la violence et par l’insécurité qu’elle provoque parmi les citoyens.
L’ennemi intérieur
D’autres observateurs rappellent cependant que l’armée, en principe, ne
doit pas jouer le rôle de la police. Cette manière de faire évoque dangereusement la longue période de la dictature militaire lorsque l’armée, dans
son combat archarné contre le communisme, traitait tous les gens de gauche
d’ »ennemis intérieurs ». Avec le banditisme dans les favelas, l’armée a aujourd’hui trouvé un autre « ennemi intérieur ».
« Ne sommes-nous pas en train de condamner la présence d’une guérilla urbaine avec des morts et des prisons de bandits noirs et pauvres, sans nous
soucier des têtes du crime organisé, protégées dans leurs belles résidences
au bord de la mer ou dans des rues privatisées? »,s’interroge le journaliste
Marcos Augusto Gonçalves. Pour le philosophe Renato Janine Ribeiro, le pouvoir parallèle qui s’est créé dans les favelas correspond à la totale absence de l’Etat dans ce milieu. La violence et le banditisme ne seront en
baisse que lorsque l’Etat s’attaquera vraiment à guérir cette plaie brésilienne qu’est le développement à deux vitesses, un pour les priviégiés, un
autre pour les laissés-pour-compte.
L’archevêque de Rio favorable à la présence de l’armée
Lors d’un récent contact avec le président de la République, le cardinal
Eugenio de Araujo Sales, archevêque de Rio, s’est félicité de l’action du
gouvernement sur ce sujet controversé. Lors d’un voyage au Vatican, le cardinal Sales a critiqué l’attitude d’un prêtre de son diocèse, le Père Olinto Pegoraro qui a dénoncé l’usage de la torture par des militaires dans la
favela de Borel où se trouve sa paroisse. Pour le cardinal, le curé Pegoraro aurait dû auparavant avertir l’archidiocèse afin que ce dernier puisse
demander des éclaircissements aux responsables de l’armée. La nouvelle de
tortures, avait été divulguée par le quotidien « Folha de Sao Paulo », se
fondant sur le témoignage d’une religieuse, Maria do Rosario, qui avait affirmé avoir vu des personnes torturées dans l’église Sao Sebastiao, située
sur la colline de Borel.
Selon un sondage réalisé par « Data Folha », 89% des habitants de Rio de
Janeiro défendent la présence de l’armée dans son combat contre le crime.
Pour le sociologue Herbert de Souza, un des dirigeants de l’Action du citoyen contre la faim et pour la vie, la présence de l’armée est un précédent « dangereux ». Il demande en outre la réforme des polices civile et militaire de l’Etat de Rio. Pour l’Association des juges pour la démocratie
et le groupe « Torture, jamais plus », l’intervention prolongée de l’armée
dans les favelas ne se justifie pas, car « tout le monde sait qu’il serait
plus logique d’intensifier des patrouilles le long des frontières, dans les
ports et dans les aéroports, où passent d’énormes quantités de drogues. Un
journaliste a décrit le Brésil comme étant actuellement l’entrepôt principalde la distribution mondiale de la cocaïne ». (apic/em/ba)
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