Zaïre: le Groupe Jérémie dénonce l’aide à Kigali tandis qúun génocide
Bukavu, 26 janvier 1995 (CIP)
«Gouvernements occidentaux, vous ne pourrez pas dire: on ne savait pas !»:
c’est l’avertissement que lance dans un appel le Groupe Jérémie de Bukavu.
Son message est clair: aider sans condition un régime qui pratique un
«génocide sélectif» et qui rend impossible le retour de deux millions de
réfugiés est «inadmissible».
Le Groupe Jérémie du diocèse de Bukavu, pour sa part, n’est pas suspect de
pratiquer une solidarité sélective: s’il dénonce aujourd’hui le sort fait à
la population hutue du Rwanda et réclame des pays occidentaux des pressions
énergiques sur le pouvoir en place à Kigali, il avait, en mai dernier, pris
la défense des Rwandais tutsis victimes d’un autre génocide. C’est lui qui
avait fait connaître les massacres de Cyangugu, avant de révéler
l’existence du camp de Nyarushishi, rappelle le Bulletin d’Information
Africaine (BIA) à Bruxelles.
Des nouvelles alarmantes
Alors que les pays occidentaux ont décidé l’octroi d’un don de 560 millions
de dollars au gouvernement de Kigali, le Groupe Jérémie fait état de
«nouvelles objectives et alarmantes en provenance du Rwanda – violations
des droits de l’homme perpétrées par le F.P.R. – (qui) font penser qúun
génocide sélectif est en cours dans ce pays».
Ainsi, dans plusieurs préfectures, Gikongoro et Gitarama, entre autres, les
disparitions sont «extrêmement nombreuses»; les personnes sont enlevées de
nuit «selon des listes et sur simple accusation, dénonciation ou règlement
de compte» et «disparaissent à jamais».
Tous les «déplacés» des camps de Gikongoro et Kibeho doivent rentrer dans
leur région d’origine. Parmi elles, des dizaines de milliers proviennent du
Bugesera. Le Groupe Jérémie pose la question: qúadviendra-t-il quand ils
arriveront chez eux et trouveront leurs propriétés occupées par des Tutsis
venant du Burundi ?
Le Groupe Jérémie ajoute que lors du change de la monnaie, début janvier,
la plupart des «déplacés» n’ont pas eu la permission de changer leur argent
(les réfugiés du Zaïre non plus, la frontière leur étant fermée); que les
prisons «sont surpeuplées et ressemblent à des camps de concentration»,
sans parler de l’existence au Rwanda de nombreux centres de détention dans
des maisons privées transformées en cachots; que, lors des contrôles aux
barrières le long des routes, les soldats du F.P.R. lisent le courrier
emporté par les passagers des taxis-bus.
Un génocide sélectif
«Bref, écrit le Groupe Jérémie, on assiste au Rwanda à l’instauration d’un
Etat policier, d’un régime de terreur, et à un génocide sélectif perpétré à
l’encontre des Hutus restés au pays. Les milliers de réfugiés qui
continuent à arriver à Bukavu ces derniers jours en témoignent. Que
fuient-ils, sinon la mort ? Ayant des preuves formelles d’un massacre dans
le nord du pays, la Minuar a fait rapport à New York. Rapport resté sans
suite… Pourquoi ?»
Et de s’interroger: «Comment des pays démocratiques peuvent-ils aider sans
condition le pouvoir de Kigali, qui pratique un génocide sélectif sur les
Hutus et qui, dans les faits, décourage et rend impossible le retour au
pays des deux millions de réfugiés du Zaïre ? Ce n’est pas admissible !» Le
Groupe Jérémie lance un appel pressant à l’Occident «pour que cette aide
soit conditionnée par la recherche d’une solution politique négociée entre
tous les Rwandais, permettant le partage réel du pouvoir, le respect des
droits de l’homme et le retour des réfugiés», avant de conclure:
«Gouvernements occidentaux, vous ne pourrez pas dire: on ne savait pas !»
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