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Burundi: les évêques lancent un cri d’alarme (250195)

Des milices sèment à nouveau la terreur

Gitega, 25janvier(APIC/CIP) « Tout le monde parle de la paix, de la sécurité, du développement, mais, en même temps, des gens recrutent des bandes

armées parmi les jeunes et les pauvres ». Dans un message lu dans toutes les

églises du Burundi dimanche 22 janvier, les évêques du pays dénoncent les

factions politiques qui organisent de véritables milices pour semer la confusion et éliminer physiquement leurs concurrents.

Les évêques constatent que l’espoir né de la signature d’une convention

de gouvernement en vue de sortir le pays de la crise institutionnelle « a

été vite déçu ». Les signataires, qui « n’avaient pas négocié de bonne foi »,

n’ont pas tenu parole. « Le désaccord a éclaté au grand jour et a replongé

le pays dans l’inquiétude ».

Les observateurs se demandent aujourd’hui si la classe politique oeuvre

pour le bien commun du pays ou si elle ne bat pas plutôt pour ses intérêts

égoïstes. « Les politiciens prétendent parler au nom du peuple mais on constate qu’ils s’éloignent de plus en plus des réalités quotidiennes de ce

peuple », écrivent les évêques. « Certains groupes de politiciens en arrivent

à organiser de véritables milices pour semer la confusion, notamment par la

désinformation, et pour éliminer physiquement leurs concurrents politiques.

La suppression de la vie humaine et la destruction des biens des personnes

deviennent de plus en plus des voies habituelles pour prendre le pouvoir ou

pour s’y maintenir ».

Les évêques insistent sur « l’importance de la parole et de la bonne foi »

dans les négociations gouvernementales, sans quoi le peuple « déçu » risque

de perdre la confiance dans ses dirigeants, « ce qui entraînera l’anarchie ».

Purification ethnique

Le message épiscopal dénonce ensuite les bandes armées qui sévissent

dans le pays: « Elles se réclament de certains partis politiques qui luttent

pour le pouvoir. Elles sont organisées et entraînées par des anciens militaires pensionnés ou déserteurs, issus des deux principales ethnies », les

Hutus et les Tutsis. Les unes, appelées « Intagoneka », prétendent « défendre

la démocratie et lutter pour la libération des Hutus »; les autres, appelées

« Sans Echec » ou « Sans Défaite », veulent « reprendre le pouvoir et défendre

la minorité des Tutsis menacée d’extermination ». « Elles tuent, rançonnent,

brûlent, perturbent la sécurité de la population et imposent la loi du silence complice, car personne n’ose les dénoncer par peur de subir leurs sévères représailles ».

D’où viennent leurs armes? Qui sont les commanditaires? « Sans nul doute,

ce sont les politiciens qui les utilisent dans leurs rivalités », affirment

les évêques, en dénonçant la destruction des familles et la chasse aux intellectuels « dont le pays à tant besoin ». A ces groupes armés, les évêques

adressent cet avertissement du Christ: « Ceux qui prennent l’épée périront

par l’épée (Mt26,52) ».

Des bavures

Les évêques reconnaissent le rôle positif des forces de l’ordre et de

sécurité, le dévouement général des militaires pour protéger la vie et les

biens de tous les citoyens. Le haut commandement de l’armée a lui aussi

donné « un témoignage de loyauté et de courage » en refusant de suivre les

sollicitations des hommes politiques, relèvent les évêques.

Mais il faut déplorer aussi « les abus et les bavures » de certains militaires qui vengent leurs proches ou protègent les malfaiteurs, relâchent

des prévenus de leur ethnie sous prétexte que personne n’a porté plainte

contre eux. « Dans le travail de désarmement, beaucoup dénoncent la partialité dans cette pratique qui vise surtout les Bahutus détenteurs d’armes

illégales, alors que les groupes qui se réclament des Batutsis ne sont pas

inquiétés. Le désarmement est l’occasion de vengeances, d’exactions et

d’intimidations qui entraînent parfois la mort d’innocents, le vol de leurs

biens et la destruction de leurs maisons. »

Il faut que justice se fasse

A propos de la situation des déplacés et les réfugiés, les évêques constatent que, depuis les événements d’octobre 1993, aucune solution satisfaisante n’a été apportée, même si « des gestes positifs sont enregistrés ». Si

dans certaines régions, des déplacés ont retrouvé leurs biens et leurs propriétés, d’autres n’osent pas encore retourner chez eux.

Les évêques invitent les magistrats chargés de collaborer avec l’appareil judiciaire à faire régner la justice, sans distinction. La population

quant à elle ne saurait cacher ou protéger des malfaiteurs ou des criminels

sous prétexte de solidarité ethnique, insistent les prélats.

En conclusion, les évêques rappellent aux chrétiens « l’importance de la

prière et de la vertu d’espérance en ces moments difficiles ». « La foi en

Dieu ne peut être un alibi pour ne rien faire, ajoutent-ils. Que les chrétiens soient au contraire en première ligne pour être des artisans de paix,

de vrais enfants de Dieu et de dignes disciples du Christ. » (apic/cip/mp)

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