Après la lettre du pape François sur les abus, une demande d’actions concrètes

La lettre du pape François «au peuple de Dieu» sur les abus sexuels est saluée mais doit déboucher véritablement sur des actions concrètes, estiment tant des victimes que des responsables catholiques en réaction à ce document publié le 20 août 2018.

Il est rare qu’un pontife écrive à l’ensemble des fidèles catholiques, a noté Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, porte-parole de la Confédérence des évêques de France, sur la radio France Inter le 22 août. Le pontife veut ainsi montrer que la lutte contre les abus sexuels «est l’affaire des évêques, mais aussi l’affaire de tous».

Cette universalité est la nouveauté de ce document qui s’inscrit dans la continuité de l’action de Benoît XVI, a pour sa part noté le Père Federico Lombardi, ancien directeur du Bureau de presse du Saint-Siège dans un entretien au quotidien catholique italien Avvenire le 21 août. La lettre du pape montre ainsi le caractère «dramatique» de la situation et appelle à l’implication de tous. En somme, une réponse globale à un problème global.

Ce problème des abus est un point critique pour la crédibilité de l’Eglise, a reconnu le jésuite italien. Elle est ainsi attendue sur des paroles, des actes et des procédures. Le pape François doit traduire en actes son souci pour les victimes, a ainsi estimé l’une d’elles, l’Irlandaise Marie Collins, dans un entretien au National Catholic Register le 21 août. «L’histoire jugera le pape François sur ses actions, pas sur ses intentions», a-t-elle averti.

Vers un second document du pape?

«J’ai beaucoup d’espoir en cette lettre (…) mais nous ne devons pas nous reposer» dessus, a pour sa part considéré Juan Carlos Cruz, une victime chilienne interrogée par le site anglophone Crux le 21 août. Cette préoccupation est aussi partagée au sein de l’Eglise. Si les mots du pape sont importants, ils ne suffisent pas, maintenant est venu le temps de l’action sur plusieurs niveaux, a déclaré Mgr Mark Coleridge, président de la Conférence des évêques australiens, dans un communiqué du 21 août.

La lettre doit provoquer des actions, surtout parmi les évêques, a de son côté souligné le président de la Conférence des évêques américains, le cardinal Daniel DiNardo, dans une déclaration du 20 août. Les Etats-Unis sont particulièrement au cœur du scandale des abus et de leur gestion depuis la publication le 14 août d’un rapport par la justice de Pennsylvanie. Celui-ci met en cause plus de 300 prêtres auteurs d’abus sur une période de 70 ans dans les six diocèses de l’Etat et a dénoncé l’absence de mesures significatives par certains évêques.

Selon le blog spécialisé Il Sismografo le 22 août, un second document du pape François serait en préparation pour répondre à cette demande. Celui-ci, adressé aux évêques, entrera directement dans la sphère des questions normatives et aussi procédurales. Ce texte, qui partirait des réflexions de la première lettre, pourrait être publié après le voyage du pape en Irlande, les 25 et 26 août. (cath.ch/imedia/xln/mp)

Maurice Page

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