La décision n’est pas irréformable

Roger Aubert: un schisme est exclu

Namur, 19 janvier 1995 (CIP) Un schisme suite à la destitution de Mgr

Gaillot ? Le chanoine Roger Aubert, spécialiste de l’histoire de l’Eglise

contemporaine à l’Université Catholique de Louvain, n’y croit pas. Il n’est

pas non plus impossible que Rome reviennent sur sa décision, déclare-t-il

dans une interview accordée au journal «Vers l’Avenir».

Pour R. Aubert, c’est sans doute du côté de la Hollande qúil faut chercher

des similitudes avec ce qui se passe actuellement, quand l’Eglise des

Pays-Bas, conservatrice avant le concile, adopta des positions très

progressistes sous Paul VI, «ce qui lui valut de connaître des

débarquements et des nominations d’évêques dans un climat de contestation à

l’égard du Vatican». Mais le professeur de l’U.C.L. se méfie des

comparaisons: «Il arrive aussi qúun évêque trop réactionnaire soit écarté

par la nomination d’un coadjuteur, comme dans le diocèse de Coire, en

Suisse. Même s’il est vrai que ce n’est pas une mise à pied aussi brutale

que celle de Mgr Gaillot».

Contestation ouverte

Faut-il mettre en cause la centralisation romaine ? L’Eglise était en effet

moins centralisée au 19e siècle, observe R. Aubert. Ce renforcement de

pouvoir date de 1909, sous le pontificat de Pie X. A l’époque, cela

touchait, par exemple, la surveillance des séminaires. L’autoritarisme

n’est donc pas lié à la personnalité de Jean-Paul II, dit-il: d’autres

papes, comme Pie XI et surtout Pie XII, eurent cette volonté. Le professeur

Aubert note ici que l’évolution des mouvements d’action catholique

contribua aussi à renforcer le pouvoir de Rome, du fait que ceux-ci, après

avoir été organisés à l’échelle nationale et supra-diocésaine, furent

finalement regroupés sous l’autorité du Saint- Siège.

Ce qui est neuf dans les critiques que suscite l’affaire Gaillot, c’est,

aux yeux de R. Aubert, une «contestation ouverte». Avant, par exemple

lorsque Pie IX publia le «Syllabus», désaveu des grandes libertés modernes,

les critiques «prenaient la forme d’une résistance, parfois très nette,

mais toujours passive». Ici, les réactions «prennent plutôt l’aspect de

celles qui existaient déjà autrefois en Allemagne, en Autriche et en Suisse

alémanique» et qui, à propos du dogme de l’infaillibilité, par exemple,

conduisirent à la création du schisme des «Vieux catholiques».

Pas de risque d’un schisme

Un schisme, le chanoine Aubert n’y croit pas, en raison de la double

attitude des gens: parmi ceux qui déplorent la révocation de Mgr Gaillot,

il y a «les très bons chrétiens qui ne conçoivent pas d’instaurer un

schisme»; puis «tous ceux qui ont déjà un pied en dehors de l’Eglise et qui

ne reconnaissent pas la hiérarchie de l’institution. Il ne serait pas

concevable que ceux-ci érigent une Eglise à la place d’une autre Eglise.

Ils réagissent surtout comme des individus qui ne veulent pas

d’intermédiaires entre eux et leur Dieu». C’est pourquoi, plutôt qúun

schisme, R. Aubert «imagine volontiers des gens qui attendent le pontificat

suivant et d’autres qui quittent l’Eglise sur la pointe des pieds».

Il est important aussi de souligner la réaction des chrétiens anonymes qui

ont réagi en masse. Selon le professeur Aubert, tout cela est dû à

l’instruction et à l’information. Il ajoute: «Par ailleurs, ces chrétiens

de la base sont aussi encadrés par des mouvements. Ils s’y confortent

mutuellement dans leurs opinions». Ce qui n’était pas le cas dans le passé

où seulement «une petite élite osait prendre position contre des décisions

de l’Eglise».

Nouveau pontificat

Le Vatican pourrait-il revenir sur sa décision ? «Rien d’impossible à cela,

répond Roger Aubert. Il ne fait jamais aveu d’erreur mais, par des moyens

plus ou moins italiens, Rome trouve parfois une porte de sortie… Que l’on

se souvienne des écrits sur la théologie de la libération, de la

condamnation de l’Action Française ou des décisions à l’égard des prêtres

ouvriers. Souvent, il faut attendre un changement de personne: je vois mal

Jean-Paul II revenir sur cette affaire. Mais dans dix ou quinze ans,

peut-être même avant ?»

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