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Stupéfaction en Suisse aussi après la démission forcée de Mgr Gaillot
Un coup porté à la crédibilité des gens engagés pour la justice et la paix
Fribourg, 13janvier(APIC) Les réactions en Suisse ont immédiatement suivies l’annonce de la démission forcée de l’enfant terrible de l’épiscopat
français, Mgr Jacques Gaillot, évêque d’Evreux. Si Mgr Pierre Mamie, évêque
de Lausanne, Genève et Fribourg, n’a pas tenu à faire de déclaration publique, en revanche, le secrétaire général de «Justice et Paix» Suisse, JeanClaude Huot, déclare craindre qu’une telle sanction n’enlève encore davantage la crédibilité des mouvements d’Eglise engagés dans l’action sociale.
Quant à Mgr Henri Salina, évêque-abbé de Saint-Maurice, et nouveau président de la Conférence des évêques suisses, il admet ne pas connaître personnellement Mgr Gaillot, ni le dossier du reste.
L’évêque-abbé de Saint-Maurice relève que l’évêque d’Evreux a fait preuce de spontanéité, mais qu’il a manqué de prudence en plusieurs occasions.
«Il est peut-être naïf. Je crois qu’il a été très utilisé et qu’il s’est
fait piéger. J’attends la réaction des évêques de France».
Il ne faut pas s’attendre à une prise de position officielle de l’épiscopat suisse, déclare de son côté le Père Roland-B. Trauffer, secrétaire de
la Conférence des évêques Suisses (CES), à Fribourg. Pour la CES, cette démarche n’est certes pas tout à fait inattendue. A travers une collaboration
étroite avec la Conférence des évêques de France, les évêques suisses savent que l’épiscopat français s’occupe fraternellement depuis des années de
Mgr Gaillot et l’accompagne avec compréhension. Mgr Gaillot n’a pas respecté la collégialité et n’a pas changé son comportement. Il n’est pas contestable que Mgr Gaillot a un rapport extraordinaire avec les médias et avec
les gens qui font les médias. Les médias lui ont offert le moyen de s’exprimer face au public à sa manière spontanée et libre et avec sa facilité à
’se vendre’.
«Cette nouvelle me catastrophe», relève pour sa part Jean-Claude Huot.
«Ses prises de positions sont critiquées, mais elles sont courageuses. Elles sont faites hors des cadres habituels des milieux ecclésiaux. Et je
trouve très important que des évêques, des prêtres ou des laïcs aient le
courage de prendre la parole sur des questions de société». Par rapport à
la décision vaticane, le secrétaire générale de la Commission suisse «Justice et Paix» craint une perte de crédibilité des personnes engagées au
nom de leur foi et souvent de leur Eglise pour la justice, la paix et le
respect des droits de l’homme. «Il s’agit là d’une atteinte de plus à leur
crédibilité».
Stupeur, également, du côté du secrétaire général de Pax Christi, Martin
Bernet. «Je l’ai rencontré plusieurs fois… je l’ai senti comme un homme
vraiment tout près de l’Evangile, ne faisant allusion qu’à ce que Jésus a
enseigné. Je ne comprend donc pas pourquoi on peut prendre une telle décision. Je ne crois pas que c’est un homme qui cherche la polémique…» Et
d’ajouter: «Cette décision s’ajoute aux autres décisions vaticanes, qui
sont mal ressenties et incomprises. C’est une des nombreuses gouttes qui
s’ajoutent les unes aux autres».
Pour l’ancien professeur de la Faculté de Théologie de Lucerne, Herbert
Haag, la démission forcée de Mgr Gaillot démontre que «le chemin de la liberté reste totalement fermé dans l’Eglise et que l’Eglise est la dernière
monarchie absolue». Mgr Gaillot avait reçu l’an dernier le prix Herbert
Haag pour la liberté dans l’Eglise. Il était le premier évêque catholique à
en être lauréat. Ce prix récompensait l’évêque d’Evreux pour ses actes pastoraux courageux et pour sa détermination à défendre la liberté d’expression. Herbert Haag a expliqué à l’APIC qu’il avait toujours apprécié Mgr
Gaillot parce qu’il est différent des autres évêques et qu’il préfére s’occuper de pastorale plutôt que de hiérarchie et d’administration.
(apic/be/mp/pr)
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