apic/Oecuménisme en Suisse/Lignes directrices de la FEPS
Suisse: Parution de «Lignes directrices» destinées aux (110195)
protestants qui oeuvrent dans le domaine de l’oecuménisme
Divergences confessionnelles signifient perte de crédibilité des Eglises
Berne, 11janvier(APIC) «En maintenant le caractère séparateur des divergences confessionnelles, les Eglises mettent en jeu leur crédibilité»,
peut-on lire dans les «Lignes directrices de l’action oecuménique» que
vient de publier le Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de
la Suisse (FEPS).
Ce document de 15 pages est destiné à servir de cadre de référence à
toutes les personnes, commissions ou groupes de travail qui, au nom de la
FEPS s’occupent de questions oecuméniques. L’organe faîtier protestant
plaide pour un oecuménisme qui ne se nourrisse pas seulement de l’activité
d’organes officiels, mais aussi de ce qui se vit à la base la réalité quotidienne.
Ainsi, les dirigeants de la FEPS se disent bien conscients du fait que
«l’oecuménisme ne se nourrit pas seulement de l’activité des organismes ecclésiastiques officiels. C’est bien plus dans ce qui est vécu et partagé
quotidiennement, au-delà des frontières confessionnelles (…), qu’il prend
forme.»
Aucune Eglise ne possède pleinement la connaissance de la Vérité
Le document du Conseil de la FEPS commence par l’exposition des fondements théologiques de l’oecuménisme. Il y souligne que les Eglises qui ont
constitué la FEPS (fondée il y a 75 ans cette année!) se considèrent comme
une partie de l’Eglise une et universelle. Le Conseil de la FEPS reconnaît
ensuite que «toute expression de l’Eglise est partielle, toute connaissance
de la vérité est incomplète».
C’est dire que toute confession de foi est déterminée par une époque et
par les limites humaines, ce qui implique un regard autocritique de chaque
Eglise. «Nous pouvons alors reconnaître que nous avons besoin des autres
membres du corps du Christ, justement pour leur différence». Chaque Eglise
est pour l’autre «un défi salutaire», dans la mesure où «aucune Eglise ne
possède pleinement la connaissance de la Vérité».
Des progrès considérables
Jetant un regard sur l’histoire des Eglises en Suisse, les auteurs constatent que, si les Eglises méthodistes et réformées peuvent apporter au
dialogue oecuménique ce qui constitue le meilleur de leur tradition (place
centrale de la Bible, justification par la grâce au moyen de la foi, sacerdoce universel, principe de la collégialité), la tendance aux divisions au
sein de la tradition réformée elle-même «n’a pas été maîtrisée jusqu’à aujourd’hui». Mais, dans cette tendance problématique, les Eglises protestantes considèrent le système synodal comme un instrument utile pour «réunir
unité et diversité».
Catholiques et réformés: de l’antagonisme à la collaboration
A cet égard, la cohabitation des deux grandes Eglises nationales – catholique romaine et réformée – a évolué de l’antagonisme des siècles passés
à la collaboration actuelle. Le réveil oecuménique a ainsi permis des «progrès étonnants», particulièrement dans le domaine des célébrations communes, de la collaboration entre oeuvres d’entraide, des prises de position
communes sur des questions d’ordre public, la reconnaissance mutuelle du
baptême et la constitution d’une communauté de travail.
Des progrès sont également intervenus dans la coopération entre les
Eglises réformées officielles et les Eglises évangéliques. Les facteurs sociologiques ne sont pas à négliger. Le document rappelle à cet égard que
«nous vivons dans une société de plus en plus sécularisée et multireligieuse», où la voix des Eglises n’est plus qu’une option parmi d’autres. «Dans
ce contexte, les différences confessionnelles perdent de leurs pertinences.
D’où la nécessité de témoigner ensemble de la foi chrétienne.» Cette nécessité est renforcée par les récentes études de sociologie religieuse, qui
montrent que bien des gens ne comprennent plus la signification théologique
des divergences confessionnelles.
De plus, la «mixité confessionnelle», vécue au quotidien, est en constante progression. Et les défis sociaux ou éthiques posés à notre monde appellent de la part des Eglises des réponses qui les forcent à mettre ensemble leurs moyens. «En maintenant le caractère séparateur des divergences
confessionnelles (…), les Eglises mettent en jeu leur crédibilité.»
L’oecuménisme «intraconfessionnel» et avec les catholiques romains
Le document mentionne également les domaines où s’exerce l’activité oecuménique, en commençant par l’oecuménisme «intraconfessionnel», c’est-àdire celui qui favorise le dialogue à l’intérieur de chaque confession,
notamment au sein du protestantisme lui-même. Entre Eglises réformées nationales et Eglises évangéliques libres, «les divergences sont particulièrement irritantes, précisément parce que nous sommes très proches».
Le partenaire oecuménique le plus important de la FEPS est l’Eglise catholique romaine. «A travers l’Eglise catholique romaine, nous rencontrons
un vis-à-vis qui, dans sa différence, peut nous rendre attentifs aux lacunes de notre tradition réformée». L’Eglise catholique-chrétienne est perçue
comme «un pont important entre le protestantisme et le catholicisme romain»; le dialogue peut ici avoir lieu dans le cadre de la Communauté de
travail des Eglises chrétiennes en Suisse (CTEC-CH). Quant à l’Eglise orthodoxe, elle devrait faire l’objet d’une information plus attentive de la
part des protestants, qui ont des contacts de plus en plus fréquents avec
ses membres immigrés en Suisse.
Les «Lignes directrices de l’action oecuménique de la FEPS» ne sauraient
se conclure sans un paragraphe concernant les relations interreligieuses.
«Depuis longtemps, il ne va plus de soi que la religion – si on en a encore
une – soit vécue sous une forme chrétienne.» Pour les auteurs du document,
la question «se pose avec une urgence nouvelle» de savoir comment les Eglises doivent se comporter face aux autres religions, comment «elles peuvent
témoigner de la Vérité qu’elles reçoivent de l’Evangile, tout en restant
ouvertes à des éléments de la Vérité dans ce que les autres religions lui
présentent».
Et de mentionner ici le dialogue chrétiens-juifs, dans lequel les chrétiens vont à la rencontre des racines de leur propre existence. La relation
avec l’islam (troisième grande communauté religieuse du pays après les réformés et les catholiques) qui «est en train de devenir un partenaire d’importance croissante qu’il faut prendre au sérieux» est abordée en six lignes. Quant à l’attitude des Eglises protestantes vis-à-vis des sectes, elle
n’est pas évoquée dans ce document. (apic/com/spp/be)
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