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Tchétchénie: l’Eglise orthodoxe craint que le conflit ne s’étende (050195)
Dimension religieuse au conflit
Moscou, 5janvier(APIC) L’Eglise orthodoxe russe craint que le conflit entre Russes et Tchétchènes ne s’étende, malgré l’annonce de la fin des bombardements sur la capitale Grozny, faite mercredi par le président russe
Boris Eltsine. Le Patriarcat de l’Eglise orthodoxe russe fait du reste état
d’une opposition croissante au sein de l’Eglise à la campagne militaire menée en Tchétchénie. La dimension religieuse du conflit est aujourd’hui ouvertement évoquée. La Tchétchénie, estime-t-on, pourrait donner des idées à
nombre de minorités en Russie.
Selon un porte-parole du patriarcat, les responsables d’Eglise sont
« profondément préoccupés » car ils craignent que les différences religieuses
entre les parties en conflit dans la République rebelle ne soient utilisées
pour attiser les conflits interconfessionnels dans d’autres régions de la
Fédération russe. « Au sein du Patriarcat, personne n’a essayé de justifier
cette guerre », a cependant déclaré le prêtre Vsevolod Chaplin, du Département des relations extérieures de l’Eglise russe.
« Naturellement, nous reconnaissons qu’il est nécessaire de maintenir
l’intégrité de l’Etat russe, et de mettre fin au désordre et à la criminalité qui règnent en Tchétchénie et qui ont posé des problèmes au reste de
la Russie. Mais, de toute évidence, les solutions apportées en ce cas ne
sont pas appropriées, en particulier si l’on tient compte du nombre très
élevé de morts et de blessés parmi les civils ».
En décembre déjà, l’Eglise orthodoxe russe, par le patriarche Alexis II,
avait exprimé « sa profonde préoccupation » devant le nombre croissant de
victimes innocentes parmi la population civile de Grozny. Un appel commun
signé par Alexis II et le mufti Alsabekov, responsable musulman de la République dissidente, avait de plus été lancé le 16 décembre pour mettre fin à
ce conflit.
Retombées religieuses
Dans une déclaration faite cette semaine, V. Chaplin s’inquiétait du
sort des soldats russes, « jeunes et inexpérimentés ». Des centaines d’entre
eux auraient déjà été tués lors des attaques successives lancées contre
Grozny. Selon lui, la seule paroisse orthodoxe de cette ville a été occupée
par des réfugiés dès l’apparition des chars russes.
Interrogé sur les implications du conflit pour les relations entre orthodoxes et musulmans, V. Chaplin a fait part de son inquiétude. Selon lui,
nombreux sont ceux qui, au sein de l’Eglise, craignent que certains groupes
religieux ne donnent au conflit une dimension religieuse. « A l’heure actuelle, il y a eu peu de risques immédiats. Mais certains estiment qu’il faudrait que chrétiens et musulmans collaborent pour empêcher la religion
d’être exploitée en vue d’aggraver les conflits dans cette région et ailleurs ».
Les Russes de souche, dont la plupart sont membres de l’Eglise orthodoxe, composent environ un quart de la population tchétchène, forte de
800’000 habitants.
Risque d’enchaînement
Depuis quelques années, on assiste à un retour des pratiques religieuses
au sein de la majorité musulmane sunnite. Tandis que les responsables
tchétchènes rejettent les commentaires de la presse indiquant que les fondamentalistes islamiques multiplient leurs activités, de nombreux combattants tchétchènes arborent des insignes islamiques alors que se déroulent
les combats. Les Etats de la Ligue arabe se sont aussi prononcés en faveur
de l’autonomie de la Tchétchénie.
Selon Aleksander Khmielnitsky, un prêtre de l’Eglise catholique romaine
de Russie, d’autres groupes religieux craignent que la catastrophe tchétchène ne conduise à « un enchaînement d’événements encore plus tragiques » en
incitant d’autres populations minoritaires à manifester leur hostilité à
l’égard de Moscou. (apic/eni/pr)
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