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Zaïre:Les évêques réclament des élections «tout de suite» (260295)

Les politiciens se partagent les dépouilles d’un pays qu’ils assassinent

Kinshasa, 26février(APIC/CIP) Dans un nouveau message «aux catholiques et

aux hommes de bonne volonté», adopté par le Comité permanent de l’épiscopat

zaïrois lors de sa session ordinaire tenue à Kinshasa la semaine dernière,

les évêques zaïrois réclament des élections «tout de suite».

«En retardant les échéances électorales, les politiciens se réservent le

loisir de continuer à se partager les dépouilles d’un pays qu’ils assassinent quotidiennement en toute impunité».

«Un peuple non gouverné et des autorités nuisibles»

En cette période «très critique», les évêques zaïrois dénoncent «le vide

et le caractère nuisible du pouvoir qui, progressivement, conduit le pays à

la destruction et l’Etat à la désintégration». Les évêques écrivent que le

«peuple est non gouverné et les autorités sont nuisibles». Si celles-ci

sont omniprésentes, elles exercent rarement leur pouvoir et, «lorsqu’elles

semblent l’exercer, c’est très souvent contre et au détriment du peuple».

L’administration publique ne travaille plus. Ses agents ne sont plus ni

payés ni équipés ni motivés pour le service de la communauté. Beaucoup de

ces fonctionnaires n’ont pas été nommés ni placés là où ils sont en raison

de leur compétence ni en vue du bien commun. «Pour survivre, et servir les

parrains qui les ont placés, ils accablent la pauvre population locale de

multiples taxes et amendes, les unes plus arbitraires que les autres.»

Une armée divisée qui terrorise la population

L’armée, de son côté, est divisée: d’une part, «des officiers bien soignés encadrent des groupes de militaires bien équipés, bien payés et mis au

service d’intérêts particuliers, notamment du chef de l’Etat et d’autres

politiciens»; d’autre part, une armée abandonnée «réduite à la misère et

condamnée à vivre sur le dos de la population qu’elle terrorise et rançonne, souvent en toute impunité». Enfin, l’administration et les forces de

l’ordre, au lieu d’encadrer et de sécuriser la population, sont un fléau,

leur présence «souvent cause d’insécurité, de pillages et de massacres».

Un pays qui se meurt

Les évêques parlent d’»un pays qui se meurt», où «les conséquences catastrophiques du vide du pouvoir et de son exercice nuisible deviennent de

jour en jour plus évidentes et insupportables». L’état des voies de communication est tel que «certaines communautés en sont réduites à vivre repliées sur elles-mêmes et à recourir à l’ancien système du troc. Des paysans sont obligés, pour vendre leurs produits, de les transporter sur la

tête, en pirogue ou à vélo, parcourant de très longues distances au prix

d’un épuisement physique certain et pour un bénéfice insignifiant».

L’économie est au plus mal. Le «zaïre-monnaie» tend à perdre toute valeur d’échange. Il existe du reste deux monnaies en cours «au vu et au su

des autorités»: l’ancien et le nouveau zaïre. L’engouement pour les devises

étrangères et la désarticulation du commerce amènent beaucoup de gens à

vendre en fraude leurs marchandises à l’étranger, ruinant ainsi davantage

l’économie nationale. L’or et le diamant sont achetés à vil prix avec le

«zaïre-monnaie» en dévaluation constante, puis revendus en devises fortes,

«au bénéfice des nantis zaïrois et des groupes économiques étrangers».

Ces deux groupes se sont appropriés des forêts communautaires et des

carrières de matières précieuses pour l’exploitation desquelles ils ont engagé une main-d’oeuvre de nationaux, mal rémunérés et traités comme des esclaves. «Ainsi, le Zaïre est quotidiennement pillé, non seulement par des

étrangers, mais également par ses propres dirigeants.» La situation

alimentaire et hygiénique déplorable entraîne une aggravation du taux de

mortalité, pendant qu’une minorité de nantis se sont créés des conditions

de vie accessibles à eux seuls, notamment la possibilité de se faire

soigner dans des cliniques privées ou à l’étranger.

Destruction du système scolaire national et analphabétisme programmé

Au plan de l’éducation, dans des zones entières, des écoles ne fonctionnent plus depuis des mois. «En détruisant le système scolaire national, dénoncent les évêques, les membres de l’actuelle classe politique veulent

rendre héréditaires le pouvoir et les richesses qu’ils détiennent. Par une

éducation solide de leurs enfants, ils assurent leur relève, alors que la

majorité du peuple est condamnée à brève échéance à devenir analphabète et

corvéable à merci.»

Les évêques s’insurgent encore contre les «faux débats et fausses négociations des politiciens». Tandis que le pays est «complètement détruit» et

que le peuple se meurt, ceux-ci «se complaisent dans des débats artificiels

et sans issue». Ils créent des partis et des plates-formes politiques, les

subdivisent et les défont. Ils sont d’accord sur une seule chose: l’accès

et le maintien au pouvoir à n’importe quelle conditions».

Ainsi, déplorent les évêques zaïrois, les politiciens se battent pour se

distribuer des postes de ministres, de chefs d’entreprises publiques, de

gouverneurs de régions, etc… «Cette bataille les aveugle à tel point

qu’ils risquent de ne pas réaliser qu’ils n’auront bientôt plus rien à se

distribuer. Ces ministères, ces entreprises et ces régions sont déjà pillées et en état de délabrement total.» (apic/cip/be)

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