Berne: Lancement d’un Club de la (200295)
Mgr Henrici prône la réduction du temps de travail et le « temps social »
Berne, 20février(APIC) « En Suisse, on travaille beaucoup mais on a peu de
temps à donner aux autres; voilà une tâche pédagogique pour les Eglises:
reconstruire une société nouvelle, plus ouverte aux valeurs autres que purement matérielles et économiques « , a déclaré lundi à Berne Mgr Peter Henrici, évêque auxiliaire de Zurich.
Invité du tout nouveau « Club de la presse » mis sur pied par l’Association des Journalistes Catholiques Suisses (AJCS), Mgr Henrici a débattu du
thème « Un emploi pour tous – objectif réaliste ou utopie? » en compagnie du
conseiller national Hugo Fasel, président de la Confédération des Syndicats
Chrétiens (CSC), et de Hans Blumer, Directeur général de Condensateurs Fribourg Holding et président de la Chambre fribourgeoise du Commerce, de
l’Industrie et des Services.
Au cours du débat, le représentant patronal, tout en lançant quelques
piques contre un Etat « pas assez soumis aux pressions », a souvent rejoint
le responsable syndical dans la proposition de solutions innovatrices et
flexibles dans l’organisation du temps de travail pour faire face au danger
du développement d’une société à deux vitesses. Tous deux sont par exemple
tombés d’accord sur le fait que la réduction du temps de travail pouvait
s’accompagner d’une réduction salariale. Mais attention: pour le « patron
des patrons » des PME fribourgeoises, pas question de charger le bateau par
de nouvelles ponctions sociales sur les salaires, compétitivité des entreprises oblige.
Parlant de ses concurrents asiatiques, il déclare: « Si je ne suis pas
compétitif, je n’existe plus dans deux ans! ». Mais le combat peut être gagné si les travailleurs sont motivés: « S’il n’y a pas de motivations, il n’y
a pas d’avantages au niveau compétitif; le niveau social, l’aspiration de
l’homme doivent être garantis ». Et un bon salaire en fait partie….
La dimension sociale de l’économie de marché a été négligée
José Ribeaud, rédacteur en chef de « La Liberté » et médorateur de ce premier Club de la Berne: Lancement d’un Club de la (200295), s’est inquiété du développement de cette « société des deux tiers » qui s’installe également en
Suisse à l’instar de ce qui se passe en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.
Les dernières études faites en Angleterre démontrent qu’à côté du retour
d’une croissance réjouissante, un clivage de plus en plus profond se développe entre les riches et les pauvres. Il faut insister, souligne-t-il, sur
l’aspect social que doit revêtir l’économie de marché, sur son humanisation. « Une dimension pas mal négligée ces derniers temps ».
Citant des statistiques toutes récentes en provenance de la CNA, Hugo
Fasel a relevé que 20% des actifs travaillant à plein temps en Suisse gagnent moins de 3’000 francs par mois. Le chômage de longue durée a pris une
ampleur inquiétante: un chômeur sur trois l’est depuis plus d’un an. Et que
sont devenus ceux qui n’ont plus droit aux indemnités? On constate que les
budgets sociaux des communes ont explosé. Sans compter que l’Assurance Invalidité (AI), durant ces deux dernières années, a dépensé 1,5 milliard de
francs supplémentaires en faveur de chômeurs en fin de droits qu’elle a dû
prendre en charge.
Face à l’ampleur du désastre, Hugo Fasel a déploré qu’une excellente solution pour l’assurance-chômage, négociée entre les partenaires sociaux syndicats et patronat -, a été rejetée par les cantons. « Si on avait la volonté politique, on trouverait des solutions! ».
Appuyé dans sa démonstration par Christian Kissling, de la Commission
nationale suisse Justice et Paix – qui publie dans deux semaines en compagnie de son homologue protestant, l’Institut d’éthique sociale, l’étude
« Partager le travail, la solidarité contre le chômage » – Mgr Henrici a
estimé que l’homme doit travailler moins pour pouvoir déployer ses capacités créatives et mettre davantage de « temps social » à disposition de la société. Notons que Justice et Paix prône pour ce faire une semaine de 27
heures, qui pourrait être réalité dans 30 ans!
Et donc de plaider, comme le président de la CSC, pour une réduction du
temps de travail. C’est possible, a affirmé Christian Kissling, pour qui
les gains de productivité ont été tels ces dernières années (1,6% en
moyenne annuelle) qu’on aurait dû réduire le temps de travail. En conclusion, Hugo Fasel s’est réjoui que d’autres partenaires comme les Eglises se
lancent dans le débat, « car la discussion sur la réduction du temps de travail a été trop idéologisée ». (apic/be)
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