ecclésiastiques et gouvernementales d’Europe centrale et orientale font

Varsovie, le 17 février (Jonathan LuxmooreçENI) – Les autorités

cause commune pour rétablir l’aumônerie militaire dans les forces armées

depuis la chute du communisme.

Cette initiative des communautés religieuses pour ranimer la pastorale dans

les forces armées est soutenue par de nombreuses autorités locales et

nationales qui y voient le moyen d’encourager un renouveau moral dans la

vie militaire et civile, malgré l’opposition manifestée au début par

certains cadres de l’armée dans plusieurs pays.

« Les aumôniers participent aussi aux exercices du Partenariat pour la paix

(PPP), et aux réunions et discussions en faveur de l’intégration d’une

armée européenne », a précisé Herman Keizer, aumônier général (luthérien)

des forces des Etats-Unis en Europe, et l’un des 36 délégués protestants à

une conférence internationale d’aumôniers militaires, tenue ce mois-ci à

Varsovie.

Pour Herman Keizer, le rôle de l’aumônier ne doit pas se limiter à la

célébration de cérémonies religieuses; sa tâche est aussi de sensibiliser

les soldats aux problèmes de l’alcoolisme, de la drogue, et autres maux.

Les aumôniers devraient veiller à assurer « un juste équilibre entre les

demandes religieuses et militaires » tout en encourageant les cadres à

respecter les premières.

Quelque 80 délégués de 30 pays – 12 généraux et amiraux, des évêques

catholiques romains, protestants et orthodoxes, un rabbin et deux imams

turcs – assistaient à la Conférence, accueillie par l’évêque catholique

romain Slavoj Lezek Glodz, et placée sous le thème « L’aumônier, témoin de

la foi ».

L’évêque Glodz, qui est l’un des 32 évêques catholiques romains dans le

monde en poste auprès de l’armée, avait demandé en janvier aux prêtres de

partager leurs églises avec les aumôniers de la minorité orthodoxe de

Pologne (570 000 membres). Le mois dernier, l’archevêque Sawa de

Bialystok-Gdansk a été installé comme évêque orthodoxe militaire d’Europe

de l’Est, et c’est le premier évêque chargé d’une telle fonction. Un évêque

de l’Eglise évangélique de la confession d’Augsbourg de Pologne auprès de

l’armée (90 000 membres), devrait aussi être nommé en 1995.

Mais alors que se déroulait la conférence, un livre de prières distribué

aux soldats, écrit par un général formé dans les rangs soviétiques, et

demandant aux soldats de métier et aux conscrits d’assister aux offices

catholiques romains, provoquait une vive controverse en Pologne, le

Ministère de la défense reprochant à ce manuel de porter atteinte à la loi

sur la liberté de conscience.

En Pologne, même sous le régime communiste, presque tous les soldats

étaient baptisés, et 80 % d’entre eux mariés religieusement. Toutefois,

l’Alliance démocratique de gauche, un des partis de la coalition

gouvernementale, composée surtout d’anciens communistes, a accusé l’Eglise

catholique romaine d’exercer une influence excessive au sein de l’armée

depuis la réintroduction de l’aumônerie militaire il y a cinq ans.

Selon un délégué de l’armée tchèque, le colonel Antonin Svancar, en

République tchèque, comme en Slovaquie, de nombreux officiers se sont

opposés au retour des aumôniers après la chute du communisme. Et le

ministre de la Défense tchèque, Vilem Holan, a avancé le besoin de

« préparation humaniste » comme élément de formation militaire, a précisé A.

Svancar.

« Pendant 40 ans, notre armée a été détruite au plan spirituel », a ajouté le

colonel Svancar. « Le niveau culturel des cadres de notre armée, dont la

formation et les compétences techniques étaient relativement bonnes, avait

chuté vertigineusement. »

Dès avril, une formation oecuménique sera dispensée à un premier groupe de

cadres « humanitaires » dont la nomination a été approuvée par le Ministère

de la défense en janvier, a précisé A. Svancar.

En Slovaquie, la fonction de pasteur de l’armée a été rétablie le 1er

février, exactement 45 ans après avoir été supprimée par un décret du

gouvernement communiste.

Selon le prêtre catholique romain Ignac Jurus, qui parlait au nom du

Ministère de la défense slovaque, même si l’endoctrinement athée dans

l’armée avait pris fin en 1989 avec la chute du régime communiste, de

nombreux officiers slovaques ont ignoré, et même tourné en ridicule, une

question portant sur l’appartenance confessionnelle figurant dans un

questionnaire de 1991.

Ignac Jurus a exprimé l’espoir que le rétablissement de l’aumônerie aurait

une influence bénéfique sur la société en général, et faciliterait

l’intégration militaire de la Slovaquie au sein de l’Organisation du Traité

de l’Atlantique Nord (OTAN).

Un représentant du Patriarcat orthodoxe russe de Moscou, l’archiprêtre

Viktor Petluchenko, a indiqué qúune commission de coordination, mise sur

pied en mars 1994 par le patriarche Alexis II et le ministre de la Défense

Pavel Grachev, devrait être élargie et comprendre aussi des représentants

des minorités religieuses du pays.

« De nombreuses recrues viennent souvent à l’armée, souffrant d’un profond

vide spirituel après des décennies d’endoctrinement athée », a-t-il dit.

Ainsi, a-t-il rappelé, les soldats russes combattant en Tchétchénie ont été

« pratiquement privés de toute aide spirituelle », malgré la présence de la

paroisse orthodoxe de Saint-Michel Archange, encore ouverte dans la

capitale tchétchène.

Un autre orateur orthodoxe, le métropolite Grigorij de Bulgarie, a exprimé

l’espoir que l’aumônerie militaire serait rétablie dans son pays, car,

a-t-il précisé, les prêtres ne peuvent se rendre dans les camps de l’armée

que sur invitation.

« On assiste au contraire à la multiplication d’influences néfastes », a

souligné le métropolite. « Les jeunes sont attirés dans des sectes qui

n’existaient pas auparavant dans nos traditions ».

L’évêque militaire catholique romain de Hongrie, Gaspar Ladoczy, a recruté

plus de 50 prêtres depuis mai 1995, mais il attend l’attribution de

chapelles.

Des aumôniers sont présents à plein temps pour aider les soldats réformés

et juifs.

La conférence s’est terminé par une visite au lieu saint de Jasna Gora, et

par des prières oecuméniques dans l’ancien camp de concentration allemand

d’Auschwitz. (978 mots)

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