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France: Les évêques et la question du logement (140295)
« Le droit au logement pour tous: comment? »
Paris, 14février(APIC) Le logement est un droit pour tous affirmé dans la
législation française. Un droit hélas battu en brêche au point que l’épiscopat français s’en est inquiété. Les évêques ont réuni un groupe de travail composé d’urbanistes, de philosophes, sociologues, psychologues chargé
d’étudier la question. Leur rapport assez technique intitulé: « Le droit au
logement pour tous: comment? » constitue la première partie d’un livre présenté mardi à Paris lors d’une conférence de presse.
Sous le titre « Un logement pour tous », cet ouvrage contient en outre les
réflexions d’organismes actifs dans le logement social: ATD Quart monde,
Droit Au Logement (DAL) ainsi que les suggestions de la Commission sociale
de l’épiscopat. Mgr Albert Rouet, évêque coadjuteur de Poitiers et président de cette commission, en signe la conclusion.
Mme Germion, chercheuse au CNRS, co-rédactrice du rapport a rappelé la
grande complexité de ce dossier imbriqué dans des phénomènes économiques
globaux.
Au plan national, la lutte contre l’inflation et son corollaire, des
prêts bancaires plus onéreux, ont généré une chute dramatique des constructions neuves. L’éclatement des familles, accéléré par la montée du chômage,
a changé la nature de la demande de logements sociaux. Mais l’offre n’a pas
suivi. D’autres facteurs contribuent à accentuer cette crise, comme le coût
élevé des droits de mutation, le fait que les logements vacants soient dégrévés d’imposition, la réhabilitation des quartiers anciens en centre ville, la loi de décentralisation qui a donné aux élus locaux des prérogatives
en matière de construction de logements sociaux qu’ils ne mettent pas à
profit.
Seule une politique globale associant partenaires locaux et nationaux
ainsi que les associations de réinsertion pourrait redonner espoir à tous
ceux qui sont privés de logement, estime Mme Germion.
Mgr Rouet, pour sa part, a tenu à rappelé que le dispositif législatif
français en matière de logement est plutôt bon mais que la loi n’est pas
appliquée. Pourquoi? « C’est la grande question » répond-il. Et de constater
que si la majorité des Français ont vu leur logement s’améliorer considérablement au cours des dernières décennies (surface, confort), en même
temps, la dégradation de la situation de ceux qui en sont privés a été également constante. Pour ces derniers, il est toujours plus difficile de bénéficier d’un logement décent, effet pervers de la montée en puissance de
la société duale.
L’évêque de Poitiers s’inquiète au passage d’un phénomène social qu’il a
constaté dans son diocèse: des couples quittent la grande ville pour s’installer médiocrement dans une grange ou une masure à la campagne où ils vivent pauvrement, mais moins que dans les grands ensembles, du RMI (revenu
minimum d’insertion, 2’500F/mois). Plus de 500 familles uniquement au sud
de Poitiers ont fait cette démarche, a-t-il constaté. Mgr Rouet a rappelé
par ailleurs combien l’Etat français s’est progressivement désengagé de
l’épineuse question du logement alors que son concours est plus que jamais
requis. Au passage, il a noté que nombre de « bons catholiques militaient
dans des associations qui s’opposent à la construction de logements sociaux
par souci de la défense de leurs propres intérêts ». Pour Mgr Rouet le problème du logement tient précisément à ce qu’il a été envisagé dans une optique trop individualiste. A cet égard il est révélateur d’une société qui
a privilégié la concurrence entre les individus au détriment de la solidarité. Mgr Rouet appelle de ses voeux un urbanisme qui réintroduise la cohabitation de milieux sociaux divers dans un même quartier. Il réclame également une véritable échelle de logements sociaux qui offrirait des palliatifs entre le simple logement d’insertion et les HLM (Habitations à loyer
modéré). (apic/jcn/eb)
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