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Genève: 51e session de la Commission des droits de l’homme à l’ONU
Intervention de Mgr Tabet, représentant du Vatican (090295)
Aider les victimes ne suffit pas
Genève, 9février(APIC/CIP) Le Saint-Siège invite l’ONU à remettre en cause les principes mêmes de toute politique, en arguant qu’aider les victimes
ne suffit pas. Au cours de la 51e session de la Commission des droits de
l’homme de l’ONU, en cours à Genève, Mgr Paul Tabet, chef de la délégation
du Saint-Siège, a en effet abordé la question de la jouissance des droits
économiques, sociaux et culturels, qui figurent à l’ordre du jour.
On ne peut prétendre humaniser un développement économique en se contentant d’aider d’éventuelles victimes, a-t-il dit. Pour le Saint-Siège, il
faut plutôt remettre en cause les principes mêmes de toute politique économique, pour qu’elle place la justice sociale, le partage solidaire et, en
un mot, le souci de l’être humain au coeur de ses principes d’action et de
ses réalisations concrètes. Un rappel que Mgr Tabet a voulu formuler, à un
mois du Sommet de Copenhague pour le développement social.
Les travaux en cours à Genève ont le mérite d’attirer l’attention sur
l’extrême pauvreté, les problèmes liés à la dette, le droit à un logement
convenable, la question des indicateurs d’application des droits économiques, sociaux et culturels et, plus globalement, les obstacles à la réalisation effective du droit au développement. Il s’agit d’analyser les menaces liées notamment aux déséquilibres croissants, qui engendrent une
pauvreté de plus en plus grande dans certaines parties du monde et à l’intérieur même des pays riches, la multiplication des phénomènes d’exclusion
et de l’extension du chômage, qui fragilise de nombreuses personnes, spécialement les jeunes, les femmes et les familles, qu’elle met en situation
de précarité.
Un milliard d’hommes en dessous du seuil de la pauvreté
Comme l’a souligné Mgr Tabet, cette question est loin d’être théorique
et purement formelle, mais concerne les situations dramatiques vécues par
des millions d’hommes, de femmes et d’enfants: une personne sur cinq vit en
dessous du seuil de pauvreté, soit un milliard d’être humains, et quinze
millions meurent chaque année de causes liées à la pauvreté. Les femmes et
les enfants en sont les premières victimes. Sur une population active de
2,8 milliards, les sans-emploi sont estimés à 120 millions, tandis que 700
millions sont sous-employés.
Sans parler de diverses formes d’exclusion, de discrimination, d’intolérance, de racisme «qui se développent dans nos sociétés comme un cancer», a
déclaré Mgr Tabet, en ajoutant que «le rejet dont souffrent ces personnes,
ainsi que la peur de ne pas disposer d’un espace suffisant de vie et de liberté, sont à la source de nombreuses violences et extrémismes».
Bénéficiaires? Non, victimes!
Le représentant du Saint-Siège n’a pas manqué de relever que les effets
négatifs de la conjoncture économique actuelle dans de nombreux pays et
dans des régions entières compromettent surtout les programmes sociaux et
le volume des fonds affectés au social, qui devraient avoir pour raison
d’être la défense des plus faibles. Les réformes économiques, a-t-il noté,
risquent de ne pas prendre suffisamment en compte le facteur humain. «Les
moins protégés deviennent victimes de telles réformes, alors qu’elles
devraient en être les bénéfciiaires».
Pour le Saint-Siège, la prochaine Conférence des Nations Unies sur le
développement social (Copenhague, 6-12 mars), en mettant l’accent sur l’importance du «social», devrait contribuer à ce que l’économie, les systèmes
de production et d’échange, l’Etat et le droit soient toujours au service
de la personne humaine, et non l’inverse. Il serait très insuffisant, a
précisé Mgr Tabet, de prétendre humaniser un développement économique, en
se limitant à porter secours à d’éventuelles victimes. Il s’agit plutôt de
remettre en cause les principes mêmes de toute politique économique, pour
qu’elle place la justice sociale, le partage solidaire et, en un mot, le
souci de l’être humain au coeur de ses principes d’action et de ses réalisations concrètes.
Sécurité humaine
A ce titre, le Saint-Siège se réjouit que les trois objectifs majeurs du
Sommet de Copenhague soient la pauvreté, l’emploi et l’intégration sociale.
Dans son intervention, Mgr Tabet s’est aussi référé à un concept nouveau,
présent dans le rapport édité par le Programme des Nations Unies pour le
développement en 1994, celui de «sécurité humaine», qui peut se révéler
très riches et très utile dans ce contexte.
Ce terme de «sécurité humaine», appliqué en priorité aux nations, pourrait l’être aux personnes, suggère Mgr Tabet: «Chaque homme et chaque femme
ont besoin d’être protégés contre la faim, contre la maladie, contre les
agressions de toutes sortes, contre les catastrophes naturelles et les crises sociales ou politiques. Ils doivent pouvoir se sentir «en sécurité» par
rapport aux menaces qui proviennent non seulement du risque de guerre, mais
surtout qui mettent en question leur vie quotidienne, leur dignité, leur
liberté, et celles de leur famille. Cela ne se réalisera que s’ils sont à
la fois parties prenantes et bénéficiaires d’un développement humain durable qui leur permettra de vivre une vie sociale respectueuse de leurs
droits fondamentaux».
Pour le chef du délégation du Saint-Siège, cette «sécurité humaine» est
ni plus ni moins une conséquence du «droit à la vie» qui revient en propre
à tous les êtres humains et de la «solidarité» qui les relie entre eux. Le
droit au développement, a-t-il conclu, constitue bien la possibilité qui
devrait être offerte à chaque personne de jouer son rôle dans la société,
de jouir des fruits de la terre, par un partage juste et équitable, et de
participer activement à son propre développement. (apic/cip/pr)
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