APIC – Invité
L’Eglise de l’avenir
Berne, 8février(APIC) Si l’on veut parler de l’avenir de l’Eglise, il
faut d’abord se demander ce qu’est vraiment l’Eglise. L’Ecriture Sainte et
le Concile Vatican II nous apportent la réponse. Nous sommes tous l’Eglise,
le pape, les évêques, les prêtres, les personnes consacrées et les laïcs.
L’Eglise est une dans l’Esprit, dans une diversité vivante. Elle est une
structure ordonnée pour correspondre à la variété et la diversité des charismes et à la responsabilité du magistère. Dans l’Eglise il n’y a pas de
ministère sans communauté de croyants.
Dans le deuxième chapitre de la Constitution sur l’Eglise «Lumen Gentium» du Concile Vatican II, la priorité absolue de ’l’être chrétien’ sur
n’importe quelle organisation, même si celle-ci est garantie par la tradition apostolique et le droit divin, est affirmée. La signification de la
dignité du baptême et de la mission des confirmés sont approfondies. Le sacerdoce commun des croyants trouve une nouvelle place. La participation de
tous les chrétiens au triple ministère de Jésus Christ est l’assurance que
tous – même si la manière est différente – ont part à l’accomplissement de
la vie de l’Eglise. L’imbrication et le lien mutuel de toutes les tâches
significatives font que tous les chrétiens participent aussi bien à la
construction de l’Eglise qu’à sa mission dans le monde.
Le ministère dans l’Eglise est service
Selon la définition d’un théologien moderne, l’Eglise est «la communauté
des croyants qui par leur vie rendent témoignage à Dieu, le reconnaissent
et le vénèrent comme seul fondement de leur existence, mettent les biens de
sa création au service du prochain par la justice, la paix et l’amour, et,
dans la communauté de l’Esprit, se rassemblent derrière leurs chefs légitimes». Si l’on admet cette définition, il faut réfléchir sur le magistère
dans l’Eglise et sur les rapports entre l’autorité et l’obéissance. Il
ressort clairement de l’Evangile que le ministère dans l’Eglise est avant
tout service. Qui parle de ministère doit parler au nom de Jésus Christ,
dans sa perspective de service, pour le salut de l’homme, comme voix de ses
frères chrétiens et non seulement comme le haut-parleur de l’opinion dominante. Si tel n’est pas le cas, beaucoup peuvent ressentir l’impression que
la hiérarchie s’identifie de façon arrogante et autoritaire avec l’Eglise
elle-même, a un point tel que la réalité de l’Eglise et de la hiérarchie se
confondent dans le mot déformé d’Eglise hiérarchique.
L’alternative proposée par Jésus pour sa communauté prévoit qu’un homme,
qui n’est pas supérieur aux autres, assume une tâche de responsabilité et
de direction parmi les siens. Il apparaît donc fondé à partir de là que
l’on renonce de plus en plus dans l’Eglise à utiliser le mot de ’hiérarchie’. Le contenu effectif qui s’y rattache est exprimé de manière authentique dans l’expression du Concile ’service du ministère’ (ministerium).
Cette expression contient aussi un nouveau rapport entre autorité et obéissance dans l’Eglise.
Lorsqu’on parle d’autorité dans l’Eglise, il faut toujours penser
d’abord et essentiellement à l’autorité du Christ. Cette autorité contient
une exigence – liée à la liberté de chaque être humain – envers
l’obéissance à un idéal de vie véritable dans l’Eglise et dans sa vie
personnelle, à travers une éducation et une direction. L’autorité
ecclésiale est substantiellement une autorité fraternelle. Elle ne génère
pas de catégories inférieures ou supérieures mais elle se situe bien
davantage entre frères et soeurs. Cela signifie une attention de même
niveau envers l’autorité supérieure du Christ, maître et enseignant. De là
ressort le juste modèle dans la vie de l’Eglise de l’ordre et de
l’obéissance. Commander dans l’Eglise signifie porter la responsabilité de
prendre des dispositions pour ce qui est le bien de tous, ce qui correspond
au vouloir profond des membres vivants, finalement ce qui répond à la
volonté de Dieu, ce qui résulte de l’effort de reconnaissance commun de
tous les membres prêts à collaborer. Des membres qui de leur côté
reconnaissent au pasteur qui les dirige la compétence pour le faire.
L’autorité dans l’Eglise est, comme le dit Vatican II, le service des
croyants. Dans une Eglise de fraternité les attentes des gens d’aujourd’hui
rencontrent les exigences de l’Evangile. A travers les décisions des
personnes chargées de la direction dans l’Eglise les autres membres ne sont
déchargés ni de leur collaboration ni de leur responsabilité.
L’information appartient aussi à l’obéissance
La confiance est un élément constitutif de l’obéissance totale. La confiance mutuelle est tout simplement indispensable pour créer une atmosphère
d’attention réciproque, nécessaire à fonctionnement correct de l’autorité
et de l’obéissance. L’obéissance entre personnes adultes est un acte de
soumission à la volonté de l’autre, parce que celui-ci personnifie un ordre
objectif ou un ordre de valeurs et parce que cet ordre en soi est fait dans
le discernement. Cela ne va pas sans une information suffisante. Là ou cette information est retenue, la confiance subit une crise, l’accord entre
l’autorité et l’obéissance ne fonctionne plus et l’ordre lui-même en souffre. Dans la pratique, cela signifie que les membres de l’Eglise doivent
être associés aux processus de décisions autant que possible, d’autant plus
qu’ils ont à porter et à avoir la responsabilité conjointe de ces décisions.
Aujourd’hui, on confie de plus en plus à des laïcs des responsabilités
ecclésiales. Par ailleurs nombre d’activités de notre Eglise tournent presque sans fin autour de conseils, organes, fonctions et institutions. Les
laïcs courent le risque de devenir des professionnels. Les laïcs en raison
de leur baptême et de leur confirmation doivent réaliser la présence chrétienne dans le monde auquel ils sont concrètement liés. Il est déterminant
que l’élément chrétien puisse apparaître à travers le savoir professionnel.
Que l’on songe seulement à la signification de la science, de la médecine,
de la littérature, de la politique, de l’art, de l’économie et des médias.
Cela vaut de façon semblable pour les divers conseils, groupements et
autres instances. Où est le souci de la création et de la culture, du monde
du travail et de l’éducation, du devoir social et de la forme politique de
notre vie en commun? De grandes chances pour un témoignage commun des chrétiens séparés par le fossé de la division confessionnelle résident dans
dans la reprise de ces champs d’activité.
L’Eglise de l’avenir comme une communauté fraternelle
L’Eglise de l’avenir, selon l’Ecriture Sainte et le Concile Vatican II,
se présente comme une communauté fraternelle, comme peuple de Dieu où il y
a certes différents ministères et niveaux d’autorité, mais qui tous ont un
caractère de service. Il n’y a pas d’autre ordre supérieur, selon les
orientations données par l’Esprit du Christ, qui doive être porté dans la
responsabilité commune et la confiance réciproque. Sans remettre en question les sacrements, le service sacerdotal, le service de l’autorité et de
l’enseignement, tous les chrétiens, en tant que baptisés et confirmés doivent prendre à nouveau conscience de leur participation au ministère magistériel, pastoral et sacerdotal du Christ et prendre au sérieux leur mission
dans l’Eglise et dans le monde. Comme le Christ, qui, selon la parole du
patriarche Siméon, «est un signe qui sera contesté», ainsi son corps mystique, l’Eglise est un tel signe. Lors de tous les efforts en vue de son unité, elle souffrira à l’avenir plus qu’auparavant de l’opposition
irreconciliable entre le règne de Dieu et celui du père du mal et de la
tentation. (apic/rb/oe/mp)
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