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France: La « Bible des communautés chrétiennes » devant les tribunaux?
Un jugement pourrait empêcher sa diffusion (290395)
Paris, 29mars(APIC/CIP) La diffusion de la très controversée « Bible des
Communautés Chrétiennes », poursuivie par les éditeurs contre la volonté du
Vatican, pourrait être finalement stoppée par un jugement des tribunaux. La
Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) vient en
effet d’annoncer à Paris qu’elle envisage, pour l’empêcher, d’utiliser
« toutes les voies du droit, tant sur le plan civil que pénal ».
C’est en mai 1994 que paraît la version française d’une bible catholique
latino-espagnole destinée aux milieux populaires et intitulée « Bible des
communautés chrétiennes » (BCC), fruit de l’expérience missionnaire de deux
frères, les Pères Bernard et Louis Hurault, l’un dans les bidonvilles du
Chili, l’autre depuis 40 ans en milieu populaire de la banlieue parisienne.
Mgr Thomas, évêque de Versailles, enthousiasmé par la traduction française, avait accordé son « imprimatur ». Une quarantaine de personnalités
tant juives que catholiques, alertées par un chercheur de l’Université catholique de Louvain, Menahem Macina, pour qui la BCC se signale par un « antijudaïsme virulent », avaient protesté auprès de l’évêque. Le 21 janvier
dernier, Mgr Thomas acceptait les conclusions contenues dans un dossier de
21 pages rédigé par M. Macina, relevant plus de 50 commentaires inadmissibles pour les juifs comme au regard de la doctrine catholique au sujet du
judaïsme, et s’engageait à exiger que la Bible soit révisée.
De son côté, Jean Kahn, président du Consistoire central israélite de
France, en appelait à Rome pour demander que la BBC soit retirée de la vente. Mgr Duprey, vice-président de la Commission pontificale pour les rapports avec le judaïsme, informait alors Mgr Thomas que Rome « voudrait beaucoup » que le voeu de Jean Khan soit exaucé. L’évêque de Versailles, n’ayant
pu obtenir des éditeurs l’arrêt de la diffusion, décidait alors de priver
la BCC de toute autorisation canonique en retirant son « imprimatur ».
Editeurs contre Rome
La décision courageuse de l’évêque de Versailles n’a pas suffi. Le 21
mars, les éditeurs – la Société biblique catholique internationale (SBCI)
des religieux de la société Saint-Paul (érigée en « Union de droit pontifical » par Jean XXIII en 1960) – dénonçait la « campagne démesurée » menée contre la BCC et annonçait que la vente se poursuivra normalement, sans attendre la révision en cours des annotations suspectes.
Ce propos des éditeurs va contre le jugement du Vatican sur la BCC, comme le relève mercredi le quotidien « La Croix – L’événement », qui publie le
texte intégral de la lettre adressée le 21 février par Mgr Duprey à l’évêque de Versailles.
Signalant que la publication et la diffusion de la BBC « préoccupent sérieusement » la Commission pontificale, car « les éléments d’antijudaïsme »
qui s’y trouvent « contredisent » l’enseignement du concile Vatican II, Mgr
Duprey écrit notamment: « C’est pourquoi nous voudrions beaucoup que la diffusion de cette Bible soit arrêtée et cela d’autant plus qu’il y a en français d’excellentes éditions de la Bible qui, avec leurs notes, respectent
pleinement l’enseignement de l’Eglise tel qu’il a été exprimé par le Concile, par les documents officiels de cette Commission et par le Saint-Père
lui-même ».
Devant les tribunaux ?
La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme a réagi
avec « stupéfaction » à la décision des éditeurs de poursuivre la vente. La
LICRA « envisage d’utiliser toutes les voies de droit, tant sur le plan civil que pénal, pour tenter d’empêcher et de sanctionner la diffusion d’une
Bible dont les commentaires vont à l’encontre des enseignements des textes
bibliques et de Vatican II ».
Si Jean Kahn considère que l’affaire est désormais aux mains des catholiques, le grand rabbin de France, Joseph Sitruk, dans un entretien au « Figaro », désavoue le projet de la LICRA: « La démarche ne paraît pas bonne. Il
ne faut pas enclencher une guerre théologique ou juridique. Mieux vaut,
maintenant que la mal est fait, exiger mises au point et corrections ». Le
grand rabbin « souhaite une vigoureuse réaction de la hiérarchie catholique,
(laquelle) en a déjà donné les premiers signes qui nous rassurent ».
Rome a parlé et l’évêque de Versailles a tranché et, en attendant un
éventuel jugement des tribunaux, la balle est dans le camp des éditeurs,
écrit « La Croix ». Le quotidien ajoute que « d’autres protagonistes de cette
malheureuse affaire n’ont pas dit leur dernier mot », puisque « les cercles
juifs belges qui l’avaient portée sur la place publique envisagent maintenant d’étendre leur combat à l’Amérique Latine où l’édition originale de la
BBC s’est vendue à près de 20 millions d’exemplaires en vingt ans ». (apiccip/pr)
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