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apic/Mali/Economie

Sahel: La récolte agricole 94/95 affiche des excédents

Le Sahel rit cette année (200395)

Bamako, 20mars(APIC) Le Sahel rit cette année. Dans la plupart des sept

pays qui le constituent, la récolte agricole 1994/95 affiche des excédents. Le Mali est le premier à s’en réjouir… Le ministre de l’Agriculture l’a confirmé: l’accroissement de la production est de 14% par rapport à

1993 et de l’ordre de 7% comparé à 1992, année de référence s’il en est.

Selon les chiffres publiés à Bamako, le coton, principale culture d’exportation du pays, sera de 354’325 tonnes. Une augmentation de 11% par rapport à 1992. L’arachide affichant pour sa part quelque 145’763 tonnes. Récolte agricole exceptionnelle, estiment les experts, même si des manques à

gagner existent. Pour le blé par exemple. Et que l’abondance est mal répartie…

Selon les spécialistes, le Mali doit maintenant mettre en place un train

de mesures, visant d’abord à améliorer les capacités de stockage de ce pays

sahélien. A assurer ensuite la transformation et la valorisation des céréales locales. L’effort, disent-ils, doit aussi porter sur les échanges avec

les pays de la sous-région. Le Comité international de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS) ne prévoit-il pas un déficit céréalier d’environ

766’000 tonnes pour le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, la Mauritanie, le Sénégal et le Tchad?

Gérer les excédents

Le Mali n’a pas attendu l’exceptionnel pour porter attention à ses vaches maigres ou grasses. La libéralisation des filières céréalières a été

entamée il y a une dizaine d’années. Aujourd’hui, le problème est de gérer

des excédents importants avec lesquels les importations ne font guère bon

ménage.

C’est ainsi que le Programme de restructuration du marché céréalier

(PRMC) fait figure d’exemple. Mené conjointement par le gouvernement et les

principaux donateurs d’aide alimentaire, le PRMC, commencé en 1981, s’est

donné trois buts correlatifs: l’amélioration de la sécurité alimentaire;

l’accroissement de la production céréalière locale; l’allégement du poids

des filières sur les finances publiques. Le tout soutenu par une politique

concertée et cohérente d’aide alimentaire.

Depuis une dizaine d’années, la politique en la matière a été la libéralisation progressive du marché, désormais quasi complète. L’office céréalier du Mali a perdu son monopole de commercialisation. Ses interventions,

comme dans d’autres pays sahéliens, se limitent à la gestion de l’aide alimentaire, du stock national de sécurité et à l’approvisionnement des zones

déficitaires.

Les premières années du PRMC ont été marquées par une pénurie céréalière, qui a culminé dans les années 84/85. La seconde moitié de la décennie a

en revanche bénéficié de conditions climatiques favorables permettant une

croissance importante de la production de céréales sèches. Le riz a connu

la même évolution, en raison des efforts d’intensification dans le delta

central du fleuve Niger et des marges induites par la hausse des prix intervenue en 1988.

Reconstituer le stock national

Depuis cinq ans, le bilan céréalier du pays est globalement excédentaire, malgré une revalorisation – d’environ un quart – des normes de consommation humaine. Même si la part réellement sécurisée de la production céréalière n’est actuellement pas suffisante pour garantir l’autosuffisance

du pays, la politique céréalière malienne s’inscrit durablement dans une

problématique de gestion des excédents. D’où ces questions: comment éviter

que les excédents ne contribuent pas à baisser les prix et donc à peser sur

les revenus des producteurs? Comment utiliser au mieux les excédents pour

améliorer la sécurité alimentaire des populations? Quelle politique économique adopter avec l’apparition d’un excédent structurel?

Pour Yves Gueymard, assistant technique auprès du PMRC, à Bamako, les

mesures à prendre vont, prioritairement, du financement de la reconstruction du stock national de sécurité (58’000 tonnes) à partir d’achats locaux, au lancement, via le réseau bancaire, d’un programme important de

crédit pour le financement du stockage-commercialisation des céréales au

bénéfice des commerçants privés et des associations villageoises, en passant par une subvention ponctuelle qu’il convient d’accorder à l’exportation de céréales à l’intérieur de la sous-région.

Paradoxe…

L’excédent pose cependant un certain nombre de problèmes au Mali. La

vente du riz local est ainsi rendue difficile en raison du niveau élevé des

coûts de production. Résultat: le prix de vente n’est pas accessible à une

bonne partie des consommateurs. Pis, il n’est pas compétitif par rapport

aux importations. Une étude récente sur les filières du riz au Mali a montré que la multiplication des intermédiaires commerciaux et l’importance de

leurs marges globales ont de lourdes conséquences sur le prix au consommateur. Le pays en arrive ainsi à la situation paradoxale de 1992, où le régime libéral des importations, mis en place dans le cadre de l’ajustement

structurel, a permis aux opérateurs maliens d’importer du riz alors que

l’office du Niger disposait de plus de 30’000 tonnes de stock, qu’il ne

pouvait écouler, car le prix du produit n’était pas compétitif avec le riz

importé. (apic/ad/pr)

ENCADRE

Des greniers anti-famine jusqu’en 1908

Des greniers anti-famine existaient, dans le passé, dans le royaume en

proie aux disettes. Il s’agissait d’immenses greniers collectifs disséminés

sur toute l’étendue du territoire et que chaque famille était tenue d’approvisionner avec environ le cinquième de sa récolte. Cette quantité stokkée sur l’ordre de l’empereur avait pour but de combler les déficits qui ne

manquaient pas de survenir ici et là. C’est ce qui explique qu’on a pas signalé de famine depuis l’installation des Mossis au XIIe siècle, dit-on.

Puis vient la colonisation, qui désorganisa complètement le système.

L’administration coutumière perd alors le pouvoir. Les quêtes pour l’approvisionnement des greniers collectifs sont supprimées sous prétexte qu’elles

sont destinées à l’utilisation personnelle des chefs coutumiers. Deux ans

après, dès 1908, il n’existait plus un seul grain de céréale dans les greniers collectifs. (apic/ad/pr)

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