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Jura: Peut-on être à la fois évêque et prophète? (130395)
Les réponses de l’abbé Jean-Marie Pasquier
«Le Christ n’a pas de successeur»
Delémont, 13mars(APIC) «Le Christ n’a pas de successeur», estime l’abbé
Jean-Marie Pasquier, aumônier à l’Université de Neuchâtel et ancien supérieur du Grand-Séminaire de Fribourg, «Il a fallu quatre évangiles pour témoigner de Lui. Jésus n’a pas choisi un vicaire mais douze apôtres. Cela
revient à dire qu’il faut se mettre à plusieurs dans l’Eglise pour assumer
toutes les fonctions du Christ». Invité à Delémont, à la suite de l’affaire
Gaillot et de la vacance de plusieurs sièges épiscopaux en Suisse, l’abbé
Pasquier a développé un thème d’actualité: «Quel évêque pour quelle Eglise?».
Cette conférence se voulait un temps de réflexion non seulement sur
l’Eglise et sur le rôle des évêques, mais aussi sur la tâche de chaque baptisé. Pour Jean-Marie Pasquier, un évêque ne peut avoir toutes les qualités. Il doit oser annoncer l’Evangile à temps et à contre-temps, cultiver
l’unité et accepter les différences. Il est d’avis que l’Eglise catholique
doit être plus accueillante, plus audacieuse, plus ouverte au monde. En même temps, elle doit parler aux autres Eglises. Il est souhaitable enfin que
les fidèles n’enferment pas les évêques dans leur maison épiscopale, mais
qu’ils aident leurs pasteurs à sortir «au coeur du monde».
«On ne peut être à la fois évêque et prophète, il faut choisir». Ce reproche, dit et redit à propos de Mgr Gaillot, a servi de point de départ à
la réflexion de l’abbé Pasquier. Il est vrai que nous avons une image traditionnelle de l’évêque: il est mitré et crossé, il ordonne les diacres et
les prêtres, il donne le sacrement de confirmation. Il est pontife (faiseur
de ponts), dirige son diocèse, rassemble et conduit son peuple sur lequel
il veille.
En revanche, nous dessinons moins bien les contours du prophète. «C’est
quelqu’un qui voit dans la foi et dans l’Esprit-Saint les signes que Dieu
faits à travers les hommes et qui, ayant discerné les appels, parle. Il annonce et dénonce. Il pose des signes. Il dérange les rois et les prêtres de
son temps».
Aujourd’hui avec le rétrécissement des forces pastorales, de quoi
l’Eglise a-t-elle besoin? D’évêques qui suscitent et encouragent de nouveaux chemins d’évangélisation. Jean-Marie Pasquier donnera cet avertissement lors du débat: «On a les évêques qu’on mérite». Si les évêques ont
peur des audaces, c’est parce qu’ils sont freinés par leurs propres diocésains. «Ils vivent à la fois dans la crainte de ce que pense Rome et de ce
que pensent les fidèles».
Au service de l’unité
«L’évêque est d’abord le serviteur de l’unité». Comment dès lors être en
même temps prophète et gardien de l’unité? Et de quelle unité? Celle de
l’Eglise ou celle du peuple de Dieu? «Etre évêque, c’est être avec un peuple», dit Mgr Gaillot. Ce qui ne veut pas dire être d’accord avec tous et à
n’importe quel prix, précise Jean-Marie Pasquier. Parce que, souligne-t-il,
servir l’unité, être en communion avec les autres évêques, c’est vital.
«L’évêque doit se faire vérifier par les autres, il n’est pas le Christ».
Mais pour le conférencier, cela ne signifie pas «être aligné, couvert» ni
sur Rome, ni sur la Conférence épiscopale de son pays.
Pour s’en expliquer, il a pris l’exemple de Paul qui, à Antioche, a dénoncé l’attitude de Pierre. Pierre refusait de prendre son repas avec de
nouveaux chrétiens issus du paganisme. Jean-Marie Pasquier rêve pour sa
part d’une Eglise de Pierre et de Paul, «qui compte des apôtres assez libres pour oser parler avec Pierre et sous son autorité, mais aussi face à
Pierre, au nom de l’Evangile. Ceci dans un esprit de synodalité». En Suisse, ajoutera-t-il, la mission essentielle de l’évêque me paraît celle-ci:
«travailler à l’unité à l’intérieur de l’Eglise, avec ses frères chrétiens,
et à l’extérieur, avec ses frères ’invisibles’». (apic/sic/mif/ba)
Jean-Marie Pasquier donnera une nouvelle fois sa conférence le mercredi
15 mars à 20h15 à Gais Logis à Porrentruy.
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