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APIC – Portrait
Jean-Yves Leloup, ex-dominicain, prêtre orthodoxe (120395)
Pèlerin éternel des sentiers de la foi
Jean-Claude Noyé, pour l’agence APIC
Spécialiste des Pères de l’Eglise, et de religions comparées, Jean-Yves Leloup, ex-dominicain devenu prêtre orthodoxe, est aujourd’hui un conférencier connu et apprécié. Un visage aux aguets où pointe parfois une angoisse
sourde, un regard tournée vers l’intérieur. Sa voix est ténue – on le sent
enclin au silence – mais son auditoire, toujours nombreux est vite conquis.
Grand prédicateur, homme de paradoxe, Jean-Yves Leloup ne laisse pas indifférent.
Infatigable marcheur de Dieu, il a conduit ses pas de l’Inde mystique,
au Mont Athos, en passant par la Grande Chartreuse et les maîtres spirituels de Los Angeles.
Entré chez les dominicains à Montpellier, en poste à Strasbourg puis à
Marseille où il a dirigé durant plusieurs années le Centre culturel et spirituel international de la Sainte-Baume, Jean-Yves Leloup oeuvre pour le
dialogue des civilisations et la rencontre des grandes traditions spirituelles, tout en s’opposant au syncrétisme.
Jean-Yves Leloup a quitté son habit de dominicain pour devenir prêtre
orthodoxe (dans l’Eglise de vieux calendariste russes) et se marier. « L’orthodoxie représente pour moi un retour aux sources, quand les Eglises vivaient encore en communion. A vrai dire, on ne vient pas à l’orthodoxie, on
y retourne. » Son parcours est accidenté, sinueux, tout en remises en cause,
à l’image d’un homme qui refuse le dogmatisme et les vérités trop bien établies. « Il faut veiller à ne pas s’enfermer sur ses idoles, ses certitudes
et garder l’esprit ouvert. Dieu est là en somme pour questionner nos réponses ».
Convaincu de détenir la vérité, on oublie d’être vrai
« La langue de bois ecclésiale existe autant chez les orthodoxes que chez
les catholiques », surtout chez ceux qui représentent l’institution, remarque-t-il. « Convaincu d’avoir la vérité, on oublie d’être vrai. A terme cela
conduit à des situations difficiles à vivre, presque schizophréniques, de
coupure entre ce qui est dit et ce qui est fait.
Jean-Yves Leloup sait de quoi il parle, comme l’atteste son autobiographie (1). L’homme ne cache pas ses propres souffrances, lui qui fut un enfant mal-aimé en proie à l’incompréhension et la violence des adultes. Cette fragilité l’amène à appeler de ses voeux une « spiritualité qui éclaire
la vie et ne la complique pas. Cessons de chercher toujours le fautif et de
rajouter la culpabilité à la souffrance. l’Evangile ne dit-il pas: ’Si ton
coeur te condamne Dieu est plus grand que ton coeur?’ ».
La culture occidentale a beaucoup privilégié la notion de passion-souffrance. Jean Yves Leloup avoue rechercher « l’apathéia », un état délivré du
passionnel. Prendre soin de soi, c’est prendre soin de l’Etre, de l’inconditionné qui habite en nous. Ainsi la maladie peut être une occasion de
grandir. L’appel à aimer nos ennemis est stricto sensu humainement impossible et ne peut se réaliser que grâce à la présence de l’Esprit-Saint en
nous. L’appel à la sainteté ne doit pas conduire à ignorer la part d’ombre
qui est en nous, relève Jean-Yves Leloup.
Pour le prêtre orthodoxe, la référence à Eglise indivise nourrie de ses
racines orientales et contemplatives est un élément essentiel. « La foi des
premiers chrétiens représente nos racines et la sève de notre avenir. L’oecuménisme est une renaissance de l’unité, dans la diversité des façons
d’interprêter l’Evangile. Si Dieu peut être compris comme une communion de
personnes, l’Eglise peut l’être comme une communion de points de vue qui
s’enrichissent mutuellement au lieu de s’exclure, conclut-il. (apic/jcn/mp)
(1)Jean-Yves Leloup: « L’absurde et la grâce », Paris, 1994, Albin Michel
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