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Argentine: Des révélations sur les disparus de l’époque noire
suscitent émotion et indignation dans l’opinion publique (090395)
Malaise autour du rôle jouer par des aumôniers de la marine militaire
Buenos Aires, 8mars(APIC) Des organisations argentines de défense des
droits de l’homme ont adressé une lettre ouverte au président Carlos Menem
dans laquelle elles lui demandent de publier les listes des prisonniers politiques tués durant la dictature militaire en Argentine, de 1976 à 1983.
Elles demandent que l’Eglise s’explique sur le rôle de certains prêtres,
aumôniers de la marine militaire en particulier, au cours de cette même période. L’émotion et l’indignation sont vives, surtout chez les mères de la
Place de Mai.
La lettre, datée du 7 mars, fait suite à la publication, le 3 mars, des
déclarations d’un ancien officier de marine qui reconnaît avoir participé à
l’assassinat de prisonniers politiques durant la dictature militaire.
Cet officier, Adolfo Scilingo, affirme avoir pris part à deux opérations
en 1977, durant lesquelles les prisonniers, drogués, étaient jetés vivants
dans les eaux du Rio de la Plata, non loin de Buenos Aires.
Parmi les signataires de cette lettre ouverte figurent le lauréat du
Prix Nobel de la paix Adolfo Perez Esquivel, les co-présidents de l’Assemblée permanente des droits de l’homme, l’évêque catholique romain Jorge Novak, et l’évêque méthodiste Aldo Etchegoyen.
La confession d’Adolfo Scilingo a été faite au cours d’une interview
avec le journaliste Horacio Vertbisky, qui a publié un livre et écrit un
article paru dans le quotidien «Pagina 12».
Durant les années 1976 et 1977, admet S. Scilingo, ces vols étaient organisés chaque semaine, et une vingtaine de prisonniers étaient drogués,
entièrement déshabillés, et poussés hors de l’avion. En tout, quelque 2’000
prisonniers politiques auraient été tués de cette façon.
Les aumôniers réconfortent les tortionnaires
Tous les officiers de marine étaient obligés de participer à ces opérations, ou aux séances de tortures.
Lorsque les officiers revenaient à la base, des aumôniers de la marine
étaient chargés de les réconforter et leur lisaient la parabole de Jésus,
sur la séparation du bon grain de l’ivraie, pour justifier leur action. Les
prisonniers étaient considérés comme «l’ivraie» qui devait être extirpée de
la société.
Les auteurs de la lettre ouverte au président Menem soulignent que la
publication de «toutes les informations sur les citoyens exécutés durant la
dictature contribuera à rétablir la vérité et la santé morale de la société». La lettre cite aussi les paroles de Jésus «La vérité fera de vous des
hommes libres».
Les autorités ont déclaré que les déclarations d’Adolfo Scilingo ne «méritaient pas de réponse»; elles n’ont cependant pas démenti les accusations
portées contre la marine.
L’Eglise catholique n’a pas réfuté les accusations faites contre les aumôniers, même si certains évêques ont rappelé que l’Eglise catholique avait
elle aussi été la victime de la répression politique et que des prêtres et
évêques avaient été assassinés durant cette période par des escadrons de la
mort paramilitaires ou par le régime en place.
L’évêque Etchegoyen et l’ancien évêque méthodiste Federico Pagura ont
publié une déclaration séparée, dans laquelle ils écrivent que la confession d’A. Scilingo «confirme la douloureuse vérité sur le sort de milliers
de personnes exécutées sans jugement ni procès».
Lettre aux évêques des mères de la Place de Mai
Si la liste des personnes enlevées et tuées par la dictature militaire
n’est pas publiée, «la vérité sera ignorée», soulignent-ils, en reconnaissant la valeur du repentir d’A. Scilingo. Selon eux, Ce problème «relève
plus de la foi et de l’éthique» que de raisonnements politiques et militaires, parce qu’il «est lié à la vérité et à la vie».
La conspiration du silence qui a lié les militaires jusqu’à ce jour «est
une marque de lâcheté et ceux qui la soutiennent nient la conscience chrétienne. Le silence engendre l’impunité et porte les fruits de l’hypocrisie
et du mensonge».
S’exprimant sur les déclarations d’A. Scilingo à propos de l’Eglise catholique romaine, les auteurs de la lettre précisent qu’il est temps pour
les ecclésiastiques concernés … de s’employer à faire toute la vérité
afin de ne pas être les complices de ce silence.
Les révélations faite par l’officier, ex-capitaine de corvette, sur la
«passivité» de certains prêtres face à des cas d’exécutions, ont été reprises par les mères de la Place de Mai, à Buenois Aires. Ces dernières, qui
demandent à tous les évêques de condamner «un tel génocide», ont du reste
écrit à la Conférence des évêques d’Argentine, pour dire qu’elles étaient
«alarmées mais pas surprises» par ces accusations. (apic/eni/pr)
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