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apic/Livre/Salvador

Fribourg: présentation de l’ouvrage de Patricia Bleeker Massard

«Exils et résistance» du peuple salvadorien: un livre «café rouge sang»

Fribourg, 9mars(APIC) Evénement littéraire mercredi soir à Fribourg, avec

la présentation du livre de la fribourgeoise d’adoption, Patricia Bleeker

Massard, «Exils et résistance – éléments d’histoire du Salvador». Un regard, un témoignage vécu et rendu à travers 330 pages sur ce minuscule pays

d’Amérique centrale, qui se relève difficilement d’une guerre de 12 ans.

Mais pas de la violence institutionnelle de l’oligarchie du café, qui exploite les meilleurs terres… Un livre témoin s’il en est, «café rouge

sang».

Pour présenter ce livre, dont le travail de recherche et la sortie ont

été facilités grâce à l’appui financier de Caritas Suisse, cinq personnalités et Patricia Bleeker, autour d’une table. Toutes ont partagé à un titre

ou à un autre l’engagement et les questions de l’auteur. De Jacqueline Demierre, la mère de Maurice, le coopérant fribourgeois assassiné par la contra en 1986 au Nicaragua, à Marie-Françoise Bavaud, ancienne secrétaire générale de Frères sans frontières, en passant par les contributions du journaliste de la Télévision romande Jean-Philippe Rapp, du sociologue brésilien Eber Ferer, de Caritas, et de Adrien-Claude Zoller, du Service international pour les droits de l’homme, à Genève.

Le 24 mars 1980, les escadrons de la mort assassinaient l’archevêque de

San Salvador, Mgr Oscar Romero. Voici juste un an, en mars 94, le Salvador

ensanglanté par douze ans de guerre, tenait ses premières élections, après

les «Accords de Paix». Pendant toutes ces années, Patricia Bleeker, ancienne secrétaire nationale des Comités de solidarité Nicaragua-Salvador et

membre du Comité international Oscar Romero, a milité dans le terrain aux

côté du peuple salvadorien, en s’interrogeant sur les massacres et la violence, sur les injustices. Après plus de quinze dans la solidarité, l’auteur retourne aux raisons profondes de son engagement, qui restent d’actualité. Dans son ouvrage, elle aborde le problème du point de vue des exclus,

la ménagère du bidonville, l’enseignant progressiste, d’où son approche

critique, aussi bien du mouvement révolutionnaire que des organisations populaires ou de l’Eglise. Elle constate que ni les uns, ni les autres n’ont

su entièrement faire place aux besoins et aux aspirations populaires.

Ce constat, écrit dans la préface le directeur du Centre Tricontinental,

à Louvaun-la-Neuve, Père François Houtart, ne s’arrête pas à un simple regret. Il renvoie à une question de fond qui fait du passé une base de réflexion pour l’avenir. La démocratisation restera toujours une façade tant

que les sociétés n’auront pas résolu les problèmes de l’instabilité sociale

structurelle, aujourd’hui accrue par le néo-libéralisme. Si une nouvelle

étape s’ouvre dans la lutte pour l’émancipation sociale du Salvador, les

objectifs demeurent les mêmes et la solidarité est toujours de mise. «Le

sacrifice de milliers de vies et l’engagement de tant d’existances n’auront

pas été vains», dit F. Houtart. Le livre de Patricia Bleeker est à la fois

un hommage émouvant à leur mémoire et un tribut à leur rôle dans l’histoire. (apic/pr)

«Exils et résistance – éléments d’histoire du Salvador», Ed. L’Harmattan

ENCADRE

La rencontre de Mgr Romero avec Apolinario

Savoureux s’il en est, le passage tiré d’une rencontre entre Mgr Romero

et un «campesino» nommé Apolinario. L’un et l’autre se rencontrent pour la

première fois…

– «… Me permettez-vous une autre question?

– Mais oui, continue, répond Monseigneur presque en riant.

– Eh bien… voilà, Monseigneur, croyez-vous en Dieu?

– Naturellement que je crois en Dieu.

– Et vous croyez dans l’Evangile?

– Bien sûr, je crois aussi dans l’Evangile.

– Alors là, on est foutu! Parce que moi aussi je crois en Dieu et dans

l’Evangile. Nous disons les deux la même chose, mais c’est différent.

Devinez. Devinez où l’épine blesse! Devinez, Excellence, où est la

différence!

– Monseigneur, vous croyez dans l’Evangile parce que c’est votre travail.

Vous l’étudiez, vous le lisez, vous le prêcher. Vous avez une vie d’évêque.

Mais moi, je ne sais pas lire, je n’ai pas étudié l’Evangile et toute son

«idéologie», mais je crois dans l’Evangile. Vous croyez par profession, je

crois parce que j’en ai besoin. Et Dieu, il me dit qu’il n’aime pas qu’il y

ait des riches et des pauvres. Or moi, je suis pauvre. Vous pigez la différence? Ca y est, vous avez pigé. On a la même foi, mais on navigue sur un

autre fleuve.

Monseigneur dévisagea de haut en bas ce campesino plein d’énergie. Depuis ce jour, jusqu’à la fin, ils furent de grands amis». (apic/pr)

ENCADRE

Patricia Bleeker, née en 1958, d’origine hollandaise, a grandi à Lausanne. Quittant le gymnase, elle rejoint les rangs d’un théâtre alternatif.

Elle combine ensuite voyages en Europe et en Asie, puis quitte la Suisse

pour travailler au Tchad avec ses deux filles et leur père. De retour à

Fribourg en 1982, elle organise pour la Croix-Rouge fribourgeoise l’accueil

des requérants d’asile et s’engage activement dans le mouvement de solidarité avec le Nicaragua, le Salvador et le Guatémala, dont elle devient secrétaire nationale entre 1984 et 1989. Diplômée de l’Institut universitaire

du Développement de Genève en 1991, elle achève actuellement ses études en

ethnologie à l’Université de Fribourg. (apic/pr)

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