L’Eglise et le cinéma : 100 ans d’histoire =

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Bruxelles, 10 avril 1995 (CIP/SNOP)

Les relations entre l’Eglise et le cinéma art ont été parfois

enthousiastes, parfois conflictuelles, mais elles existent ! Les chrétiens

de France proposent en cette année du centenaire diverses manifestations.

Elles contribueront à la réflexion sur cet art qui, selon un théologien

catholique, est «devenu le plus complet de tous les arts qúil permet

d’intégrer presque tous». Le point avec Eric Bidot, qui a réalisé pour le

bimensuel SNOP de la Conférence des évêques de France un dossier consacré

aux relations entre l’Eglise et le cinéma.

Les liens qui unissent le cinéma et l’Eglise ont souvent été oubliés.

L’image d’une Eglise qui censure est souvent invoquée pour justifier cet

oubli. Que fait-on alors de «l’impressionnante mobilisation des chrétiens

qui se sont sentis enthousiasmés pour le cinéma dans toute la France ?»

interroge le Père Béguin, responsable de Chrétiens-Médias Cinéma, qui

prépare un ouvrage sur «L’Eglise et le cinéma: 100 ans d’histoire(s) !»

Dans la première moitié du siècle, les chrétiens se sont mobilisés autour

de ce nouveau moyen d’expression. Mais, pour que cette intervention ne se

limite pas à de la critique stérile, la compréhension du cinéma et du

langage de l’image a été largement encouragée. Cette évolution entre

méfiance critique et compréhension pour agir est exprimée dans l’encyclique

«Vigilanti cura» de 1936: Pie XI y souligne que «chacun peut aisément

constater que plus le cinéma s’est perfectionné et plus il a porté atteinte

à l’intégrité des moeurs, à la religion et même à l’honnêteté nécessaire à

toute société»; il encourage aussi les chrétiens à se former, à découvrir,

à utiliser le cinéma. Un réseau associatif impressionnant s’est ainsi mis

en place en France, et Eric Bidot ne doute pas que les chrétiens, en

encourageant la découverte et la compréhension du cinéma «jusque dans les

coins les plus reculés de la France», ont contribué à son rayonnement.

Les salles paroissiales

Les associations regroupant les chrétiens passionnés de cinéma se sont

souvent créées autour des salles paroissiales qui deviendront dans les

années 50 les salles de cinéma que l’on connait aujourd’hui. Beaucoup de

clercs se sont intéressés à la «lanterne magique»: elle permettait de dire

le message évangélique en image en projetant des films – à caractères

religieux ou non. Dès 1919, les salles paroissiales étaient assez

nombreuses en France – 300 rien qúen Bretagne – pour constituer un réseau

et justifier la création de circuits de distribution. Des réflexions y

étaient proposées aux spectateurs à l’issue de la projection – en Loire

Atlantique, près de 2.500 bénévoles assuraient le fonctionnement de 35

salles paroissiales.

Beaucoup de salles paroissiales ont disparu dans les années 60, quand le

cinéma a connu une crise. Le cinéma cherche aujourd’hui à retrouver cette

proximité que permettaient les salles: des complexes cinématographiques

construits d’après des initiatives commerciales et/ou individuelles sont

ainsi rouverts.

Une éducation à l’image

Outre des réflexions, les chrétiens proposaient des formations autour du

cinéma. Entre 1947 et 1970, des «Ecoles du cinéma» ont été constituées par

des cinéphiles compétents afin d’éduquer le regard, surtout des jeunes.

Ce souci de formation s’est beaucoup accru à partir des années 50. Beaucoup

d’éducateurs soulignent aujourd’hui le besoin de prendre du recul par

rapport à l’image. Dès les années 30, deux initiatives ont tenté de

répondre à ce souci: le journal «Choisir» de l’Action catholique, qui

faisait une large place au cinéma, et celle des «Fiches du cinéma». Depuis

1935, toutes deux proposent chaque semaine une recension de tous les films

sortis: acteurs, réalisateurs, scénario, analyses esthétiques et cotes.

Documentation à ce point unique que France Télévision a fait appel à ce

fonds, constitué par Chrétiens- Médias Cinéma, pour créer un CD-Rom

encyclopédique à l’occasion du centenaire du Cinéma !

Dès 1947, Janick Arbois et Jean-Pierre Chartier créaient «Radio- Cinéma»,

l’actuel «Télérama». A la même date, une feuille d’information intitulée

«Votre écran» était diffusée dans de paroisses des diocèses de Lille,

Nantes, Versailles, Nancy… Depuis 1952, il y a aussi la collection «7e

art», publiée par les éditions du Cerf: 100 ouvrages à ce jour – le

centième est paru cette année à l’occasion du centenaire du cinéma -, avec

une moyenne de deux ouvrages par an et de grandes signatures, dont «Le

langage cinématographique» de Marcel Martin, qui en est à sa quatrième

réédition, et «Le dictionnaire des 200 mots-clés du cinéma», déjà diffusé à

5.000 exemplaires. Cette collection ne s’est jamais arrêtée (alors que bien

d’autres ont été interrompues), grâce à la ténacité du P. Boespflug,

dominicain, actuel directeur littéraire au Cerf. L’actuel directeur de la

collection, Guy Hennebelle, constate ce paradoxe: alors qúil existait dans

les années 50 peu de collections consacrées au cinéma et beaucoup de

cinéphiles, de telles collections existent aujourd’hui en plus grand

nombre, tandis que le nombre des cinéphiles est en baisse…

Chargé de la conception de l’ouvrage «L’Eglise et le cinéma: 100 ans

d’histoire(s) !», le Père Béguin a choisi d’ordonner sa réflexion autour de

trois thèmes. Le premier a trait aux interventions ecclésiales à propos du

cinéma, pour montrer que la préoccupation de l’Eglise n’a pas été seulement

de censurer mais aussi d’apprendre à découvrir. Autres thèmes: les

nombreuses initiatives de chrétiens dans la diffusion du cinéma et

l’existence d’une littérature abondante proposant un point de vue chrétien

sur le cinéma. Car, observe le P. Béguin, «si le cinéma n’est pas seulement

le flash autour du dernier film sorti, l’Eglise n’est pas seulement le

juste dont le couperet tombe sur un film !»

Un Comité Catholique pour le Centenaire du Cinéma

Eric Bidot donne aussi la parole à Janick Arbois Chartier, nommée en

décembre dernier secrétaire générale du Comité Catholique pour le

Centenaire du Cinéma et qui, à ce titre, dirige la préparation des

manifestations organisées par l’Eglise catholique pour le centenaire du

cinéma.

Ce Comité souhaite proposer une réflexion sur les relations entre le cinéma

et la culture chrétienne. Il est composé de personnes ayant des

responsabilités d’Eglise dans le domaine du cinéma, de critiques, des

professionnels prêts à aider ce groupe. Les projets se déroulent en quatre

volets: tout d’abord un livre intitulé «L’Eglise et le cinéma: 100 ans

d’histoire(s) !», sous la responsabilité du Père Béguin; la participation

de l’Eglise au Festival de Cannes, dans le cadre du jury oecuménique, avec

une table-ronde sur «John Ford – cinéaste chrétien et la violence»; du 11

au 18 octobre, une Semaine chrétienne du cinéma, où seront présentés les

grands films de l’histoire du cinéma (Ford, Fellini, Dreyer, Forman,

Hitchcock), avec le concours de critiques, d’universitaires, de prêtres;

enfin, en septembre, un concours sera proposé aux jeunes de l’enseignement

catholique et des aumôneries de l’enseignement public.

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