Les préservatifs, pas «en toutes circonstances» interdits, selon un évêque allemand

Mgr Stefan Oster, évêque de Passau, au sud de l’Allemagne, a suggéré fin janvier 2019 que l’utilisation du préservatif était envisageable dans certaines situations de vie. Le prélat a rappelé, dans le cadre des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) au Panama, l’enseignement catholique sur les moyens de contraception.

Lors d’une conversation avec des jeunes à Panama City, Mgr Oster s’est vu posé des questions en relation aux efforts de protection contre le sida, rapporte l’agence d’information catholique allemande KNA. Des jeunes voulaient connaître le point de vue de l’Eglise sur les recommandations d’utilisation de préservatifs de la part des acteurs engagés dans la lutte contre le VIH. «Certaines personnes pensent que, selon l’enseignement catholique, l’interdiction du préservatif vaut de façon absolue, pour toutes les situations. J’ai clairement relevé que cette idée n’était globalement pas correcte».

Principe de fidélité dans le mariage

Cette partie de l’enseignement et les débats relatifs sur les moyens de contraception dits artificiels, ne concernent «que la situation de mariage entre un homme et une femme – parce que l’Eglise considère le mariage comme le lieu réel de la relation sexuelle», a rappelé l’évêque de Passau.

Pour cette raison, l’Eglise promeut des principes selon lesquels les personnes vivent «soit dans la fidélité au sein du mariage, soit dans l’abstinence». Mais si une personne est déterminée à vivre sa sexualité «différemment, par exemple de façon libertaire», elle ne suit de toute façon pas l’enseignement de l’Eglise. «Dans une telle situation, je trouverais absurde de dire à une personne infectée par le VIH qu’elle devrait renoncer au préservatif parce que l’Eglise le prescrit». Mais une question encore plus difficile est celle d’une personne séropositive en situation maritale. Il s’agit dans ce domaine «d’examiner au cas par cas», a affirmé l’évêque allemand.

«Cas particuliers»

L’encyclique Humanae vitae du pape Paul VI, en 1968, rejette toute forme de contraception artificielle comme le préservatif ou la pilule. Elle ne considère moralement licites que les méthodes «naturelles» de contraception, telles que la mesure de température ou l’observation du cycle d’ovulation. Des principes qui font encore aujourd’hui l’objet de vives discussions, intensifiées par la propagation du sida.

Depuis lors, ce n’est plus juste une affaire de planification familiale, mais également de santé publique. Les papes Benoît XVI et François ont déjà parlé dans le passé de «cas particuliers» justifiant une dérogation à l’interdiction générale des préservatifs. Depuis 2005, des voix se sont également élevées au Vatican pour affirmer, par exemple, qu’une femme pouvait exiger de son mari séropositif qu’il utilise un préservatif pendant les rapports conjugaux. L’usage du préservatif peut aussi être considéré comme légitime «dans le milieu de la drogue, ou dans des contextes de promiscuité liés à une grande misère».

En 2010, Benoît XVI faisait sensation en déclarant dans un livre entretien que, dans la perspective d’une réduction du risque d’infection, l’utilisation du préservatif pouvait être «dans des cas particuliers» un «premier pas sur le chemin d’une sexualité vécue autrement, plus humaine».

Le pape François avait également déclaré, en 2015-2016, à propos du sida et du virus Zika, que la question d’un assouplissement de l’interdiction des préservatifs posait un dilemme à l’Eglise. Mais même lui ne parlait toujours que de «cas particuliers» et il ne s’agissait pas d’une approbation générale du préservatif. (cath.ch/kna/rz)

Raphaël Zbinden

Portail catholique suisse

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