MESSAGE DES PRESIDENTES ET PRESIDENTS DU CONSEIL OECUMENIQUE DES EGLISES

PENTECOTE 1995

A cette même époque, il y a cinquante ans, les peuples du monde émergeaient

de la barbarie de la deuxième guerre mondiale: les villes étaient en

ruines, les campagnes transformées en désert par les bombes des agresseurs

et des justiciers, les communautés ravagées par la haine et l’ambition

vaine. Derrière, se profilaient les horreurs des marches de la mort, des

camps d’extermination, de la dévastation de la bombe atomique. Devant, la

promesse de la paix, l’espoir de pouvoir reconstruire son foyer, de semer

et de récolter la moisson.

Tandis que l’aube d’un jour nouveau éclairait l’horizon, on mettait au

point la Charte d’une nouvelle Organisation des Nations Unies qui serait

capable de «préserver les générations futures du fléau de la guerre».

Tout au long de l’année 1995, des hommes et des femmes de nombreux pays se

rendront dans les cimetières, sur les champs de bataille et les lieux de la

honte, tragique évocation de ce conflit mondial, pour pleurer et pour

s’affliger de l’absurdité de la guerre. Certains se rassembleront pour

célébrer la victoire du bien sur le mal, de la raison sur la folie, de

leurs armées sur celles de l’ennemi. D’autres se réuniront pour

s’interroger sur l’état du monde actuel, toujours en proie à la haine et à

la violence. Beaucoup feront état des résultats remarquables obtenus par

l’Organisation des Nations Unies. D’autres nous rappelleront qúelle n’a pas

encore aboli la guerre et qúil est nécessaire de la réformer d’urgence si

l’on veut qúelle puisse répondre aux espoirs de paix et de sécurité des

peuples de notre temps.

Parmi ceux qui pleureront et qui célébreront la victoire, il y aura aussi

des chrétiens. Beaucoup seront appelés à donner à ces manifestations

publiques, par leur présence, un caractère de solennité, de dignité et de

commémoration; ils seront appelés à apporter un soutien pastoral dans les

moments de grande émotion qui entoureront cet anniversaire, et à

s’interroger sur sa signification pour nous, aujourd’hui.

Ces manifestations offriront des occasions de proclamer la bonne nouvelle

de Jésus Christ, l’assurance qúau-delà de la souffrance et de la perte il y

a la promesse de la résurrection, et que de la division peut naître

l’espoir de la réconciliation et de l’unité.

La commémoration du cinquantenaire nous ramène à l’année biblique du jubilé

(Lévitique 25) et à l’appel qúil nous adresse à nous repentir, à nous

tourner à nouveau vers Dieu, à libérer ceux qui sont dans l’esclavage et à

pardonner aux débiteurs, à redresser la balance de la justice, à rétablir

de justes relations avec le prochain et avec Dieu, et à créer des

conditions favorables à la paix.

Le message d’une espérance nouvelle qui résonne à travers la proclamation

du jubilé – après «sept semaines d’années» – est lié, dans les traditions

juive et chrétienne, à l’événement de la Pentecôte, la fête célébrée par

les enfants d’Israe»l sept semaines après la commémoration de leur Pâque,

de la sortie d’Egypte. C’est le jour de la Pentecôte que les disciples de

Jésus, réunis tous ensemble à Jérusalem après sept semaines de joyeuse

célébration de sa résurrection, voient leurs espoirs se réaliser avec la

venue de l’Esprit Saint qui descend sur eux.

En ce temps de Pentecôte de l’année 1995, «sept semaines d’années» après la

fin de la deuxième guerre mondiale, il nous incombe tout particulièrement à

nous, chrétiens, de faire revivre cette tradition du jubilé, en confessant

que nous n’avons pas su poser les fondements d’une paix juste, en nous

repentant de notre péché de désunion et en renouvelant nos engagements à la

paix au milieu des communautés et des peuples réconciliés. Dans un monde

déchiré par la violence, arrêtons-nous un instant pour prier que le vent

puissant de l’Esprit souffle à nouveau sur nous, o# que nous soyons, qúil

dissipe les nuages du doute et du désespoir, qúil nous baptise de langues

de feu et nous fasse un dans le Christ ressuscité.

Pour préparer le cinquantième anniversaire de la création du Conseil

oecuménique des Eglises qui doit être célébré lors de sa Huitième Assemblée

à Harare (Zimbabwe) en 1998, les Eglises membres ont été invitées à

réfléchir sur la signification du jubilé. Ce faisant, proclamons ensemble

l’Evangile du Prince de la paix et, reprenant le thème de cette Assemblée,

disons à toutes les nations: «Tournons-nous vers Dieu dans la joie de

l’espérance».

Les présidentes et présidents du Conseil oecuménique des Eglises:

?Mme Anna Marie Aagaard, professeur, Hojbjerg, Danemark ?L’évêque Vinton

Anderson, Saint Louis, Etats-Unis ?L’évêque Leslie Boseto, Boeboe Village,

Iles Salomon ?Mme Priyanka Mendis, Idama, Sri Lanka ?Le patriarche

Parthenios, Alexandrie, Egypte ?Mme Eunice Santana, pasteur, Arecibo, Porto

Rico ?Le pape Shenouda III, Le Caire, Egypte ?M. Aaron Tolen, Yaoundé,

Cameroun

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