Au départ était la

APIC – Interview

solidarité internationale…

Suisse: La Fédération des Eglises protestantes fête ses 75 ans (030495)

Rencontre avec le pasteur H. Rusterholz, président du Conseil de la FEPS

Jacques Berset, Agence APIC

Berne, 3avril(APIC) La Fédération des Eglises protestantes de la Suisse

(FEPS) – qui regroupe 22 Eglises membres – fête cette année ses 75 ans. La

FEPS célébrera ce jubilé en juin prochain sur le thème «Vivre notre espérance». Plus de 1’300 délégués suisses et étrangers sont attendus à Berne,

dont des délégations des Eglises partenaires du dialogue oecuménique, comme

l’Eglise catholique.

En compagnie du pasteur Heinrich Rusterholz, président du Conseil de la

FEPS, l’Agence APIC a saisi l’occasion de ce jubilé pour évoquer les perspectives d’avenir et aussi les premiers pas de cette organisation créée en

1920 – à la demande des Eglises protestantes des Etats-Unis – dans le but

de venir en aide à une Europe meurtrie qui se relevait à peine des ruines

de la première guerre mondiale. Née aussi d’une volonté d’accroître le

poids des forces protestantes dont la capacité d’action et la représentativité souffraient de la structure traditionnelle fortement fédéraliste des

Eglises cantonales…

APIC:La fondation de la FEPS arrive à un moment où l’Eglise catholique,

avec notamment la réouverture de la nonciature à Berne en 1920, relevait la

tête après les affres du Sonderbund et du Kulturkampf…

HeinrichRusterholz:Pour bien comprendre la collaboration entre les Eglises protestantes de la Suisse, il faut remonter aux premiers temps de la

Réforme. Dès cette époque, les cantons protestants avaient l’habitude, dans

le cadre des réunions de la Diète fédérale, de se rencontrer après les sessions pour une «Diète protestante», dans le but de discuter les affaires

religieuses et de coordonner leurs actions.

Evidemment, avec la disparition de la Diète lors de la création de

l’Etat fédéral en 1848, la Diète protestante – qui avait proposé quelques

années auparavant un jour d’action de grâce commun aux protestants et aux

catholiques, le Jeûne fédéral – a été supprimée. Il y avait désormais au

niveau fédéral séparation entre les Eglises et l’Etat. Le problème des relations Eglises-Etat était dès lors uniquement l’affaire des cantons.

Pas d’organes et de compétences propres

C’est à cette époque que les pasteurs protestants se sont rassemblés

dans l’Association des pasteurs réformés de la Suisse, mais les Eglises ont

mis plus de temps à s’organiser. Finalement, en 1858, elles ont pu se regrouper au sein de la Conférence des Eglises protestantes, qui réunissait

chaque année les responsables des Eglises cantonales. Mais cette Conférence, qui permettait discussions et contacts fructueux, a toujours soigneusement évité de se doter d’organes et de compétences propres. Les événements

extérieurs – notamment la première guerre mondiale – allaient pourtant précipiter la naissance de la FEPS, permettant enfin aux Eglises protestantes

suisses d’être représentées vis-à-vis de l’extérieur.

A la demande du «Federal Council» des Eglises protestantes des EtatsUnis, qui désiraient apporter leur aide aux blessés de guerre protestants

en Europe, les Eglises suisses – neutralité oblige ! – furent sollicitées

pour servir d’agence européenne d’entraide. C’est dans ce contexte que le

secrétaire de la Conférence des Eglises protestantes d’alors, Adolf Keller,

à l’époque pasteur de St-Pierre à Zurich, s’embarqua en 1919 pour le Nouveau Monde, pour participer à l’assemblée des Eglises des Etats-Unis à Cleveland, qui traitait notamment de la coordination de l’aide pour l’Europe.

Les Eglises protestantes n’étaient pas alors organisées au plan suisse: il

fallait donc fonder une association, conformément aux normes légales, pour

gérer l’aide.

Répondre d’abord à des défis extérieurs

C’est ainsi qu’est née le 8 septembre 1920 à Olten la Fédération des

Eglises protestantes de la Suisse (FEPS), pour répondre en premier lieu à

des défis extérieurs. Outre la réouverture de la nonciature et les premiers

balbutiements de l’oecuménisme, il faut aussi noter que les Eglises cantonales eurent à l’époque à faire face à des développements également dans le

monde protestant, avec la création de l’»Aarauer Verband», regroupant les

Eglises évangéliques libres, d’orientation très piétiste. Des temps nouveaux étaient donc arrivés, qui exigeaient de meilleures structures pour le

protestantisme suisse.

Dès le départ, la FEPS a eu pour but de sauvegarder, d’affermir et de

propager la foi évangélique en Suisse, de travailler à la concentration des

forces protestantes, de resserrer les liens spirituels entre ses membres,

de fonder et de développer les oeuvres protestantes en Suisse et de soutenir la diaspora des protestants suisses à l’étranger. La nouvelle Fédération avait également pour rôle de servir d’interlocutrice aux autorités fédérales, puis plus tard de représenter ses membres auprès du Conseil oecuménique des Eglises (COE) à Genève et des autres Eglises à l’étranger.

APIC:Dès le départ, conformément à la volonté de ne pas porter atteinte à

l’autonomie des Eglises membres, les prises de position de la FEPS n’ont

pas été contraignantes…

HeinrichRusterholz:Nous savons que le Conseil de la FEPS ne peut parler

de façon contraignante sans que l’Assemblée des délégués ne se soit prononcée, ainsi que les différents Synodes. Nous avons quand même la compétence

de parler au nom des membres, dans le cadre de la Constitution de la FEPS.

Certes, nous ne pouvons pas faire des déclarations engageant la foi.

Mais nous pouvons, dans les limites de nos connaissances et de nos responsabilités, prétendre exprimer la voix des protestants, attirer l’attention sur les arguments que nous avançons. C’est notre contribution à la

formation de l’opinion publique, mais cela ne peut jamais être ni un mot

d’ordre ni la seule position possible. Même un Synode ne donne pas d’ordres

sur la façon de penser et d’agir, car ce serait contraire à toute la sensibilité réformée. Pour les protestants, le respect de la liberté est primordial, et chacun selon sa conscience doit pouvoir répondre de ses décisions devant Dieu !

Pas sans confessions de foi

Jusqu’au siècle dernier, de nombreuses Eglises protestantes avaient une

confession de foi; le catéchisme de Heidelberg était contraignant, de même

que l’»apostolicum», c’est-à-dire le credo, qui est toujours valable. Nous

le partageons aujourd’hui encore, mais nous ne nous engageons pas par

écrit. Ce sont des textes que l’on doit interpréter à nouveau, et sur les

interprétations, on ne peut que se disputer sans fin!

Pas de Congrégation pour la doctrine de la foi

Finalement, une confession de foi devrait unir les gens, mais au siècle

dernier – en raison notamment du libéralisme théologique – on a vu que leur

interprétation a séparé les Eglises. C’est dans ce cadre que sont nées les

Eglises évangéliques libres à Genève, dans le canton de Vaud, à Neuchâtel,

les Sociétés évangéliques en Suisse alémanique, etc… Nous disons que nous

ne sommes pas sans confessions de foi, mais que nous sommes libres quant à

notre confession de foi. Cela ne veut pas dire que les différents Synodes

ne peuvent pas se prononcer sur des contenus de foi; la FEPS peut même le

faire, pour autant que nous le fassions en accord avec les Synodes. Pensons

aux discussions sur la reconnaissance mutuelle du baptême.

Il est vrai que nous n’avons pas d’instrument pour dire que ceci ou cela

est maintenant la vérité. Dans ce sens, nous n’avons – heureusement! pas

de Congrégation pour la doctrine de la foi qui pourrait se prononcer de façon contraignante. C’est pourquoi il est plus difficile de cerner l’Eglise

protestante.

APIC:L’avantage de prendre des décisions en Synode, de façon démocratique,

n’est-il pas contrebalancé par la difficulté des Eglises protestantes de se

profiler, d’offrir des positions claires, un visage médiatique…

HeinrichRusterholz:C’est notre faiblesse face à l’extérieur. Chacune de

nos positions peut se voir contredite par une autre opinion, qui est possible. Du côté catholique, on entend souvent que l’on ne peut pas, par exemple, décider de façon démocratique d’abolir la Trinité. Il ne s’agit pas de

mettre en question des principes théologiques fondementaux, mais il s’agit

au contraire d’interpréter ensemble pour notre temps la foi vécue. Ainsi,

le concept de la Trinité était autre au Moyen-Age que ce que l’on peut en

comprendre aujourd’hui…

Nous nous concevons plutôt comme des croyants en recherche critique,

cheminant ensemble. La faiblesse du protestantisme – et l’élection d’un

évêque l’a encore montré – c’est que nos structures n’aboutissent pas à une

autorité personnifiable et donc aisément compréhensible par les médias. A

cela s’ajoute que dans les Eglises protestantes, la discussion sur des thèmes aboutit nécessairement à des prises de position différenciées, qui sont

souvent difficilement conciliables.

En outre, nous avons évidemment une longue tradition de la discussion et

des interprétations théologiques diverses. La diversité est l’une des caractéristiques du protestantisme, et nous en sommes reconnaissants. Cela

nous rappelle que nous sommes en route et nous préserve aussi de l’illusion

d’une unanimité qui n’existe plus dans notre siècle. Cela provoque souvent

des incompréhensions dans le dialogue oecuménique. Quand nous défendons des

positions qui sont à l’opposé de la conception de nos frères catholiquesromains, nous sommes tout de suite soupçonnés d’anti-catholicisme.

APIC:Pour en venir aux défis actuels, quelles sont les perspectives qui se

présentent à la FEPS à la veille de l’an 2’000?

HeinrichRusterholz:Cette fête du 75e anniversaire permettra non seulement

de commémorer ce que nous avons été dans l’histoire, mais aussi d’esquisser

des perspectives concernant le futur non seulement de nos Eglises, mais

aussi de notre pays, du continent et du monde dans lequel nous vivons.

La question que nous devons désormais nous poser est celle-ci: quelle

Eglise allons-nous laisser à notre jeunesse, quel monde allons-nous léguer

aux générations futures? Quelles solutions pour les nombreux problèmes qui

assaillent le monde: les réfugiés, le fossé Nord-Sud, les disparités EstOuest, la croissance de la pauvreté et des inégalités sociales chez nous,

la société à deux vitesses…

Ce sont là des questions que les différentes Eglises ne peuvent résoudre

seules chacune de leur côté. Aujourd’hui déjà, dans le champ des préoccupations socio-éthiques, nous avons une très bonne collaboration entre l’Institut d’éthique sociale (IES) de la FEPS et la Commission «Justice et Paix»

de la Conférence des évêques.

Travailler à une histoire commune

Mais s’il est plus facile de s’entendre avec les partenaires oecuméniques sur les problèmes socio-éthiques que dans le domaine théologique, il

faut questionner notre théologie: pourquoi cela fonctionne-t-il au niveau

de notre engagement social, et plus quand il s’agirait de fonder théologiquement notre engagement? Nos motivations en matière de développement ou

de justice sociale seraient-elles si différentes?

On en revient aux réflexes hérités du passé de rupture entre les Eglises, depuis la Réforme et la Contre-Réforme jusqu’au Kulturkampf, qui ont

laissé des traces profondes dans notre façon de penser. Pour dépasser ces

blocages, il faudrait travailler à notre histoire commune. Dans ce sens, la

récente publication de l’histoire oecuménique des Eglises a vraiment apporté quelque chose.

Une des tâches futures de la FEPS et de la Conférence des évêques serait, en tant qu’institutions religieuses, de remettre à jour l’histoire du

siècle passé. Reconnaître qu’une partie de la population – pas seulement

des milieux catholiques romains d’ailleurs! – s’opposait à l’Etat fédéral.

Des fautes furent commises des deux côtés lors du Kulturkampf. A l’occasion

des 150 ans de l’Etat fédéral en 1998, les Eglises et les chrétiens – qui

ne sont pas forcés de partager les mêmes positions dans tous les domaines pourraient se mettre ensemble pour défendre certaines valeurs fondamentales

chrétiennes. Par exemple maintenir Dieu dans la Constitution fédérale, pour

garder un point d’ancrage et d’orientation!(apic/be)

Encadré

Une grande fête sur le thème «Vivre notre espérance»

1350 personnes – représentants des Eglises membres, Oeuvres et Mouvements,

délégations d’une trentaine d’Eglises protestantes d’Europe et du reste du

monde, des Eglises soeurs de Suisse – sont attendues le samedi 17 juin au

Casino à Berne pour la «Journée des Eglises». Cette grande fête, centrée

sur la multiplication des pains, débouchera sur un partage des pains et des

boissons apportées par les délégations. Les autorités fédérales y seront

représentées par le président de la Confédération Kaspar Villiger.

En fin d’après-midi, les participants pourront se joindre à la fête de

la Journée des Réfugiés, sur la Place fédérale, participer à des vêpres musicales de Bach au Münster, à une «Nuit culturelle des jeunes – Sound 95»

au Casino ou encore assister à un spectacle de la Compagnie de la Marelle,

au Foyer Calvin. La veille, au Bürenpark, la FEPS organisera une «Journée

des hôtes étrangers» à laquelle une soixantaine de délégués des Eglises

étrangères seront accueillis par des délégués des Eglises protestantes

suisses, les responsables de Terre Nouvelle et le Conseil de la FEPS.

Le dimanche 18 juin, un culte multilingue, centré sur le récit des pèlerins d’Emmaüs, sera célébré au Münster de Berne et retransmis en direct sur

les trois réseaux TV de Suisse (SF-DRS, TSR et TSI). (apic/be)

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