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Suisse: Le souvenir vivant du pasteur Dietrich Bonhoeffer (030495)

Pendu le 9 avril 1945 à cause de sa résistance au régime nazi

Maintenir l’esprit de résistance face à la dérive droitière

Zurich, 3avril(APIC) Il y a aujourd’hui 50 ans, le 9 avril 1945, moins

d’un mois avant la capitulation du Troisième Reich, le théologien protestant et résistant allemand Dietrich Bonhoeffer était pendu sur l’ordre de

Himmler au camp de concentration de Flossenbürg. Les nazis avaient reconnu

dans ce représentant de l’Eglise confessante en Allemagne un homme dont

l’être et le vouloir s’opposaient passionnément à leur désir de puissance.

Dans le cadre de l’anniversaire de sa mort, plusieurs cérémonies du souvenir remettent en mémoire ces jours-ci les écrits et les gestes de cet

homme et de ce chrétien qui a osé dire non à Hitler. Lors d’une session de

la «Paulus Akademie» qui s’est tenue vendredi et samedi dernier à Zurich,

Hans-Jochen Vogel, ancien leader du parti social-démocrate allemand (SPD),

a relevé qu’il ne suffit pas de rappeler la dimension spirituelle et la

force de caractère exceptionnnelle de cette figure de la résistance allemande: «Il faut tout faire pour qu’une telle tragédie ne répète pas!».

Pour Hans-Jochen Vogel, il est nécessaire de ne jamais oublier les crimes nazis, pour éviter que de tels drames ne se reproduisent. Le souvenir

est de plus une condition préalable à la réconciliation.

Appel au courage civique dans la vie de tous les jours

Les conséquences de cette époque doivent être tirées, a ajouté Hans-Jochen Vogel; la mémoire des résistants contre le nazisme montre qu’il fallait alors agir sans tenir compte des dangers et sans avoir aucune garantie

de succès. S’appuyant sur une constatation de Bonhoeffer, H.-J. Vogel a déclaré que ce qu’il nous faut avant tout aujourd’hui, c’est du courage civique dans la vie de tous les jours. Des réactions du genre:»on devrait faire quelque chose»… «l’Etat devrait agir», reportant toujours la responsabilité sur les autres, irritaient particulièrement Dietrich Bonhoeffer.

L’ancien ministre allemand de la Justice s’est dit préoccupé par la vague d’actes de violences d’extrême-droite qui se développe en Allemagne depuis le début des années 90. Attention à l’accoutumance, qui se répand déjà

en maints endroits, a-t-il averti. Hans-Jochen Vogel aussi mis en garde

contre une claire dérive à droite qui atteint jusqu’au spectre des partis

démocratiques. Et de souligner le danger d’une thèse qui se répand et qui

voudrait redonner à nouveau à la nation une dimension transcendentale. Les

protagonistes de cette thèse arguent de la baisse de la force transcendentale de la religion.

Un appel de plus en plus bruyant aux pouvoirs forts

La conseillère municipale zurichoise Ursula Koch, analysant des développements semblables en Suisse, a déclaré que le pays se trouve face à une

crise multiple et nombreux sont les gens qui cherchent des boucs émissaires. Aujourd’hui, on est également davantage prêt à régler les conflits de

manière violente. La sociale-démocrate Ursula Koch a enfin critiqué le dénigrement toujours plus fréquent des structures démocratiques et les appels

toujours plus bruyants en faveur de pouvoirs forts. Mais Dietrich Bonhoeffer a démontré de manière conséquente que la résistance doit et peut être

menée, a souligné la conseillère communale zurichoise, et «c’est aujourd’hui que ce combat doit être mené». (apic/xr/be/ba)

Encadré

Dietrich Bonhoeffer est né le 4 février 1906, à Breslau, en Silésie, dans

une famille nombreuse. Son père était professeur de psychiatrie à l’Université la ville. A 16 ans déjà, il avait choisi la carrière pastorale. Au

cours de ses études à Tübingen et à Berlin, il est fortement influencé par

la théologie de Karl Barth. Après avoir présenté en 1930 sa thèse sur

«l’Acte et l’Etre», il devient un an plus tard aumônier des étudiants à

l’Ecole polytechnique de Berlin. Il se rend ensuite à l’Eglise allemande de

Londres, espérant trouver sur terre britannique une atmosphère moins tendue. Mais Barth, qui séjournait alors à Bonn, lui fait comprendre que sa

place est en Allemagne.

A peine de retour, la Gestapo lui interdit de prêcher, de donner des

conférences et de pénétrer à Berlin. Il ouvre néanmoins un séminaire protestant clandestin à Finkenwalde près de Stettin (aujourd’hui en Pologne),

qui est fort fréquenté, jusqu’au moment où la Gestapo découvre l’institution et la fait fermer. En 1939, Bonhoeffer est envoyé par ses amis en Amérique où il fait une tournée de conférences, mais «conscient de sa lâcheté», il revient en Allemagne pour mener le dur combat avec ses frères dans

la foi.

Les trois dernières années de sa liberté, Bonhoeffer les a consacrées à

l’Eglise confessante d’Allemagne et à organiser la résistance. Au cours de

ces années tourmentées, il a rédigé ce qui constitue son «Ethik». En 1943,

il est arrêté sous de vagues inculpations. Dans la prison de Tegel, il rédige les lettres contenues dans «Résistance et soumission». Après l’attentat manqué contre Hitler (20 juillet 1944), il est envoyé au camp de concentration de Flossenbürg où il sera pendu huit mois plus tard.

Jusqu’à la fin, il n’a cessé d’encourager ses compagnons d’infortune.

Dans l’une de ses dernières lettres, il écrivait: «Ne te fais pas de souci

pour moi…mais n’oublie pas d’intercéder pour moi, mon existence passée

déborde des bontés de Dieu». (apic/rs/ff/ba)

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