L’ENCYCLIQUE DU PAPE: UN GRAND «OUI» A LA VIE OU «UNE INTERFERENCE

INADMISSIBLE » ENI-95-0079çF

Genève, le 31 mars (ENIçLuigi Sandri) – Des dizaines d’organisations

catholiques romaines italiennes ont manifesté leur soutien à l’encyclique

du pape Jean-Paul II sur la valeur et l’inviolabilité de la vie humaine,

l’Evangile de la vie (Evangelium vitae), la qualifiant de « prophétique et

de « courageuse ».

De nombreux commentateurs catholiques citent le cardinal Joseph Ratzinger,

préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui, en présentant

l’encyclique, a déclaré que le document papal était un grand « oui » à la

vie.

Parmi les rares critiques du monde catholique figure Giovanni Franzoni

(ancien moine bénédictin, et ancien abbé de la Basilique de

Saint-Paul-hors-les-Murs de Rome, aujourd’hui l’un des leaders des

communautés chrétiennes de base) qui dénonce la « prétention du pape d’être

unique interprète autorisé au monde de la ’loi naturellé ».

Du côté des Eglises non catholiques est venue une déclaration critique du

pasteur Domenico Tomasetto, président de la Fédération des Eglises

évangéliques en Italie. Le pasteur Tomasetto rappelle que les Eglises

protestantes italiennes ont défendu la loi civile sur l’avortement parce

que celle-ci est un « instrument pour éliminer la plaie de l’avortement

clandestin ». En conclusion, note-t-il, « L’encyclique nous para#t contenir

trop de loi et peu d’Evangile ».

Certains politiciens italiens ont accueilli avec enthousiasme la lettre du

pape, et l’ont saluée comme un « cri prophétique » pour la défense de la vie.

D’autres, ont contraire, la considèrent comme une « interférence »

inadmissible dans les lois de l’Etat.

Les partis politiques rattachés à l’alliance du centre-droite guidée par

l’ex-premier ministre Silvio Berlusconi, ont loué en général l’encyclique,

qui a été définie par Enrico La Loggia, chef des sénateurs de Forza Italia

(le parti de Berlusconi) comme « une rapsodie de la vie ».

Toutefois Marco Pannella, radical, allié de Berlusconi, a défendu le droit

du pape de soutenir des propres idées, mais pas son droit de « boycotter »

les lois de l’Etat.

Marco Pannella faisait référence à la loi italienne sur l’avortement, très

contestée par l’Eglise catholique et, à l’époque, par la Démocratie

chrétienne, et qui avait été confirmée par un référendum populaire en 1981.

Or, l’encyclique indique que les lois qui légalisent l’avortement (et

l’euthanasie) « sont dépourvues d’une authentique validité juridique ».

Ainsi, le secrétaire de la Conférence épiscopale italienne, Mgr Dionigi

Tettamanzi, en commentant l’encyclique, a déclaré qúil était temps de

« refaire la loi, hybride et injuste, sur l’avortement ».

Les partis de gauche, et en particulier le Parti démocratique de la gauche

(Pds), disent qúil faut réfléchir avec sagesse sur les problèmes soulevés

par le pape, mais en même temps, comme l’écrit aujourd’hui le quotidien du

Pds, L’Unita, trouvent « inquiétant et injuste » l’attaque du pape contre les

parlements qui légifèrent librement sur l’avortement. Même Tina Lagostena

Bassi, députée de Forza Italia, juge « inadmissible l’ingérence du pape »

dans les lois civiles.

Le théologien catholique suisse Hans K#ng a critiqué l’encyclique. « Ce

n’est pas un bon berger qui parle dans ce document, mais un dictateur

spirituel… Le pape veut abolir la liberté de conscience dans les

questions les plus intimes de la vie intime et même interdire aux

parlements démocratiquement élus de légiférer dans ces domaines », rapporte

la Tribune de Genève du 31 mars. A Londres, le cardinal Basil Hume,

responsable des catholiques romains d’Angleterre et du Pays de Galles, a

approuvé « à deux cents pour cent » le document du pape. (595 mots)

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