apic/Kivu/Appel religieuses
Sud-Kivu: La situation atteint un point critique
Dur réquisitoire des supérieures majeures (310595)
Bruxelles, 31mai(APIC/CIP) La situation dans la région des Grands Lacs:
Kivu (Zaïre, Rwanda et Burundi), atteint un point critique qui fait craindre le danger d’une guerre meurtrière et fratricide dans toute la région:
c’est le message adressé par l’Union des Supérieures Majeures du Sud-Kivu
aux Unions des religieuses d’Europe et d’Amérique. «Il y a urgence, écrivent-elles. Dans ce message daté du 24 mai, et dans lequel elles désignent
des responsables, parmi lesquels certaines organisations humanitaires, des
médias occidentaux et la communauté internationale.
L’appel, signé par onze supérieures de communautés religieuses, commence
par signaler quelques faits alarmants, et notamment la situation précaire
du million et demi de réfugiés du Kivu, mal nourris et mal soignés, et qui
craignent en outre les attaques meurtrières en provenance du Rwanda. «Nous
avons été témoins, et nous le sommes encore tous les jours, de la situation
misérable de beaucoup de réfugiés, surtout des femmes et des enfants. Dans
certains camps, le taux de mortalité devient insupportable et le degré de
malnutrition augmente notablement», écrivent les religieuses.
La population zaïroise, déjà en situation de détresse, n’est pas épargnée. Selon elles, des hommes, des femmes et des enfants ont été tués – en
territoire zaïrois – par des soldats de l’Armée Patriotique Rwandaise
(APR). Le 13 mai, celle-ci a pris en otage 14 femmes, certaines avec des
bébés de moins d’un an, en représailles contre l’emprisonnement de Tutsis
au Zaïre (d’après le Groupe Jérémie, 7 de ces femmes, détenues en un lieu
clandestin inconnu de la MINUAR, ont été refoulées vers le Zaïre parce
qu’elles étaient tombées malades, ainsi que leurs enfants, suite aux conditions de détention inhumaines; les autres sont toujours retenues).
Tiraillées et culpabilisées
Au Rwanda même, les exécutions sommaires, les arrestations arbitraires
et les massacres n’encouragent pas les réfugiés à rentrer. «L’aile dure au
pouvoir ne semble pas souhaiter ce retour, affirment les religieuses. Dans
les prisons, les conditions de détention n’ont rien à envier aux camps nazis… Le refus de dialogue de la part de certains responsables à Kigali,
l’accusation généralisée contre les réfugiés au Zaïre d’être «tueurs», ainsi que les menaces bloquent tout chemin de réconciliation».
Beaucoup de congrégations religieuses ont émigré, en partie au Zaïre, et
leurs jeunes en formation qui ont peur de rentrer au Rwanda sont tiraillées
«et parfois culpabilisées par certaines autorités religieuses du pays qui
réclament leur retour».
Pour les supérieures, ces situations risquent d’accroître l’escalade de
la violence: «violence à l’intérieur des camps pour assurer la survie, méfiance et violences possibles entre populations locales du Zaïre et réfugiés, vengeance contre les Tutsis zaïrois ou rwandais résidant au Zaïre,
inquiétude de nouvelles attaques contre les camps de réfugiés à partir du
Rwanda, inquiétude fondée sur les propos du vice-Président et ministre de
la Défense, Paul Kagame, affrontements frontaliers entre militaires zaïrois
et soldats de l’APR, augmentation du banditisme armé dans toute la région».
Responsabilités
Le message des supérieurs religieuses désigne les responsables de cette
situation. Au Zaïre, «la crise politique et sociale s’éternise et rend inopérantes les institutions publiques». Au Rwanda, «l’aile dure au pouvoir
emploie tous les moyens pour que les réfugiés ne rentrent pas ou végètent
dans les camps», notamment en refusant de laisser transiter les camions
d’aide humanitaire sur son territoire. Les femmes zaïroises qui avaient
l’habitude de faire du commerce avec le Rwanda se voient confisquer tous
les produits vivriers qu’elles achètent dans les localités frontières de
Gisenyi ou de Cyangugu; ces produits sont même jetés à la rivière par les
douaniers: «il est défendu de nourrir les tueurs».
Le message met aussi en cause certaines organisations humanitaires, les
médias occidentaux et la communauté internationale. Les premières «sont, de
toute évidence, influencées par les vues politiques des extrémistes au pouvoir à Kigali», car «dans le personnel de direction à l’échelon international se trouvent des personnes influentes directement impliquées dans le
conflit», qui «ne peuvent être à la fois juges et parties».
Les supérieures sont sévères également pour les médias de plusieurs pays
d’Europe et d’Amérique «également noyautés», ils «véhiculent les idéologies
politiques de ces pays». Selon ces religieuses, ces mêmes médias «propagent
des nouvelles tendancieuses, parfois complètement fausses, pour détourner
l’opinion publique des vrais enjeux de la crise».
Quant à la communauté internationale, elle «semble même d’accord d’affamer les populations pour les obliger à rentrer au pays, ce qui mettrait en
danger de mort beaucoup d’innocents». Les religieuses dénoncent «un délit
flagrant contre les droits de l’homme» et «un crime contre l’humanité»,
pour interroger: «Quel tribunal international jugera une telle politique?»
Les religieuses, pour qui la complicité de l’Ouganda et du Burundi «ne
fait pas de doute», avertissent que «les extrémistes hutus risquent de
n’avoir d’autre solution que celle de durcir leurs propres positions».
Appel à la solidarité
Le message se conclut par un appel à la solidarité. Solidarité dans la
prière et sous forme d’aide matérielle, mais aussi en promouvant et en diffusant «une information juste et objective».
Les supérieures du Zaïre signalent que Pax Christi International, Justice et Paix Europe, la CIDSE (Coopération internationale pour le développement socio-économique et Caritas Secours ont récemment pris l’initiative de
se rencontrer au sein de la Concertation Chrétienne pour l’Afrique Centrale
(CCAC), entre autres pour mettre sur pied, en collaboration avec ANB-BIA
(Bulletin d’Information Africaine), une cellule internationale de collecte
d’analyse et de rediffusion d’informations. Les signataires demandent aux
communautés religieuses d’y collaborer. (apic/cip/pr)
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