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APIC – Interview
Fribourg:Rencontre avec Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger
Les chrétiens d’Algérie, des hommes de la fraternité
Jacques Berset, Agence APIC
Fribourg, 28mai(APIC) «Notre projet de vie, dans une société presque entièrement musulmane, est d’exister comme des hommes de la fraternité». Mgr
Henri Teissier, archevêque d’Alger, définit ainsi le sens d’une présence
chrétienne très minoritaire en Algérie. De passage ce week end à Fribourg
pour les Journées de l’Ecole de la Foi, consacrées cette années au dialogue
islamo-chrétien, il décrit pour l’Agence APIC la vie quotidienne des quelque 27 millions d’Algériens désarmés face à la violence qui ensanglante le
pays et qui n’a pas épargné la petite communauté catholique.
«Le sens de notre présence, c’est de mettre en oeuvre cet appel à
l’amour du frère et du prochain, que nous trouvons dans l’Evangile, dans
une société où les chrétiens sont si peu, mais où nous avons tellement de
tâches à accomplir ensemble qui sont importantes pour l’homme».
APIC:Par votre présence, n’êtes-vous pas une sorte d’»Eglise-pont» entre
les deux côtés de la Méditerranée?
MgrTeissier:Nous avons beaucoup de relations avec les chrétiens d’Europe
occidentale – avec la France en particulier, – parce que la plupart des
chrétiens en Algérie viennent d’Europe. Nous sommes également en lien avec
les pays du Moyen-Orient, car nous avons avec eux cette situation commune
qui est de former l’Eglise à l’intérieur du monde arabe.
Mais nous sommes aussi en lien étroit avec l’Afrique noire, en raison de
la présence d’étudiants d’une vingtaine de pays africains. Aujourd’hui,
leur présence est d’autant plus visible que la plupart des autres étrangers
sont partis en raison de la violence. A la faveur du Synode africain, nous
avons développé encore davantage notre relation avec l’Afrique.
APIC:On explique souvent en Occident la violence qui frappe l’Algérie par
une longue histoire de corruption des gouvernements successifs…
MgrTeissier:Beaucoup d’autres pays de la région – que ne je citerai pas
pour éviter d’être déplaisant envers quiconque – ont connu et connaissent
la concussion. Il n’y a aucune raison de penser que les responsables de
l’Etat en Algérie aient été plus indélicats que les gouvernants d’autres
pays, qui ne connaissent pourtant pas le même phénomène de violence.
La spécificité algérienne vient de la lecture qu’on a donnée à certaines
personnes de leur identité religieuse: il s’agit pour ces gens, très minoritaires, de condamner à mort tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Il y
a dans la société algérienne quelques groupes armés qui s’opposent à tout
projet de collaboration entre hommes de références différentes, et qui veulent imposer leur idée par la force à tout le reste de la société. Cette
compréhension de l’identité religieuse n’est pas celle de l’immense majorité de la population musulmane. Nous constatons en effet que la grande partie de la population – qui est désarmée – résiste quotidiennement à cette
violence.
Une société de 27 millions d’habitants continue à résister
Tout le monde est visé: les journalistes, les écrivains, les instituteurs, les travailleurs, les femmes, les étrangers, et évidemment les forces de l’ordre… La grande erreur que l’on fait dans l’interprétation de
la situation, c’est de la réduire à la lutte entre les groupes armés et le
pouvoir. Mais il y a une société de 27 millions d’habitants qui continue à
exister, qui subit la violence, mais qui continue à vaquer à ses occupations quotidiennes. Elle est de toute façon désarmée, elle n’a pas le
choix: elle doit continuer à vivre, à faire des projets personnels et collectifs!
Ceux qui commettent les attentats prétendent représenter la majorité de
la population algérienne, mais quand ils ont dit aux élèves de ne pas aller
en classe à la rentrée scolaire, tout le monde est allé en classe. Sauf
dans les régions berbères où les gens ont boycotté les cours, mais pour une
autre raison, le motif identitaire. Ce qui prouve que dans les régions où
l’on voulait boycotter, on a pu le faire, mais là où les islamistes avaient
décrété l’interdiction, les gens ont désobéi à ces consignes, au prix de
leur vie! Des enseignants, des élèves, des parents ont été assassinés,
près de 800 écoles brûlées.
APIC:Si vous aviez un message à faire passer ici, en Occident, que diriezvous?
MgrTeissier:Je dirais que c’est une joie si profonde d’arriver à communiquer avec une autre histoire culturelle, une autre vision de la foi, un autre point de départ. Joie se retrouver d’abord en tant qu’homme, concerné
par son avenir, par la place de la femme dans la société, la place des jeunes, la signification de la structure familiale, le respect du pluralisme,
la défense des droits de l’homme, la promotion de la culture dans la diversité des identités…
Tout cela, dans notre réalité algérienne, n’a rien d’abstrait, mais
surgit des questions de tous les jours. Ce qui me lie profondément à ce
peuple, c’est la conviction qu’il y a une humanité commune: ils sont musulmans, moi je suis chrétien, mais nous avons tant de chose à réaliser en
commun pour que le monde soit meilleur. (apic/be)
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