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Fribourg:L’Ecole de la Foi à la rencontre du monde de l’islam (280595)
«C’est l’homme qui a créé les divisions»
Fribourg, 28mai(APIC) C’est par un appel à l’accueil de la richesse spirituelle des autres religions et à la collaboration dans tous les domaines
où cela est possible, que l’islamologue libanaise Noha Najjar a conclu samedi les Journées de l’Ecole de la Foi consacrées cette année à la découverte du monde musulman. L’Aula C de l’Université n’a pas désempli, preuve
de l’intérêt porté à une connaissance plus approfondie de l’islam et au
dialogue islamo-chrétien.
«Dieu a fait de l’humanité une fraternité universelle, c’est l’homme qui
a créé les divisions», affirme Soeur Noha, qui, à Beyrouth ou en France,
consacre tout son temps à la rencontre avec l’islam. Mais comment rapprocher des êtres séparés par leurs croyances? L’Ecole de la Foi à Fribourg
part de l’intuition que l’unité se bâtit par une meilleure connaissance de
la religion des autres.
Les conférences de Soeur Noha, ainsi que l’apport de Mgr Teissier, archevêque d’Alger, venu témoigner d’une présence chrétienne très minoritaire
dans un pays musulman déchiré par la violence, ont permis d’approcher la
foi des musulmans, mais également de mesurer la distance par rapport au
christianisme. Docteur en Sorbonne avec une thèse sur la mystique de l’islam, Soeur de la Charité de Besançon, Noha Najjar est sans cesse confrontée
en Occident avec cette question: «Vous parlez arabe, quand vous êtes-vous
donc convertie?» En effet, pour beaucoup, arabe équivaut à musulman et vice-versa.
Pourtant, la réalité est toute autre: sur le milliard de musulmans dans
le monde, seuls quelque 200 millions sont issus du monde arabe, au MoyenOrient et en Afrique du Nord. Rien que l’Indonésie, avec au moins 150 millions d’adeptes de la religion islamique, égale presque en nombre l’islam
purement arabe. L’Iran et l’Afghanistan (80), la Turquie (60), le Pakistan,
l’Inde et le Bangladesh (250), la Chine (25), l’ex-URSS (50), l’Afrique
noire (90) et une multitude d’autres pays démontrent à l’envi la diversité
ethnique et culturelle du monde musulman. «On ne peut plus assimiler l’islam à la culture arabe», insiste la religieuse libanaise.
On ne peut assimiler l’islam à la culture arabe
Outre le Coran, paroles de Dieu révélées à Mahomet, qu’il a mis 22 ans à
transmettre, l’islam connaît deux autres sources: la Sunna ou Hadith, qui
est un recueil des faits, gestes et dits du Prophète, et la shari’a, le
droit canon islamique qui repose sur les deux premiers textes et donne lieu
à quatre grandes traditions juridiques d’interprétation. 90% des musulmans
sont sunnites, (de «Sunna», la tradition), se considérant comme les détenteurs de l’orthodoxie islamique. Les chiites (partisans d’Ali, gendre et
cousin de Mahomet) sont divisés en plusieurs courants, majoritairement imamites (l’imam est leur chef spirituel et ils se trouvent surtout en Iran,
en Irak et au Liban), et ismaéliens (secte ésotérique dont sont issus notamment les druzes et les alaouites).
C’est à partir des différence d’interprétation de ces sources que sont
apparues les différentes écoles de pensées qui ont donné naissance aux divers types de régimes politiques des pays musulmans. Certaines nations, davantage marquées par le courant moderniste, ont décrété la séparation entre
la religion et l’Etat, comme en Turquie. Mais d’autres ont opté pour le
courant fondamentaliste, qui trouve notamment son origine dans le «wahhabisme», un courant né en Arabie Saoudite au XVIIIe siècle. Ce mouvement vise à restaurer un islam «pur». Les «Frères musulmans» ou la «Résistance islamique» trouvent leur fondement dans des penseurs du XXe siècle, comme
l’Egyptien Sayed Qutb, pendu en 1966. Ils surgissent comme forces d’opposition dans des nations dont le gouvernement respecte un certain pluralisme
religieux.
Au XIe siècle, fermeture de la recherche et de l’interprétation
Avant de parler de l’islam contemporain, Soeur Noha a rappelé combien
cette culture a marqué le Moyen-Age par ses apports scientifiques, philosophiques et artistiques. «La Faculté de médecine de Montpellier a utilisé
des manuscrits arabes jusqu’au XVe siècle!» Dès le XIe siècle, définissant
l’orthodoxie de l’islam, le calife de Bagdad allait provoquer la fermeture
de la porte de la recherche et de l’interprétation, l’»ijtihad». On allait
dès lors assister à une période de déclin qui allait figer la pensée. Depuis, la religion musulmane va se développer davantage dans les sociétés
commerçantes que dans le monde des chercheurs. La tentative de réveil amorcée au siècle dernier par des penseurs réformistes comme Al Afghani et Mohammed Abdo va provoquer des crispations qui vont engendrer les courants
intégristes. (apic/id/be)
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