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Pologne: Visite-marathon du pape dans son pays
Jean-Paul II s’inquiète d’une Pologne qui s’appauvrit (220595)
Skoczow/Bielsko, 22mai(APIC) Le pape Jean Paul II a mis lundi un terme à
son 64e voyage hors d’Italie par une visite-éclair en Pologne, dans trois
villes distantes d’une trentaine de kilomètres de la frontière tchèque. Le
pape s’est adressé à une Pologne qui s’appauvrit et se laïcise, et en particulier à des Polonais pour leur dire: «Soyez chrétiens et fiers de
l’être!»
«La Pologne a surtout un besoin urgent d’hommes de conscience»: c’est ce
qu’a déclaré Jean-Paul II dans l’homélie qu’il a prononcée lundi à Skoczow,
en Pologne, ville où naquit Jan Sarkander, qu’il avait canonisé la veille à
Olomouc (République Tchèque). Devant plus de 200’000 de ses compatriotes,
le pape a invité à «un sérieux examen de conscience» à un moment où «la
Pologne jette les bases de son existence libre et souveraine», tandis que
«des tendances visent à une laïcisation programmée de la société».
Lundi, le pape a quitté Olomouc pour se rendre dans les localités polonaises de Skoczow, Bielsko Biala et Zywiec, trois cités distantes de 30 à
40 kilomètres de la frontière tchèque. A Bielsko, le pape, très en forme et
souriant, était chez lui: «Mon père est né à Bielsko, mes parents ont habité dans cette région, et mon frère aîné a travaillé comme médecin à l’hôpital de Bielsko, où il est mort en soignant les malades», a-t-il expliqué.
Bielsko était la deuxième des trois étapes de la visite marathon du pape
dans sa patrie (une dizaine d’heures), qui a commencé à Skoczow par une
rencontre des communautés chrétiennes, une messe et un entretien avec le
président polonais Lech Walesa, suivi d’un second entretien avec le Premier
ministre, Jozef Oleski. A Zywiec, siège du diocèse de Bielsko-Zywiec et
dernière étape de sa visite, le pape a rencontré la population, avant de
repartir pour Ostrava, en Moravie et, de là, reprendre l’avion pour Rome.
Sur fond de malaise
Une fois la frontière passée, le contraste avec la Tchéquie était frappant: au contraire d’Olomouc, la ville de Bielsko était ornée de bannières
jaunes et blanches flottant sur les maisons et de photos du pape collées
aux fenêtres. Cependant, la musique diffusée dans les rues en ce jour de
fête ne parvenait guère à couvrir le malaise social qui règne en Pologne,
auquel le pape a fait allusion dans chacune de ses interventions: le taux
de chômage avoisine les 15%, l’inflation galopante devrait subir une hausse
de 26% cette année et le salaire mensuel moyen est de 250 dollars.
«Les problèmes sociaux et économiques ne manquent pas avec le chômage et
la progression de la pauvreté, qui touche douloureusement de nombreuses familles», a constaté le pape à Bielsko. Les statistiques confirment ce que
le pape a appelé des «plaies sociales»: deux tiers des familles polonaises
vivent dans la pauvreté. Une situation qui touche le pape: «Je voudrais
vous rappeler, a-t-il dit, que je suis proche de vous et que les problèmes
de ma patrie, je les considère comme les miens. Vos joies sont mes joies,
vos inquiétudes sont mes inquiétudes».
Anticléricalisme en hausse
Parmi ces inquiétudes, il y a aussi et avant tout pour le pape la place
de l’Eglise dans la construction de la nouvelle société polonaise. A ce
égard, la situation n’est guère brillante, comme en témoigne le blocage sur
lequel bute depuis deux ans le concordat censé réglé les relations entre
l’Eglise et l’Etat. Le Parlement, en majorité de tendance post-communiste,
n’en finit pas d’en freiner l’adoption, à la grande colère d’un président
Walesa impuissant, dont le mandat sera remis en jeu en octobre prochain.
«Un vrai scandale dans la terre natale du pape Wojtyla», lance l’ancien
syndicaliste, dont la côte de popularité continue à dégringoler. Autre sujet de préoccupation pour Jean-Paul II: la montée de l’anticléricalisme et
la sécularisation croissante de la société polonaise. Zbigniew Siemiatowski, bras droit de Kwasniewski, futur candidat ex-communiste aux prochaines élections présidentielles, ne se fait pas faute de le souligner: le
prestige de l’Eglise est en «chute libre» . Le pape a dénoncé cette tendance «à la discrimination et à la marginalisation des chrétiens dans la société», appelant ses compatriotes à «être fiers d’être chrétiens, car appartenir à l’Eglise ne signifie pas être des citoyens de seconde zone».
Un appel à la conscience
Jean-Paul II a proposé le recours à la «conscience» comme seule clé possible pour dénouer cette situation: «Aujourd’hui, a-t-il déclaré, tandis
que vous êtes en train de lutter pour trouver de nouvelles formes pour votre vie sociale et pour l’Etat, vous ne devez pas oublier que tout dépend
fondamentalement de l’homme et de sa conscience.» Le pape a posé la question: «Où allons-nous? Vers où se tournent les consciences?» Et de proposer «un poteau indicateur» sur «la route de la conscience des hommes»: «la
croix de Notre Seigneur Jésus-Christ».
La réflexion du pape était assortie d’une longue méditation sur «la
conscience, notre guide intérieur et juge de tous nos actes»: être «un homme de conscience signifie ne pas faire taire la voix intérieure», «être
exigeant avec soi-même», «se convertir sans relâche» et «assumer avec courage la responsabilité des affaires publiques», et donc «ne pas fermer les
yeux sur les misères, les nécessités du prochain, dans un esprit de solidarité évangélique».
Ce rappel pouvant être interprété comme une intrusion illégitime de
l’Eglise sur la scène politique, le pape a prévu l’objection en restituant
son appel à la conscience dans un cadre plus global: «Nous rappelons là le
rôle joué par l’Eglise, quand les temps sont difficiles, pour prendre la
défense des droits de la conscience, et pas seulement pour le compte des
croyants». Il a rappelé aussi à ce titre combien le vingtième siècle a été
une période où les consciences ont «subi particulièrement des violences» et
«des soumissions». Le pape s’est insurgé avec force contre cette tendance:
«L’histoire peut-elle aller contre les courants de la conscience? et à quel
prix? Ce prix correspond à de profondes blessures dans le tissu moral de la
nation…»
En conséquence, Jean-Paul II considére les difficultés actuelles des Polonais comme «un avertissement et une exhortation à la vigilance». Il a
ajouté: «La conscience des Polonais ne doit pas céder à la démoralisation.
Ils ne doivent pas se soumettre aux courants de la permissivité morale. Ils
doivent retrouver la liberté de l’Evangile et des commandements de Dieu,
afin de faire des choix».
Appel au dialogue interreligieux
C’est encore dans ce contexte que le pape a jeté un regard critique sur
l’époque où la société était dirigée par le principe «Cujus regio, cujus
religio» (tel prince, telle religion), au nom duquel «ceux qui régnaient
violaient les droits fondamentaux de la conscience, en imposant leur propre
conviction religieuse par une domination violente».
Jean-Paul II, qui a placé ce 64e voyage hors d’Italie sous le signe de
l’oecuménisme, a voulu montrer que cette époque des guerres de religion est
bel et bien révolue en rencontrant les chrétiens des autres confessions à
Skoczow, juste avant de dire la messe. Il a réaffirmé sa volonté de «tout
faire» pour que les chrétiens arrivent à l’an 2000 moins divisés à défaut
d’être unis. Il a rappelé que la Pologne est à cet égard un exemple historique, car ce pays fut «pionnier» du dialogue interreligieux dès 1645, par
un «colloque» organisé par le roi Ladislas IV. «L’idée de liberté de conscience, a-t-il ajouté, a mûri avec difficulté dans la conscience européenne. Il aura fallu beaucoup de victimes de part et d’autre pour que le droit
définitif de citoyenneté soit conquis». Mais le pape entend que ce droit
soit pleinement respecté pour les catholiques, «sans ces retours inquiétants à la discrimination qui font aujourd’hui beaucoup réfléchir».
On notait l’absence, lors de la rencontre des communautés chrétiennes à
Bielsko, du responsable national de l’Eglise luthérienne, l’évêque Jan Szavek, qui avait annoncé de longue date son indisponibilité. Si l’évêque local de cette Eglise, Pavel Anweiler, était bien présent, les luthériens polonais (80’000 fidèles, dont la moitié vivent dans cette région de Silésie), considéraient en outre qu’il s’agissait d’une visite privée du pape.
Il est certain aussi que la canonisation de Jan Sarkander n’était pas non
plus du goût des luthériens polonais, comme l’a indiqué Pavel Szavek: «Nous
désirons prier ensemble, a-t-il déclaré. Mais nous n’avons pas à intervenir
à propos de la canonisation de Jan Sarkander, c’est une affaire qui regarde
l’Eglise catholique… Nous pensons néanmoins qu’il n’est ni un modèle pour
l’oecuménisme, ni un saint, d’autant plus que l’Eglise évangélique rejette
la médiation des saints». (apic/jmg/pr)
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