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Rome: Message du pape 50 ans après la fin de la seconde guerre mondiale
Jean-Paul II invite à tirer les leçons de la guerre 39-45 (160595)
et à dire définitivement non à une « culture de la guerre »
Rome, 16mai(APIC) La leçon de la deuxième guerre mondiale n’a été ni
pleinement, ni partout reçue, alors qu’elle reste et doit rester comme un
avertissement pour le troisdième millénaire, estime le pape. Dans une lettre de 26 pages, présentée mardi au Vatican sous le titre « Message à l’occasion de la fin de la deuxième guerre mondiale en Europe », Jean Paul II
propose une méditation sur les conséquences de ce « tournant de l’humanité »
et en appel à « une culture de la paix ».
Dans ce texte, présenté par le cardinal Roger Etchegaray, président du
Conseil pontifical « Justice et Paix », et qui se veut aussi un retour sur le
passé – le pape parle d’un « devoir de mémoire »-, Jean Paul II lance également un appel pour le futur, adressé en particulier aux chrétiens d’Europe,
« qui doivent demander pardon », mais aussi à la communauté internationale,
qui « doit prévoir des organismes appropriés d’intervention en cas de crise,
afin d’amener toutes les parties à préférer la négociation à l’affrontement
violent ».
Auschwitz, « Golgotha du monde contemporain »
Le document s’ouvre sur une longue méditation sur les conséquences du
dernier conflit mondial qui, « en un sens », n’a pris fin « qu’en 1989 » pour
les peuples de l’Europe de l’Est, enfermés qu’ils furent, depuis mai 1945,
à l’intérieur de « frontières oppressantes ».
Autre conséquence relevée par le pape: dans ce conflit militaire, jamais
les populations civiles n’auront payé « un prix aussi élevé en morts ». Mais
le plus grave, dit-il, c’est « la diffusion de la culture de la guerre »
qu’occasionna le conflit.
Jean-Paul II fait référence ici « au cortège de mort, de haine et de violence », mais aussi « aux camps d’extermination infernaux » où des millions de
juifs, des centaines de milliers de tziganes et d’autres être humains trouvèrent la mort. Le pape s’arrête en outre sur ce « Golgotha du monde contemporain » que fut Auschwitz, « symbole dramatiquement éloquent des conséquences du totalitarisme », avec le souvenir plus particulier de « trois pierres »
où les noms des victimes sont inscrites en langue hébraïque, en langue russe et en langue polonaise, devant lesquelles il s’agenouilla lors de sa visite au camp en 1979.
Un glissement dangereux
« On ne se rendit pas compte que lorsqu’on en vient à piétiner la liberté, on pose les prémisses d’un glissement dangereux dans la violence et
dans la haine, fondements d’une culture de la guerre », écrit le pape en
concluant cette première partie consacrée aux conséquences de la guerre.
Jean-Paul II établit immédiatement les corollaires de cette culture de
la guerre: « l’affirmation du mythe de l’homme supérieur », « l’application de
politiques racistes ou antisémites », « le mépris de la vie pour ceux qui
étaient considérés comme inutiles parce que malades ou asociaux », « la persécution religieuse ou la discrimination politique », « le contrôle policier
et le conditionnement psychologique ».
Demander pardon
Cette leçon du passé, le pape la transforme en un « avertissement pour le
prochain millénaire » parce qu’il estime que la leçon n’a pas encore porté
sur ses contemporains. Et pour que ce message passe dans les consciences,
il appelle les chrétiens à « écouter le cri des victimes » qui dénoncent « les
idéologies qui conduisirent à cette catastrophe » et à « méditer sur nos responsabilités, en demandant pardon et en pardonnant ». Jean-Paul II invite
ici les chrétiens d’Europe à « demander pardon, tout en reconnaissant que
les responsabilités dans la construction de la machine de guerre furent
différentes ».
Interrogé par la presse pour éclairer ce passage sur le pardon (« est-ce
une responsabilité collective des chrétiens? »), le cardinal Etchegaray a
rappelé que deux épiscopats, ceux d’Allemagne et de Pologne, ont produit
récemment des textes « où l’on a osé parler de responsabilité collective »
(dans le texte allemand) et où, « pour la première fois, malgré le climat
gouvernemental et l’opinion polonaise, catholique malgré tout », l’épiscopat
polonais a été jusqu’à reconnaître qu’Auschwitz a été le symbole de l’extermination du peuple juif.
Une arme redoutable: la propagande
Jean-Paul II énonce ensuite une constatation qui, au fil des ans, ne
cesse de se confirmer davantage, et qu’il avait déjà dénoncée lors de la
guerre dans le Golfe: « les problèmes ne se résolvent pas par les armes »,
mais par la négociation. Pour le pape, la victoire par les armes, comme à
Hiroshima ou à Nagasaki, est « à tout bien considérer une défaite pour les
vainqueurs comme pour les vaincus ».
Le pape dénonce également une arme dont on parle peu mais qui n’en est
pas moins « un instrument de guerre meurtrier: la propagande ». Typique des
régimes totalitaires, elle consiste à « anéantir moralement, par le dénigrement, les fausses accusations, l’orientation de l’opinion publique vers
l’intolérance la plus irrationnelle, à travers les formes d’endoctrinement,
spécialement à l’intention des jeunes ».
Dernière dénonciation de Jean-Paul II: l’indifférence et la résignation
devant la guerre. « L’opinion publique, touchée par les images terribles qui
entrent chaque jour dans les maisons par l’intermédiaire de la télévision,
réagit avec émotion, mais finit par s’habituer trop rapidement et presque
par accepter ces événements comme inéluctables ». Or, s’insurge-t-il, « on ne
peut pas, on ne doit pas céder à la logique des armes! »
Le rôle de l’ONU
Le pape appelle ensuite les chrétiens à prier pour la paix, entre eux
mais aussi avec d’autres religions, comme il le fit lui-même à Assise, car
il est nécessaire de « libérer ces énergies spirituelles avec une vigueur et
une détermination renouvelées ».
Sur un plan plus politique, Jean-Paul II demande que l’on donne à l’ONU
« les moyens dont elle a besoin pour poursuivre efficacement sa mission ».
Commentaire du cardinal Etchegaray: Jean-Paul II « croit beaucoup en la négociation » et, bien que « le système de l’ONU ait été critiqué, non sans
raison, le pape pense que ce système doit être perfectionné, notamment en
vue de la prévention des conflits ».
Dans cette ligne, Jean-Paul II propose que soient créés « des instruments
efficaces pour le contrôle du marché international des armes » et que l’on
prévoie en même temps des organismes appropriés d’intervention en cas de
crise, afin d’amener toutes les parties à préférer la négociation à
l’affrontement violent. En disant cela, il regrette en particulier que
certains « préparent la guerre tant par l’instauration d’une culture de
haine que par la diffusion d’armes de guerre sophistiquées ».
Aux jeunes: soyez vigilants
La conclusion du message de Jean-Paul II s’adresse « aux jeunes de l’an
2000″. Le pape les appelle à être « très vigilants face à la culture de la
haine et de la mort qui se manifeste. Rejetez les idéologies bornées et
violentes; rejetez toute forme de nationalisme exacerbé et d’intolérance;
c’est par là que s’insinue insensiblement la tentation de la violence et de
la guerre! »
Une guerre qui est encore « partout dans le monde », a constaté le cardinal Etchegaray devant la presse, et dont on ne sait « si c’est la deuxième
guerre mondiale qui se poursuit ou si c’est la troisième qui est commencée.
Oui, nous sommes en guerre, et il faut en prendre conscience, car rien
n’est pire que de s’habituer à la guerre », a-t-il déclaré.
Le 11 juin prochain, Jean-Paul II célébrera à Saint-Pierre en présence
de tout le corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, une messe pour
« toutes les victimes » de la deuxième guerre mondiale et pour la paix dans
le monde. (apic/jmg/pr)
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