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Rome: Jean Paul II fête le 18 mai son 75e anniversaire (120595)
« Il n’y a pas de place pour un pape émérite »
Rome, 11mai(APIC) Le pape Jean-Paul II, évêque de Rome, fêtera le 18 mai
prochain son 75e anniversaire. Un âge auquel les évêques sont tenus de présenter leur démission… en vertu du droit canonique. Mais pas le pape, désigné pour remplir sa tâche à vie. A Rome, la question de la démission du
pape « ne se pose donc pas ». Ou plutôt, elle « ne se pose plus ».
Elle « ne se pose plus », même si certains se la posaient il y a six mois
encore, c’est-à-dire avant que le pape n’accomplisse sa visite pastorale en
Asie, en janvier 1995. Avant ce voyage, considéré par beaucoup comme un
« test », une ambiance « fin de règne » s’était emparée du Vatican.
En septembre 1994, l’annulation du voyage du pape prévu aux Etats-Unis
un mois plus tard avait semé le doute quant aux capacités de Jean-Paul II
de se relever de la dernière opération qu’il avait subie au col du fémur le
29 avril 1994. A l’époque, son médecin rapporta l’impatience de Jean-Paul
II devant la lenteur de la rééducation: « Nous n’avons pas le choix, vous
devez me guérir. Il n’y a pas de place pour un pape émérite », lui avait-il
dit.
A l’automne, le pape se déplaçait toujours avec beaucoup de difficulté.
Plusieurs fois, lors des audiences, il étai apparu fatigué, le souffle
court et la voix plutôt faible. Sa présence à toutes les séances du Synode
sur la vie consacrée, en octobre, n’avait pas convaincu les plus sceptiques. Ils voyaient un pape allant déclinant, déclenchant par là une série
de rumeurs pessimistes sur son état de santé et les pronostics romains habituels sur le « prochain » pape.
En janvier 1995 le voyage en Asie, le plus long du pontificat de JeanPaul II, fut même à deux doigts d’être annulé, ou simplifié, à la suite de
pressions de son entourage. Plusieurs sources le confirment: c’est JeanPaul II qui, envers et contre tous, décida de partir.
Puis ce fut, de l’avis de nombreux observateurs, un véritable retournement. Jean-Paul II passait avec succès le test invisible que beaucoup lui
tendait. Le voyage en Asie marquait un nouveau départ, ou la « vraie reprise » de Jean-Paul II, selon certains, depuis l’opération chirurgicale du
printemps 1994.
Le pape n’a pas de supérieur
A une année de distance et à la veille du 75e anniversaire de Jean-Paul
II, la question de sa démission revient néanmoins dans les esprits, mais
sous une autre forme. Certains se demandent en effet pourquoi la règle imposée aux évêques et aux cardinaux, de présenter leur démission le jour de
leur 75 ans, ne s’applique pas au pape lui-même.
Interrogés à ce sujet, plusieurs personnalités romaines de haut rang
commencent toutes par répondre que la question « ne se pose pas pour le pape, dont la nature de la charge est d’un ordre différent ». L’une d’elles
rapporte même une conversation de Jean-Paul II avec un évêque âgé à propos
de la démission qu’il demandait. Le pape observa: « quant à moi, je n’ai pas
de supérieur… »
Enfin, les témoins, ceux qui le côtoient vraiment régulièrement pour des
réunions de travail, remarquent tous que si « son âge se lit sur son visage
et sa démarche », Jean-Paul II « a toute sa tête, toujours la même connaissance précise des dossiers, et surtout, il déborde de projets. » Une impression que confirment les observateurs les plus expérimentés du Vatican, qui
ne voient pas comment « sauf accident particulier », le pape pourrait mettre
un terme à son pontificat.
Un agenda bien rempli
Un doute subsiste néanmoins. Beaucoup se souviennent d’une allusion rapportée dans un livre de l’historien français Jean Chelini paru en 1985, intitulée « La vie quotidienne au Vatican sous Jean-Paul II ». L’auteur, professeur à l’Université d’Aix-en-Provence, avance sur la base d’une conversation avec feu le cardinal Jacques Martin, alors préfet de la Maison Pontificale (qu’il ne cite pas), que le pape pourrait décider de se retirer à
soixante quinze ans, pour une année sabbatique, nourrie de sport, avant de
s’enfermer dans un carmel pour mener une vie contemplative.
De fait, un précédent s’est produit dans l’histoire, en 1294. Le pape
Célestin V, élu depuis six mois seulement, démissionna parce qu’il était
écrasé par le poids de la charge et par les pressions politiques, pour mener une vie mystique.
Mais, l’affirmation de Jean Chélini qui suscita bien des commentaires, a
été finalement démentie à plusieurs reprises par le Cardinal Martin luimême sans pour autant cesser de courir. Et aujourd’hui, à quelques jours
des 75 ans de Jean-Paul II, rien n’indique qu’un tel scénario puisse se
produire, insiste un haut responsable du Vatican, qui déroule le calendrier
de l’année en cours et des cinq années à venir.
De fait, d’ici le 30 juin, le pape programme la publication d’une nouvelle encyclique sur l’oecuménisme, trois courts voyages à l’étranger, en
République Tchèque et Pologne, en Belgique et en Slovaquie. Après les vacances viendra, en septembre, un voyage en Afrique que Jean-Paul II va parcourir, de pied en cap, avec quatre pays visités, dont la Tunisie et
l’Afrique de Sud. En novembre, il se remettra en route pour les Etats-Unies, à l’occasion du cinquantième anniversaire des Nations Unies. « 1995
devrait être pour Jean-Paul II l’année des cinq continents », conclut le
porte-parole du Vatican, Joachim Navarro Valls.
Pape du troisième millénaire
La canne désormais célèbre du pontife romain ne semble donc plus s’opposer aux desseins de ce pape voyageur et écrivain. C’est en prenant appui
sur son pommeau d’argent que Jean-Paul II a médité récemment sur l’an 2000,
à Trente, en Italie, devant un groupe de jeunes. « Vous appartenez déjà tous
au troisième millénaire, quant à moi, je ne sais pas; peut-être, nous verrons », leur a-t-il lancé avec son air narquois, qui suscita une réponse positive et enthousiaste de la part des jeunes. « Longue vie au pape », ont-ils
crié. Et lui de répondre: « longue vie! longue comment? combien d’années encore? »
« L’an 2000 », la date ou son symbole, tient une grande place dans
l’esprit de Jean-Paul II depuis le début du Pontificat, et de plus en plus
semble-t-il. Il n’est plus un discours ou une homélie où l’appel du pape à
la préparation du Jubilé de l’an 2000 ne figure pas en première ligne. Sera-t-il le pape qui présidera les cérémonies du 2000e anniversaire de la
venue du Christ sur terre? Nul ne le sait. Jean-Paul II a simplement révélé
le 29 mai 1994 une prémonition du Cardinal Wyszynski qui lui dit, le jour
de son élection en 1978: « Si le Seigneur t’a appelé, tu conduiras l’Eglise
dans le troisième millénaire ». Commentaire de Jean-Paul II: « J’ai alors
compris ce que je devais faire ». (apic/jmg/pr)
ENCADRE
Le 263e successeur de saint Pierre est né le 18 mai 1920 à Wadowice,
dans le diocèse de Cracovie, en Pologne. Elu pape le 16 octobre 1978, Jean
Paul II a publié à ce jour 11 encycliques et de multiples lettres pastorales. Le 20 mai prochain, le pape se rendra en Tchéquie. Ce sera alors son
64e voyage à l’étranger.
Son style particulier et ses initiatives parfois spectaculaires apparaissent souvent en contradiction avec la rigidité sur les questions théologiques et morales, que certains ont encore dénoncé à propos de sa récente
encyclique « L’Evangile de la vie ». Jean Paul II, qui écrivait, dans sa première encyclique, en 1979, « l’homme est le chemin de l’Eglise », semble de
plus en plus marqué par la vision de la lutte entre la « culture de la vie »
et la « culture de la mort ». Ses appels au primat de l’éthique sur la technique, de la personne sur les choses, de l’esprit sur la matière résonnent
inlassablement.
Si les relations oecuméniques sont, aux yeux de certains, au point mort,
Jean Paul II n’a pas manqué de lancer, dans ce domaine aussi, des initiatives remarquées: visite de la synagogue de Rome, rencontre des religions à
Assise, récente lettre sur les Eglises orientales, et surtout, le rapprochement opéré avec l’Etat d’Israël, ponctué en 1993 par l’établissement de
relations diplomatiques entre le Saint-Siège et l’Etat hébreux.
La seconde encyclique de l’année, précisément consacrée à l’oecuménisme,
paraîtra du reste prochainement, quasiment conjointement avec la venue, à
Rome, du patriarche oecuménique Bartholomée Ier. (apic/cic/pr)
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