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Fribourg: 20e Journée de l’Europe à l’Université de Fribourg (110595)
Le cinéaste polonais Krzysztof Zanussi ne désespère pas de l’Europe
Fribourg, 11mai(APIC) Pour sa 20e journée de l’Europe, l’Université de
Fribourg a invité mercredi le cinéaste Krzysztof Zanussi. Le metteur en
scène polonais a plaidé pour une Europe qui respire par ses deux poumons:
celui de l’Occident latin et celui de l’Orient byzantin. Ces deux mondes ne
sont pas antagonistes, mais complémentaires et doivent s’allier pour bâtir
une nouvelle Europe basée sur ses racines chrétiennes.
Issu d’une Pologne culturellement occidentale, géographiquement centrale
et politiquement à l’Est, Zanussi est un témoin privilégié de la rencontre
entre deux mondes trop longtemps artificiellement séparés par des frontières politiques. L’Europe centrale, rattachée géopolitiquement pendant 40
ans à l’Est, appartient indéniablement au monde occidental, souligne Zanussi. C’est presque lui faire injure que de parler globalement d’Europe de
l’Est, ce qui n’enlève rien à l’admiration que porte le cinéaste polonais à
la culture byzantine.
Pour Zanussi, ce qui différencie essentiellement la culture latine de la
culture byzantine est le rapport entre l’esprit et la matière. Erasme de
Rotterdam disait déjà que l’Occidental est persuadé que tout dépend de lui
alors que l’Oriental se demande si quelque chose dépend de lui. La traditionnelle distinction entre un Occident pragmatique et un Orient sentimental est trop simpliste. Le mépris de la matière et l’admiration de l’esprit
sont des valeurs que l’Est peut apporter aujourd’hui à un Ouest étouffé
dans la consommation. Le goût du rêve, l’aspiration à le réaliser sont de
leur côté deux apports que l’Occident peut offrir à un monde qui en a été
totalement privé sous le régime soviétique.
Paradoxalament aujourd’hui, les ponts entre les deux mondes sont
matérialisés par l’Amérique, « émanation de la veille Europe », à travers son
cinéma, sa télévision, ses romans ou ses hamburgers. Pour résister à cette
mondialisation, à cette massification de la culture, l’Europe doit
retrouver les voies du dialogue et de l’enrichissement mutuel. Qu’on se
souvienne simplement des courants d’échanges du siècle dernier.
Et Zanussi de raconter son humiliation de voir des milliers de Polonais
se précipiter à l’Ouest pour marchander leur derniers biens contre quelques
Deutschmark. L’Europe n’est plus si sûre d’elle-même. Sa situation démographique, économique, politique et intellectuelle est devenue précaire, souligne Zanussi. D’où la nécessité de l’ouverture vers une identité plus large et plus dynamique centrée sur les racines communes du christianisme,
principe que défend le pape Jean Paul II. C’est-à-dire trouver une voie
moyenne qui respecte la dimension du mystère contre un rationalisme trop
orgueilleux. Les citoyens des divers Etats européens doivent penser non à
ce qu’ils peuvent perdre, mais à ce qu’ils peuvent gagner, conclut le cinéaste polonais. (apic/mp)
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