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Argentine: Elections présidentielles sur fond de crise (090595)

Le bilan critique du Père Ramondetti, prêtre-ouvrier argentin

Buenos Aires, 9mai(APIC) Quelques jours avant les élections présidentielles du 14 mai, qui désigneront le nouveau gouvernement du pays, un climat

politique dominé par de profondes interrogations sur l’avenir continue de

prévaloir en Argentine. C’est ce que signale dans une interview accordée à

l’Agence oecuménique ENI le religieux catholique Miguel Ramondetti, co-fondateur en 1968 du «Mouvement des prêtres pour le tiers monde», un des courants d’opinion les plus avancés de l’Eglise catholique latino-américaine.

M. Ramondetti, qui a exercé la fonction de secrétaire général du Mouvement entre 1968 et 1973 après avoir été ordonné prêtre à Rome en 1950, figure parmi ceux qui ont mis en oeuvre dans ce pays l’initiative des «prêtres-ouvriers». Ceux-ci ont mis au premier plan le travail dans les fabriques et les quartiers, selon le concept d’une «pastorale populaire» de ligne «tiers-mondiste».

Menacé par des groupes paramilitaires, après huit ans de ministère dans

la province de Corrientes, M. Ramondetti a pris le chemin de l’exil. Il a

vécu en France et au Mexique et a collaboré, de 1980 à 1985, au processus

de reconstruction entrepris au Nicaragua après le la victoire du sandiniste

sur la dictature somoziste.

Sa pratique étendue du service alimente un témoignage-clé pour comprendre la dynamique actuelle au sud du continent latino-américain, de l’Eglise

catholique et de sa direction.

«Dans leur majorité, les évêques catholiques argentins continuent d’être

’officialistes’ avec les divers gouvernements. Seules, quelques exceptions

– comme Mgr Hesayne, évêque de Rio Negro – échappent à la règle de la complicité», souligne M. Ramondetti.

Une connivence ambarrassante

Ces jours-ci poursuit-il, nous apprenons les scandales permanents de la

’connivencé généralisée que les évêques ont maintenue avec la dictature de

1976 à 1983. «Les évidences des multiples complicités avec les responsables

de la répression durant cette époque atroce sont apparues au grand jour».

Divers organismes de défense des droits de la personne – nationaux et

internationaux, estiment que 30’000 personnes ont disparu durant les sept

ans de gouvernement militaire. Des milliers d’opposants ont été détenus, un

nombre équivalent sont partis en exil. La torture et l’assassinat systématiques pour éliminer les «détenus-disparus» ont été récemment reconnues par

divers militaires et policiers qui y ont participé.

Une fois de plus, insiste M. Ramondetti, on voit actuellement «des attitudes pharisiennes. Le nonce apostolique de cette époque vient de déclarer

à Rome qu’on ne savait pas alors ce qui se passait réellement dans le pays.

Et la majorité des évêques actuels adhère à ces déclarations».

Au niveau de la base catholique, poursuit-il, «les croyants ne se différencient pas trop par rapport à ces attitudes». Il existe des petits groupes très militants qui défendent des positions lucides et avancées sur le

plan politique, qui, selon le religieux, ne correspondent pas toujours à

leurs positions dans les sphères de l’Eglise.

En dehors de l’Eglise et face au prochain affrontement électoral, Miguel

Ramondetti risque deux hypothèses préliminaires. D’une part, «l’échec du

modèle néo-libéral que prétend imposer de façon rigide l’actuel gouvernement de Carlos Menem et qui se montre chaque jour plus impuissant face aux

grandes interrogations de la société». D’autre part, l’erreur de la principale force d’opposition, le «Front pour un pays solidaire» (FREPASO), qui

«aspire à gouverner dans un bref délai».

Pour un changement de modèle économique

Le véritable pouvoir, poursuit le père Ramondetti, «ne réside pas dans

cette dimension politique, qui brigue la conquête du gouvernement maintenant; il passe par l’accumulation d’une force populaire qui soit capable de

s’affronter aux grands groupes économiques détenteurs du contrôle politique».

Lors d’une visite en Suisse, Fernando Solanas, cinéaste et candidat du

parti d’opposition – «Corriente grande» – à la présidence, soulignait les

énormes difficultés que traversent actuellement les secteurs populaires

dans son pays, où «on reconnaît un chômage total de 13%, auquel il faut

ajouter un chômage partiel qui oscille entre 15 et 20%, et qui peut s’élever jusqu’à 50% dans certaines provinces de l’intérieur».

Le produit intérieur brut (PIB) de l’Argentine (34 millions d’habitants), l’un des plus élevés du Tiers-Monde, atteint 240 milliards de dollars… «Encore que le 80% du PIB reste aux mains des grands propriétaires

et des entreprises», expliquait-il.

Les voix les plus critiques à l’extérieur et à l’intérieur des Eglises

plaident en faveur d’un modèle économique plus équitable, d’un renforcement

de la démocratie et d’un respect intégral des droits de la personne – ce

qui signifie aujourd’hui la clarté totale sur les crimes commis durant la

dictature militaire, conclut M. Ramondetti. (apic/eni/pr)

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