Migration: Au Maroc, le pape fustige l'indifférence

Il ne faut pas se laisser «conditionner» par «les peurs et l’ignorance» face aux migrations, a exhorté le pape François le 30 mars 2019 alors qu’il visitait un centre d’accueil pour migrants de Rabat, géré par la branche locale de la Caritas.

En conclusion de sa première journée au Maroc, le pontife a tenu à visiter un des centres d’accueil pour migrants, afin d’aller à leur rencontre et de ceux engagés à leurs côtés. Pays hôte de la conférence de signature des pactes mondiaux pour des migrants sûres, le Maroc se trouve en effet sur le passage des principales routes migratoires depuis l’Afrique subsaharienne jusqu’à l’Europe. Quelque 80.000 migrants se trouveraient ainsi dans ce pays, dont environ 4.000 sont accompagnés par la Caritas locale.

«Une grande et grave blessure (…) qui crie vers le ciel». C’est ainsi que le chef de l’Eglise catholique a défini le drame des migrations dès l’ouverture de son discours, prononcé en italien et traduit en français. Face à celui-ci, c’est le «visage» de la société qui est en jeu et la «valeur de toute vie». Pour le Souverain pontife en effet, le «progrès» d’un peuple ne se mesure pas seulement sur le plan économique, mais par sa «capacité à se laisser remuer et toucher par celui qui frappe à la porte». Sans compassion, a-t-il asséné, une société est «sans cœur…une mère stérile».

«Personne ne peut être indifférent» devant la «souffrance» des migrants, a repris l’évêque de Rome. Et s’il n’est «pas du tout» facile ni d’arriver dans une nouvelle culture ni d’accueillir, il ne faut «pas se laisser conditionner par la peur et l’ignorance». Au contraire, il faut répondre avec «générosité, rapidité, sagesse et clairvoyance», selon ses «possibilités». Pour le pape, l’attitude à avoir tient en quatre mots : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. L’objectif est ainsi de créer des «alliances» pour établir des espaces favorisant la dignité des migrant s. Et avant toute chose dans leur propre pays, pour éviter toute contrainte à la migration. En cela, les migrants sont eux-mêmes les «premiers protagonistes».

Exigence

Il est avant tout nécessaire, a considéré le successeur de Pierre, de «ne pas accorder de nouveaux espaces aux ›marchands de chair humaine’ qui spéculent sur les rêves» des migrants. Ainsi, a-t-il plaidé, ne peuvent être «acceptées» les expulsions collectives qui empêchent le cas par cas et viennent nourrir ces réseaux. A l’inverse, le chef de l’Eglise catholique a encouragé les «parcours de régularisation extraordinaires», en particulier pour les familles et les mineurs.

S’il est exigeant envers les communautés d’accueil qui doivent éviter toute «discrimination» et tout «sentiment xénophobe», le pape François l’est aussi envers les migrants. Ceux-ci doivent apprendre la langue et à respecter les personnes, les lois et la culture du pays hôte. En ce sens, a-t-il indiqué, la «responsabilisation» positive des migrants doit être encouragée.

Le centre visité par le successeur de Pierre prend en charge des migrants de différents pays africains, dont le Cameroun, le Nigéria, la Guinée-Konakry ou encore le Sénégal. La plupart d’entre-eux ne veulent pas rester au Maroc et désirent poursuivre vers l’Europe. L’un des migrants, originaire du Cameroun mais quant à lui installé dans le royaume chérifien, a témoigné devant le pape de son «périple» et de sa «vie clandestine» avant son arrivée au Maroc.

Par ailleurs et de façon significative, cette rencontre a été diffusé par la télévision vaticane mais pas par celle marocaine. Après cette rencontre avec les migrants, le pontife doit se diriger vers la nonciature apostolique à Rabat où il passera la nuit. (cath.ch/imedia/xln/pp)

Pierre Pistoletti

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