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APIC – DOSSIER
Par Pierre Rottet, de l’Agence APIC
Vénézuela: Le narco-dollar se lave même dans la tasse de café
Les «Socios» du système «Max Havelaar» font face et réagissent (280695)
Caracas/Fribourg, 27juin(APIC) Le narco-dollar se lave même dans la tasse de café. Au Vénézuela du moins, les trafiquants de drogue n’hésitent pas
à blanchir le billet vert en achetant le café. Quitte à mettre en péril
l’équilibre d’un marché durement acquis pour les petits producteurs grâce
au réseau Max Havelaar.
De passage en Suisse après avoir participé à l’Assemblée générale des
producteurs de café groupés sous l’étiquette «Max Havelaar», tenue en juin
à Copenhague, Hugo et José, deux «socios cafeteros» du Vénézuela, ainsi que
le Père Alberto, un jésuite d’origine basque, témoignent. Et racontent
pourquoi ils ont opté pour l’alternative «Havelaar», avec quelque 8’000 autres petits producteurs vénézueliens, qu’ils représentaient à Copenhague.
Le prix du café a fait un bond à la hausse en 1994, à la suite de la récolte catastrophique enregistrée au Brésil, le «mammouth» de la production
mondiale en matière de café. Dans le sillage de cette hausse, les intermédiaires de tout poil ont fait leur réapparition. Les «coyotes», ainsi appelés au Vénézuela par les petits producteurs, écument le marché, les poches
pleines de billets verts, prêts à prodiguer une générosité suspecte, en
payant cash les sacs de café.
«Une manière de blanchir l’argent du narco-trafic, mais aussi et surtout
une volonté délibérée de détruire les structures patiemment mises en place
par le système Havelaar en faveur des cafeteros locaux», affirme le Père
Alberto.
Le danger est réel. Et l’Assemblée de Copenhague a décidé d’y faire face. Les producteurs travaillant sous le label Havelaar se verront dès cette
année remettre à la commande le 60% de la somme en argent sonnant et trébuchant. Le reste devant être versé à la réception des sacs de café. Une
aubaine pour les petits producteurs vénézueliens, qui pourront appréhender
la récolte d’octobre sous un jour nouveau.
Le chant des sirènes
«Nous ne devrons plus passer par une banque pour obtenir le prêt nécessaire aux menus achats inhérents à notre travail», explique José, qui, avec
une trentaine d’autres «socios», s’est spécialisé dans la production d’un
café écologique. «L’intérêt bancaire est de 40% au Vénézuela. Et dire qu’il
s’agit là d’un taux préférentiel agricole… On voudrait tuer l’agriculture
qu’on ne procéderait pas autrement», s’insurge celui qui, depuis 18 ans, a
choisi d’être le guide spirituel des cafeteros.
Le grain de sable placé par les «coyotes» pour enrayer la machine du système «Havelaar» au Vénézuela, est d’autant plus dangereux qu’il tente de
brouiller les cartes et de semer la zizanie, en payant au prix fort un produit qui, il n’y a pas si longtemps, se côtait à 60 cents la livre américaine (453 gr), c’est-à-dire à la moitié du prix assuré par Havelaar, soit
1,26 dollar la livre. «Il n’y a aucun doute la-dessus, le prix du café chutera à nouveau, avec le retour en force, cette année déjà, du café du Brésil. Et que feront alors les petits producteurs, qui verront leurs structures ruinées pour avoir cédé au chant des sirènes? s’interroge le Père Alberto.
Un avenir confiant
Certains petits producteurs risquent fort d’être encore plus dépendants
qu’avant des intermédiaires, qui feront alors la pluie et le beau temps.
«Nous, nous travaillons à long terme et ne cédons pas aux aigrefins, aux
manipulateurs, assure Hugo, «socio» avec quelque 700 autres d’une production de qualité, label Havelaar oblige, qu’écoule annuellement l’organisation, soit près de 75 tonnes l’an dernier.
En un peu plus de deux ans, leur coopérative, située là où se terminent
les Andes, à plus de 500 kilomètres de Caracas, est passée de 400 à plus de
700 «socios». Aucun ne redoute plus la chute du prix du café. Confiant
qu’ils sont en un système «Havelaar» qui leur assure bon an mal an un prix
minimum garanti. (apic/pr)
ENCADRE
5% du marché suisse
L’initiative «Max Havelaar» est née en 1988 aux Pays-Bas, elle s’est
depuis étendue en Belgique, en Allemagne et en Suisse notamment. La
fondation Havelaar délivre des licences aux importateurs et aux
torréfacteurs et vérifie que les conditions liées au label soient
respectées tant en Suisse que dans les pays producteurs.
En 1992, pour les quelque 750 tonnes de café en coque qu’ils ont livrées, les petits paysans du tiers monde ont reçu l’équivalent de 2,8 millions
de francs suisses, soit 1,6 million de plus que s’ils avaient dû le vendre
aux conditions du marché. Et ceci grâce au consommateur suisse qui a accepté de payer un prix plus juste pour un café de haute qualité, cultivé par
des petits planteurs dans le respect de l’environnement.
Max Havelaar, qui fournissait en 1993 près de 3,3% de la consommation
totale de café en Suisse, pèse aujourd’hui 5% sur le marché suisse.
(apic/pr)
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